‹ Le monde physique (volume 4)Chapitre 159 sur 190 · PREMIERS ESSAIS DE'NIEPCE · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE'NIEPCE

Ae l'eau, on avait donc l'iinagc formée dans la chambre noire, les clairs correspondant aux clairs et les ombres: aux ombres (en un mol, une image j)ositive de la gravure). Les, clairs étaient formés par la lumière diffuse provenant de la matière blanchâtre él non polie du bitume; les ombres par les parties polies et dénudées du miroir, à la condition, bien entendu, que ces

Fig 53o — Nii,f|loio > 4ii:e.

\iarl\es' se miraient dans des objets sombi-es; à condition qu'on les plaçait dans une telle position, qu'elles ne pussent pas envoyer spéculairenient vers l'œil quelque lumière un peu vive. Les demi-teintes, quand elles existaient, pouvaient résulter de la partie du vernis qu'une pénétration partielle du dissolvant avait rendue moins mate que les régions restées intactes. » (Arago.)

Daguerre commença par perfectionner la méthode de Niepce: il substitua au bitume de Judée, employé par Niepce, Tiodure d'ai'gent qui, sous l'action des rayons lumineux, noircit avec rapidité. De la sorte, il parvint à réduire le temps de l'exposition de la plaque aux rayons lumineux ; mais ce temps était encore de plusieurs heures. On comprend donc pourquoi, môme avec ces perfectionnements, il était à peu près impossible d'obtenir des épreuves satisfaisantes des images de la chambre obscure : pendant que les objets éclairés par le Soleil portaient leurs ombres d'un côté îiu début de l'expérience, Fastre entraîné par le mouvement diurne se déplaçait, et avec lui les ombres portées, qui de la gauche passaient à la droite. Il en résultait une confusion dans les images, dont la teinte devenait j)latc et uniforme et dont le relief finissait ainsi par disparaître.

La plaque iodurée exposée au foyer de la chambre noire recevait l'empreinte de l'image ; mais celle-ci néanmoins n'existait encore pour ainsi dire qu'à l'état latent. Il restait à la développer. Après de nombreux essais, Daguerre trouva que l'huile de pétrole avait la propriété de rendre les tons plus visibles, qu'elle élait ce que l'on a depuis appelé une substance révélatrice. Enfin, bientôt il reconnut qu'il est préférable d'employer dans ce but les vapeurs de mercure : exposée à ces vapeurs, la plaque iodurée, impressionnée par la lumière, laissait apparaître avec la plus grande netteté tous les détails d'ombre et de lumière de l'image formée au foyer de la chambre noire.

On voit donc que, si l'idée première et la gloire de l'invention de la photographie reviennent de droit, pour une bonne iiarl, à Niepce, qui n'eut pas le bonheur de jouir lui-même de son triomphe, et de partager avec son associé Daguerre l'honneur de la reconnaissance nationale décernée en toute justice aux deux inventeurs \ c'est Daguerre qui a, par l'invention

1. Une Idi fut votée, en juillet 1859, pour accorder à Daguerre et à XiejKîe fils deux jiensions viagères, la première de 6000 et la seconde de 4000 francs, en échange de l'abandon fait par eux au public des procédés de pbologi"a|)hie dont ils étaient inventeur ou béritipr. >iie|)ce père était mort en 1833.

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d'une méthode originale, porté à sa perfection l'art nouveau de la reproduction, par la lumière, de tous les détails d'une vue naturelle, d'un site de paysage, d'un portrait, d'une scène quelconque. Bien des perfectionnements ont été apportés depuis à cette méthode qui n'est plus elle-même pratiquée, et à laquelle on a substitué mille procédés plus expédilifs ou moins coiiteux; mais, dès le début, les épreuves daguerriennes ont atteint un fini, une précision qui, depuis, n'ont pas été dépassés. D'ailleurs, au point de vue historique et scientifique, comme application des lois des phénomènes physiques, le procédé de Daguerre a une importance qui ne nous permet pas d'en omettre la description détaillée. L'enthousiasme avec lequel il a été accueilli à son origine par les savants, par le public comme par les artistes, n'a rien que de légitime, si l'on songe aux immenses services qu'il a rendus lui-même et que les procédés nouveaux ont de plus en plus multipliés : la géographie, toutes les sciences physiques et naturelles, l'ethnographie, l'architecture, et même les arts de la peinture et du dessin ont eu part à ces services, qui ne font que s'étendre tous les jours. Voyons donc quel était à l'origine, c'est-à-dire en 1839, le procédé de Daguerre, et comment il était parvenu à reproduire les images de la chambre noire à l'aide de l'appareil qu'on nommait alors le dagnervéoUjpc.

^ 2. DAGLEHRÉOTYPIE 01 IMIOTOfinAÏ'HIE DAGl ERR1EN>E.

Comme Niepce, Daguerre employait une feuille de cuivre plaquée d'argent, de l'épaisseur d'une forte carte. Il divisait lui-même en cinq opérations la série des manipulations qui constituaient son procédé et dont voici la description d'après la notice publiée par l'inventeur.

La première opération consistait dans le polissage et le nettoyage de la plaque. Avec du coton imbibé d'huile d'olive et de la ponce pulvérisée très fine, la surface de l'argent était d'abord

polie avec beaucoup de soin ; on enlevait alors la couche grasse avec un tampon mouillé d*eau étendue d'acide nitrique. I^a plaque* chauffée fortemeut, était de nouveau polie à la ponce, mais à sec, jusqu'à ce que l'argent fut parfaitement bruni.

