‹ Le monde physique (volume 4)Chapitre 131 sur 190 · DE FRESNEL · texte numérisé non relu

DE FRESNEL

Nous verrons plus tard, en parlant des verres ardents, que Bufibn avait imaginé de construire des lentilles formées de portions concentriques d'une même lentille à grande ouverture, et de diminuer ainsi l'épaisseur du verre, et, par suite, la quantité des rayons de chaleur absorbés par leur passage dans le milieu réfringent. Ces lentilles à échelons n'avaient pas d'ailleurs été exécutées sur une grande échelle, à cause des difficultés de la fabrication, du coulage, de la taille et du polissage d'une masse de verre un peu considérable.

Fresnel, qu'A rago avait fait adjoindre à la commission nommée en 1819 pour le perfectionnement des phares, fut frappé de ridée qu'on pourrait substituer avantageusement de grandes lentilles de verre aux réflecteurs paraboliques. D'une part, en effet, l'image lumineuse réfléchie par le miroir le plus parfait ne donne guère que moitié de l'éclat direct du corps éclaireur ; d'autre part, la presque totalité du cône de rayons directs ayant pour sommet le bec de la lampe focale, et pour base l'ouverture circulaire d'un réverbère parabolique, est perdue à la mer pour reflet utile. Il songea donc à substituer un appareil réfrac-

leur lenticulaire aux appareils catoptriques. Pour diminuer l'épaisseur centrale du tambour dioptrique, Fresnel eut la même idée que Buflbn ; mais il y apporta un double perfectionnement qu*on peut considérer comme capital. En premier lieu, il rendit possible et pratique la construction de lentilles à échelons de grande ouverture, en les formant de plusieurs morceaux qu'il est aisé de travailler séparément, et en unissant toutes les parties de la lentille à l'aide d'un mastic de colle de poisson qui permet de les faire adhérer solidement par leurs bords. En second lieu, il profita de ce mode de fabrication pour ai)porler à la forme même des surfaces réfringentes un perfectioimement auquel Bulîon n'avait pas songé. Après avoir fait observer que si notre grand naturaliste n'avait pu faire exécuter une lentille à échelons de trois pieds de diamèlre, c'est qu'il n'avait pas pensé à la faire de plusieurs morceaux, Fresnel ajoute : « II n'avait pas fait attention non plus, à ce qu'il paraît, à un grand avantage que présente l'exécution séparée de la surface de chaque anneau, qui est de corriger presque enlièrenient l'aberration de sphéricité, quand les anneaux sont suffisanimenl multipliés, en déterminant parle calcul le centre et le rayon de couH)urc de chacun des arcs générateurs. Car, après avoir conyu d'abord la lentille terminée par une mèrn^ surface sphéricjuo, il supi)ose qu'on déprime celle-ci par éch^^ Ions, mais de manière que les nouvelles portions de surfac^^ s[)hériques soient concentriques à la première ; ce qui n'r ^^ point le véritable moyen de corriger l'aberration de sphériciti^=^* Le calcul apprend que les arcs générateurs des anneaux, ""^ ^ seulement ne doivent pas avoir le même centre , mais encoi que ces différents centres ne sont pas situés sur Taxe de la lei tille, et qu'ils s'en éloignent d'autant plus que les arcs ai quels ils appartiennent sont eux-mêmes plus éloignés du centr-"^ de la lentille; en sorte que ces arcs, en tournant autour d^-J l'axe, n'engendrent pas des portions de surfaces sphérique; ^ concentriques, mais des surfaces du genre de celles que le: ^^ géomètres appellent anmilaires. »

PHARES DE REFRACTION. 487.

Pour utiliser le plus complètement possible les rayons de lumière émanés de la lampe située au foyer commun de toutes les lentilles qui composent un appareil dioptrique, Fresnel imagina de faire recevoir les rayons supérieurs, qui eussent été perdus, par des lentilles trapézoïdales; celles-ci étaient disposées tout autour de la lampe suivant une inclinaison telle, que les rayons se trouvaient réfléchis horizontalement en n', par des

Fig. S64. — Preiniur appareil lentiuulïirc ilc Ftfsncl. Ëlcialion et phiD.

miroirs MM formant éventail, et allaient renforcer les faisceaux R des lentilles verticales.

La figure 264 montre le plan et la coupe d'un appareil lenticulaire, tel que Fresnel le disposa tout d'abord. Depuis, au heu des lentilles inclinées et de leurs miroirs réflecteurs, il recueillit les rayons qui ne tombent point sur les lentilles verticales, par des séries de couronnes de miroirs de verre élamé, convenablement inclinées pour que la réflexion se fasse horizontalement; ou encore par des séries de prismes oiî les rayons lumineux

us LE MONDE PHYSIQUE.

subissent la réflexion totale. Les figures 265 et 266 niontroiil

la marche de ces rayons dans l'un et l'autre système.

Ainsi la réflexion et !a réfraction sont également utilisées dans ces appareils, qui portent aussi pour cela le nom de phares 5 mtadioptriqites. Fresnel ne se borna point à ces moditications capitales dans l'éclairage des phares ; il en perfectionna lea- ^^" lampes, avec le concours de F. Arago, y introduisit les systèmfcç^^^ des becs multiples, imaginés ]iav Rumford, et combina heureL*:- sèment le système Carcel, de manière à donner à la lumière ^

Fig. 866. — RéQeiian totale i» ^^T les |irisDies des phares caladio^*^^ triques.

plus d'intensité et de régularité possible, qualités si précieuse^^ dans ce genre d'aj)plication.

Fresnel projetait d'autres modifications à ses appareils lentï- " culaires, notiunment à leur application à l'éclairage des enlrécy de port, mais sa sauté gravement altérée ne lui permit point d«? les réaliser toutes. « L'cxcculiou du premier ajipareil caladio|>' trique de feu de port était h peine commencée, dit son frère L. Fresnel, quand les progrès incessants de la maladie organique contre laquelle Fresnel luttait si péniblement depuis quelques années vinrent mettre un terme fatal à ses travaux seien-

Page 1