‹ Le monde physique (volume 4)Chapitre 111 sur 190 · LA LUMIÈRE ET LA VIE · texte numérisé non relu

LA LUMIÈRE ET LA VIE

g 1. INFLUENCE DE LA LUMIÈRE SUR LA VIE VÉGÉTALE.

Nous avons énoncé, au débul de cet ouvrage, une vérité quî^ ne semble pas avoir besoin de démonstration, lorsque nous avons dit que la lumière est, à la surface du globe terrestre, une des conditions de la vie, aussi essentielle à l'existence des végétaux qu'à celle des animaux. Mais si tout le monde accepte cette affirmation comme évidente, on ne se rend pas toujours aussi bien compte du mode d'intervention de l'agent lumineux dans les phénomènes du monde organique. Nous allons rappeler très sommairement ce que la science permet aujourd'hui de dire sur cette intéressante question.

Voyons d'abord quelle est l'influence de la lumière sur la végétation.

Tant que la plante se trouve dans la période de son développement qu'on nomme germination, la lumière n'a sur elle aucune influence ni utile ni nuisible. L'humidité, la présence de l'oxygène, un certain degré de chaleur sont autant de conditions indispensables aux graines pour germer : il n'en est pas ainsi de la lumière; mais il ne paraît pas qu'elle soit nuisible, comme le firent croire des expériences faites au siècle dernier par Senebier et Ingenhousz. Voici ce que dit à cet égard M. Dehérain, dans son Cours de chimie agricole : « Th. de Saussure a reconnu que des graines placées les unes dans des vases opa-

)Sy les autres dans des verres transparents, mais garanties la lumière directe du Soleil, ont germé en même temps, et il probable que c'est surtout par la dessiccation qu'ils opèrent, les rayons solaires sont nuisibles à la germination. Si une lière ménagée ne paraît pas défavorable, elle n'est pas non s utile : les grains germent parfaitement dans l'obscurité, et \i généralement dans des caves que les brasseurs préparent lit, c'est-à-dire l'orge germée, employée à la fabrication de Aière. »

11 y a un siècle environ que les premières expériences sur ifluence de la lumière dans l'acte de la végétation ont eu lieu, cstley reconnut d'abord que les plantes vivantes produisent 5 effets contraires à ceux de la respiration animale, « et tenit à conserver l'atmosphère douce et salubre, lorsqu'elle est enue nuisible en conséquence de la vie et de la respiration animaux ou de leur mort et de leur putréfaction ». Ingenreconnut bientôt après que les plantes exposées au Soleil agent de l'oxygène; et enfin Senebicr acheva la découverte, montrant que cet oxygène provient de la décomposition de <^îde carbonique de l'air, décomposition opérée sous l'influence

la. lumière du Soleil par l'acte de la végétation. I^epuis, une foule de savants, physiologistes et physiciens, ^ *► étudié sous toutes ses faces et dans toutes ses particularités

J>liénomène d'une si haute importance.

^^îe sont les parties vertes des plantes, les cellules à chlor(h

^î#ite, qui jouissent de cette propriété de décomposer l'acide

conique de l'air sous J'influence des rayons lumineux, d'éli-

^r l'oxygène de ce gaz et de fixer le carbone, que la plante

alors et dont elle compose sa partie combustible. De

isure a prouvé que les parties vertes sont incapables d'effec-

cette décomposition, ou plutôt qu'elles consomment de

^^'^gène pour le rendre sous forme d'acide carbonique.

^^tte expérience fondamentale se démontre, dans les cours, ^ la manière suivante : Un grand flacon plein d'eau tenant ^ dissolution une faible quantité d'acide carbonique ren-

ffirne uut; plante marécageuse. Le ilacoii muni tl'uii lui>e alulucteur est placé au soleil. On voit bi(!iilftl les ffuilles se recouvrir tic bulles île gaz, qui se rendent s<»us l'épruiivclte, et l'on obtient en dernier lieu un gaz assez riche en oxygène pour rallumer des allumettes qu'on vient d'éteindre et dont le boni ^ est resté incandescent. Le dégagement du gaz augmente mi di---^ minue selon qu'augmente ou diminue l'intensité de la himièn.»,.^ dont les végétau-t sont Trappes; dans l'obscurité, il s'arrél»,,^ complètement.