En cet état, la plaque pouvait recevoir la couche sensible, seconde opération qui consistait à exposer la surface polie aux vapeurs qui se dégageaient spontanément de quelques fragments d'iode. Ceci se faisait dans l'obscurité, et ce n'est qu'à I9 clarté d'une bougie que l'opérateur jugeait si le résultat convenable était obtenu ; la couche d'argent devait avoir pris alors une belle couleur jaune d'or. Selon la température, il fallait une exposition de cinq minutes à une demi-heure.

On mettait alors la plaque ainsi préparée au foyer de la chambre obscure, en ayant soin de ne pas laisser plus d'une heure d'intervalle entre cette troisième opération et la précédente. Les objets dont on voulait reproduire l'image devaient être éclairés par la lumière directe du soleil. Après une exposition dont la durée variait avec l'heure du jour, avec la saison, et qui pour Paris était de 3 minutes au moins, de 50 minutes au maximum, l'action photogénique de la lumière était complète. La plaque sur laquelle rien n'était encore visible, et qu'il l'allait soustraire à toute lumière, portail l'empreinte fidèle de tous les objets (lui avaiiMit concouru à lui envoyer des rayons liunineux.

11 restait à faire apparaîire cette inia^c cachée sous son voile, et à la fixer de manière à la mettre à l'abri de^toule destruclioii ultérieure. Voici connnent Daguerre procédait poui- ces deux dernières opérations :

La plaque était portée à Tintérieur d'une boîte ^lîg. 554) el la face impressionnée, inclinée à 45 degrés, était soumise à Taction des vapeurs qui s'échappaient d'une capsule pleine de mercure chauffée à une température de 60 à 75 degrés centi- «irades. Au bout de quelques minutes, l'image commençait à paraître, et se dessinait de plus en plus nette et précise : ce dont on s'assurait en s'éclairant de la lumière d'iuie bougie. (Juand

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la température du mercure s'était spontanément abaissée à 45 degrés environ, l'opération était finie et l'épreuve arrivée à sa perfection. On pouvait alors la conserver sans altération jiendanl plusieurs mois, à une condition toutefois, celle d'éviter de la regarder souvent et au grand jour.

« Le but de lu cinquième opération, dit Daguerre, est d'eulever de la plaque l'iode, qui, autrement, lorsque l'épreuve serait exposée trop longtemps à la lumière, continuerait ù se décomposer et la détruirait. »

Cette interprétation était -elle scientifiquement bien exacte ?

Nous le verrons plus loin. Toujours est-il que l'inventeur parvenait à sou but en agitant la jilaque dans une solution chauffée de sel marin, ou mieux dans une solution d'hyposulfite de soude, puis en la lavant à l'eau très chaude. Ou reconnaît que cette dernière opération a réussi quand toute trace de la primitive couche jaune d'or a disparu. En mettant ensuite l'épreuve sous verre pour soustraire la surface de l'image à tout froUcnient, clic se conservait intacte, même exposée au grand jour.

«ilc il nicrcuro pour la rëv£-

Telle était, en résumé, et sauf des détails de manipulation ijui n'ont pas d'intérêt au point de vue scientifique, la méthode inventée par Daguerre. Elle recul bientôt quelques perfectionnements dont nous allons dire un mot, après quoi nous donnerons la description des procédés de photographie qui n'ont pas tardé à détrôner l'invention première, sans rien ôler, du reste, au mérite des deux hommes qui ont contribué à la découvrir.

g 5. l'EHFECTIonpiFJIlENTS AI'I1>mÈS AI mi^CÉtlÉ DE DACttnRK.

Nous avons dit que la découvcile de NiepfC el de Daguerre avait été aetiufillic iiaiUmt avec uu grand eiilhousiasme. Commi' les inatiipulalJuiis <|u'e\igoait la {initiijue n'élaienl ui trop tlit^ ficilcs, ni trup cnùlcuscs, i-l que l'Iuveiition d'ailleurs était tomWe, glace à la loi, dans le dumaiue public, un graiitl nombre d'auialeurs, industriels, altistes ou savauU, se mirpiil ii faire de la |iholograpliie. Il en résulta une série de perfeo- (ionnenienls ou de modincatiuiis à la inéthude primitive. Auus mculionnerons seulement \ei plus inipurUinls de ces progiî'S.

I>t-s le débul, on s'attacha i rendre l'image le plus jiossiiile durable en la protégeanl eoulre l'action ultérieure de luniièfT on contre le frotlcmeut. H. DuiiH»

proposa de recouvrir la plat|ii'' d'un vernis eu xersaul à sa siirliicf une dissolution bouillaiil'd'uni' partie de dextrine daas cinq parties d'oau. Le fixage Jo M. Fizeau au chlorure d'or méiiU' aussi d'être menlioiiné. .Vprt'> a\oir l;né avec un grand soin, dans Tlnposidlitc de sonde, l;i plaque iui|>ressioiuice. M. Kizeau versait sur toute sa surface une solution ndxte de cldorure d'or et d'hvpnsulfite de soiulc. puis il chaulVail l'épreuve par-dossous avec une forte lam|>e : peu à peu ou voyait l'image s'écLûrcir. et, au bout d'une inirmte ou deux, preiulre une >:rande vigueur. La mince conclu' d'or qui recouvre en ce monu'iU toute réjireuve. en renfortanl les tous, pivtège l'image conliv les altérations accidentelles.

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