PERFECTIONNEMENTS DU PROCÈDE DAGUERRE
Le procédé de Daguerre demandait encore, comme nous venons de le voir, une exposition assez longue, en moyenne d'un quart d'heure, aux rayons solaires. On sjest attaché avec une grande raison à réduire cette durée, qui, à divers égards, restreignait l'emploi du daguerréotype. Pour les portraits des personnes vivantes, des animaux, pour la reproduction des objets mobiles, il importait extrêmement de résoudre ce problème, qui revenait à chercher des substances plus rapidement impressionnables que l'iodnre d'argent. On en trouva un grand nombre, qui reçurent le nom de substances accélératrices, parce qu'elles venaient ajouter leur influence à celle de l'iode.
Dès 1841, M. Claudet trouva que la ])Iaque iodée, exposée aux vapeurs de brome, gagnait considérablement en sensibilité. Après avoir pris une teinte rose sous l'influence de ces vapeurs, la plaque était de nouveau exposée à la vapeur d'iode, jusqu'à ce que sa surface eût pris une teinte violette. Parmi les substances accélératrices employées depuis, citons le chlorure d'iode, diverses préparations de bromure d'iode, de chlorobromure d'iode et plusieurs solutions connues sous les noms de liqueur hongroise, liqueur allemande, les unes employées sans le secours de l'iode, les autres n'agissant qu'après ce dernier corps sur la surface de la plaque d'argent.
Grâce à cet accroissement dans la sensibilité des substances impressionnables, les procédés de V héliographie (c'est le nom que Niepce donna dès l'origine à sa méthode) furent beaucoup plus expéditifs. On put piendre des vues, faire des portraits en quelques secondes et même se passer des rayons directs du soleil : la lumière diffuse suffit pour obtenir des épreuves, moins vigoureuses il est vrai, mais par cela môme plus harmonieuses, plus artistiques. Les perfectionnements apportés à la chambre noire, à l'appareil optique, que nous allons bientôt décrire, ont contribué aussi à ces progrès.
Avant de passer à la description des procédés photographiques qui se sont peu à peu substitués à ceux des premiers inventeurs, revenons sur l'interprétation scientifique, physico-
chimique des phénomènes que nous venons d'éludîer. Nous n*avons rien à dire du côté purement optique des phénomènes ; la formation des images au foyer de la chambre obscure a été complètement expliquée dans les chapitres consacrés soit aux phénomènes lumineux et à leurs lois, soit aux instruments d'optique proprement dits. Mais que se passe-t-il à la surface de la plaque ; comment se forment les images ; quel est le mode d'action de la lumière et comment les images, une fois formées, mais encore invisibles, deviennent-elles visibles dans tous leurs détails?
On a déjà vu que l'exposition de la plaque argentée aux vapeurs spontanées de l'iode donne lieu à la formation d'un composé chimique, Viodivre (Targmt. C'est ce composé qui recouvre lu surface primitivement blanche du métal d'une teinte qui varie suivant l'épaisseur, depuis Id jaune paille, le jaune d'or ou orange, jusqu'au rouge, au bleu, au violet. Disons d'abord que ce phénomène de coloration n'est pas dû à la couleur de l'iodure d'argent, qui est blanc, mais qu'il s'agit d'un phénomène où Tinlerféience des rayons lumineux joue le principal rôle, comme nous l'avons vu dans le chapitre de cet ouvrage consacré aux couleurs des lames minces. M. Dumas a évalué le ])()i(ls de la couche d'iodurc formée à la surface d'une plaque daguerriennc, et il en a conclu l'épaisseur approchée de la couche elle-même. Celte détermination est assez curieuse pour que nous la rapportions d'après le célèbre chimiste lui-même.
« Une plaque de 5760 millimètres carrés de surface, ayant été amenée à la nuance jaune-paille par son exposition à la vapeur d'iode, fut rapportée sur une balance très délicate, où Ton avait fait exactement la tare : il y avait une augmentation de poids certaine, évidente, mais elle ne s'élevait pas à un demi-milligramme. Quand la nuance fut du jaune d'or, Taugmenlation du poids arriva au demi-milligramme. En prolongeant la durée de l'action de la vapeur d'iode par delà le temps nécessaire, en quadruplant celte durée par exemple, j'obtins