PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER
considérables dans l'art de la photographie, et ces progrès se sont en effet réalisés en quelques années.
D'abord un de nos compatriotes, M. Blanquard-Évrard (de Lille), parvint, en modifiant le procédé Talbot, à obtenir des épreuves sur papier de plus en plus parfaites, et, en même temps qu'il perfectionnait les résultats, il trouvait les moyens de réussir presque à coup sûr : ce qui était loin d'arriver avec le procédé décrit plus haut. Décrivons succinctement sa méthode.
Comme le procédé Talbot, celte méthode comprend deux opérations principales : en premier lieu, on obtient, à l'aide de la chambre noire, une épreuve négative de l'image à reproduire, c'est-à-dire une image inverse, les lumières étant figurées par des noirs, les ombres par des clairs, et toutes les demi-teintes par des mélanges en proportion exacte de ces deux teintes extrêmes; à l'aide de cette épreuve négative, on tire des épreuves positives où l'image reprend son apparence normale, épreuves qu'on peut d'ailleurs obtenir en nombre indéfini.
L'épreuve négative se fait sur papier sensible, et c'est surtout dans la préparation de ce papier que réside le progrès dû à M. Blanquard-Evrard. Au lieu d'enduire seulement la surface de la couche sensible, il imprégnait toute l'épaisseur d'iodure d'argent; plaçant la feuille encore humide entre deux glaces, il la disposait ainsi au foyer de la chambre noire. Voici, du reste, comment s'obtenait le papier photogénique. On choisissait du papier collé, mince, uni et bien homogène, qu'on plaçait par une de ses faces sur une solution de nitrate d'argent, en ayant soin que l'autre face ne fût pas mouillée par le liquide, et que le contact se fît complètement sans interposition de bulles d'air. Après quelques minutes, la feuille était étendue sur une glace, la face humide en dessus, et on l'y laissait sécher dans l'obscurité. l^e papier sec était alors immergé dans une solution d'iodure et de bromure de potassium, où, une double décomposition chimique ayant lieu, il se formait à la fois de l'iodure d'argent et du bromure d'argent, les deux substances impressionnables qui pénétraient toute l'épaisseur du papier.
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En employant, humide encore, le papier photogénique, on obtient rapidement Timage, ce qui est surtout indispensable pour la reproduction des objets animés, notamment pour les portraits. Le papier sec exige une exposition plus longue à la lumière : on l'emploie, en voyage, pour les vues, les paysages, les monuments.
Retiré de la chambre noire, le papier ne laisse rien voir à sa surface, comme les plaques daguerriennes. Mais ici le révélutmr est une solution d'acide gallique ou pyrogallique, dans laquelle on plonge la feuille de papier. Cet acide organique réduit les sels d'argent partout où il y a eu impression de la lumière, et les parties ainsi impressionnées se couvrent d'une teinte noire de gallale d'argent d'autant plus prononcée que l'action de la lumière a été plus vive. L'épreuve est donc négative. Pour la rendre inaltérable à l'action de la lumière, on la lave dans une dissolution d'hyposulfite de soude ou dans un bain de bromure de potassium : les sels d'argent qui n'ont pas été décomposés sont ainsi enlevés, et l'image est fixée.
A l'aide de l'image négative ainsi obtenue, il s'agit maintenant de produire des épreuves positives, ce à quoi l'on parvient par un procédé analogue à celui qui servait primitivement à Niepce pour co|)ier des gravures. On imbibe de cire l'épreuve négative, de manière à rendre le paj)ier translucide ou même transparent. 11 suffit alors de poser cette épreuve sur une teuille de papier sensible, et d'exposer les deux feuilles maintenues entre deux glaces, soit à la lumière directe du Soleil, soit à la lumière du jour ou diffuse. Sous l'influence de la lumière, la feuille de papier sensible est impressionnée sous les blancs de l'épreuve négative, de sorte qu'une image positive se fait à sa surface, laquelle est d'abord invisible, mais est ensuite révélée par l'acide gallique, tout comme l'a été l'épreuve primitive.