Pendant la ruiit. les plantes vivent à la façon des aniniauiL^:;^ 1 absorbent de l'oxygène et émettent de l'acide carbonïqtL.^^^

Fi(!. Sôli. — \|i|iiiri:il VXcitt d Graliold. l)miin|ir>sil

Seulement, comme l'a constaté M. Corcnwinder, « la qua lilé d'acide carbonique décom|)oséc le jour, au soleil, par le^ feuilles des plantes, est beaucoup plus considérable que cell qui est exhalée par elles pendant la nuit. Le matin, il leur sull '^ souvent de trente minutes d'insolation |)our récupérer t— "^ qu'elles peuvent avoir perdu pendant l'obscurité. »

Une curieuse ob.servation laite par M. Dehérain montre bi«?#/ l'iuqiortance de la présence ou de l'absence de la lumière p(*i/r celte double fonction des planles. La surface d'un étang tUi domaine de Grignon se trouva, en juillet 1808, absolumciri couverte par les feuilles d'une pelile piaule qu'on nomme îentiUe d'eau, an point que le iiivean de l'eau fonuail nn réspaii

INFLUExNGE DE LA LUMIÈRE. 425

as^^z résistant pour permettre aux petits oiseaux d'y marcher,

Bî^zKitôt on vit arriver à la surface une quantité de poissons

nnc^:B?ls. M. Dehérain crut d'abord à un empoisonnement par

i * h ^^^drogène sulfuré; mais la présence des oiseaux d'eau qui

ça^M:^ Glissaient l'étang, sans rien ressentir, lui prouva que là

ïi **^ ftait pas la cause de la mort des poissons. Des expériences

iuii démontrèrent que ces animaux avaient dû périr asphyxiés;

la lentille d'eau avait formé à la surface de l'étang une

verture assez épaisse pour empêcher l'accès des rayons

iitj. :BrKiineux, que les plantes submergées ainsi plongées dans l'ob-

*«^^^:Mrité avaient d-'- absorber l'oxygène dissous et le transformer

^ Jt::^ acide carbonique.

^n pourrait croire, d'après les propriétés spéciales des rayons cMgjb^ spectre, que l'action de ces rayons sur l'assimilation du

bone par les plantes doit être surtout due aux radiations iimiques. Or il n'en est rien. Les études faites sur ce point îcial (par MM. Daubeny, Draper, Cloëz, Cailletet) ont démonque, à égalité d'intensité lumineuse, ce sont les rayons ges et jaunes qui sont les plus efficaces; les rayons verts, us et violets sont beaucoup moins actifs à ce point de vue. si la lumière verte qui est la moins active : elle ne pro- '^jue aucune décomposition et semblé même favoriser le décernent de l'acide carbonique. M. Cailletet ayant placé « sous cloche de verre vert éclairée par les rayons directs du ï^il une éprouvette contenant de l'air pur et une feuille, ^'^•'înt, après plusieurs heures, une quantité d'acide carbonique P^^J> inférieure à celle qui serait produite par les mêmes feuilles "^^^•^s l'obscurité. C'est probablement, ajoute-t-il, en raison de ^^^i^ singulière propriété de la lumière verte, qui doit pro- *^^ire après un temps assez court l'étiolement des plantes sur ^^^quelles elle agit, que la végétation est généralement languis- ^^Ule et chétive sous les grands arbres, quoique l'ombre qu'ils \H>rtenl soit souvent peu intens3. »

La lumière a encore sur ta végétation un genre d'influence (jui a été soupçonné dès le siècle dernier |>ar Guettard, et que

j>*>«-alion par les l'euilles. qui joue un rôle [>ré|iondéranl dans le Ii"£» «isiHirl lies principes iriimédials d'un point du végétal à I';» m-itre. )t résnile de là que. de deu\ aniiées également chaudes, iii£& is dont l'une a été (caractérisée par un ciel couvert et l'autre I »î» mr- un soleil éclatant, c'est celle dernière qui est la plus favoi"a ï::*le à la végétation. M. Dehérain cile des t'ails à l'appui de <"*^ •- le cciuclusion, et il lappelie ce passage du Cosmos où Humﻫ^» I dl signale l'inipoi-tance île la lumière poiii' le développement

.■ M. llHii-niin sw l'indu.'.ic.' de» r.jdtis .I.i »y«-. 1^ lp jili^tioni^im d'ilviiptiniiinii An fi-uilks.

(le la vie végétale : « Si là où les myrtes croissent en pleine Icrre (Salcombc sur les côtes de Devonshire. Cherbourg sur les côtes de Normandie), et où le sol ne se couvre jamais en hiver d'une neige persistante, les températures d'été et d'automne suflisent à peine pour porter les pommes à maturité; si la ngne, pour donner tin vin potable, fuit les îles et presque toutes les côtes, même les côtes occidentales, ce n'est pas seulement h cause de la température qui règne en été sur le littoral; la rai-

■HiyiÉiiiiiiyiiiiitiiiUiii^

fournies par nos thermomètres, lorsqu'ils sont suspendus ù l'ombre. Il faut la chercher dans l'influence de la lumière directe, dont on n'a guère tenu compte jusqu'ici, bien qu'elle s( manifeste dans une foule de phénomènes. Il existe, à cet égard, une différence capitale entre la lumière qui a traversé un ciel serein et celle qui a été affaiblie et dispersée en tout sens pai un ciel nébuleux. »

Page 1