II
LE MONDE PHYSIQUE, jioiiiia ainsi se rpiulre compte du clioinin <|ui reste enccire à liiiii' [tiiiir réaliser les esiiùraiices conçues.
|iUij)art lies [jersoiines qui inWoulenl, iMl Mailler, peuvent encore se rappeler qu'aussitôt apr^s la dccouverle de la photographie, on entendit expiinier des espérances qui u'unt d'analogues i|uc celles de Descaries et de ses conleniporairis à la suite de la ddcouverle des lunettes astronomiques. On plaignait tes malheureux savants (juî avaient passé toute leur vie sans iulerrupliou à oljserver, .'i mesurer et à dessiner. Non-seulement ou devait faire la mi^me chose sans peine, et dans un teiiip^ bien moindre, mais ou devait obtenir des résultats bien meilleurs, l>i'iuirou|i plus exaets, beaucoup plus ilétailiés qu'anciennement. (]e (pli m'a coûté se]it aiuiécs, la détermination de la sui-I'aee de la Lune, devait lïtre bien mieux fait eu sept secondes. « Aujourd'hui, trente années se sont écoulées depuis la découverte de Daguerre; comment ces esi^îrances ambitieuses ont-elles été exaucées?
« Warren de la Itne en Angleterre, William Cranch liond eu Améri([ue. et d'autres, ont mis couragcuscinenl la main à l'œuvre. Ils ont adapté de puissantes lunettes astronomiques ii des appareils photographiques, et ils sont également arrivés à donner à leurs appareils, pendant le court intervalle de temps nécessaire à la production des épreuves, le mèine mouvemeal que les coips célestes dont ils se projiosaient de voir l'image. jVinsi la Lune a été photographiée dans ses diftëreules phases; mais les ilétails sont reslés bien au-ilessous de ceux qu'un habile observateur peut déterminer, liond s'est occui)é des étoiles lixes, et il disposait d'une lunette astronomique jK'rmetlant d'ai)crccvoir les étoiles de qnalorziè[nc grandeur ; mais il n'a pu obtenir cpie des images laibles, à peine visibles, des étoiles de cinquième grandeur.
« \ous pouri'ions citer, il est vrai, des dessins très précieux que nous devons à la photographie astronomique ; mais ce ne sont point les détails du ciel étoile que l'on peut atteindre de cette manière et que l'on peut conserver ainsi : ce sont des
phénomènes relatifs aux objets connus depuis longtemps et refléchissant une forte lumière.
« Je citerai, en premier lieu, les taches du Soleil, dont le dessin demande une faibie fraction de seconde, et qui sont reproduites avec une grande netteté. Cependant, même dans cette circonstance, on n'arrive point à fixer les détails que de bons observateurs habitués à ces phénomènes peuvent reproduire; mais on obtient, ce qui est très important dans l'espèce, une image du Soleil pour un moment déterminé, et, si l'on nous permet de nous servir d'une expression de sir John Herschel, on oblige le Soleil à nous écrire sa propre histoire.
« Ces expériences seront, ou, pour parler plus exactement, ont déjà été 'très utiles, particulièrement dans les éclipses totales de Soleil. Il n'y a pas de dessinateur, quelque expéditif qu'on le suppose, qui puisse faire en deux ou trois minutes, durée ordinaire du phénomène, ce que Warren de la Rue a fait en Espagne lors de la dernière éclipse de Soleil ; car, si l'on suppose que tout ait été préparé, on peut obtenir, non pas seulement trois, mais douze ou quinze images d'un phénomène qui disparaît si rapidement. Pour les planètes, même pour les grosses, la photographie est de peu d'usage et nous apprendra peu de choses nouvelles. L'expérience sera encore moins utile quand elle s'appliquera aux étoiles. On a photographié le groupe des Pléiades et celui d'Orion, et l'on pouvait bien reconnaître les constellations dans les images ainsi obtenues; mais un œil sain, sans lunettes, voyait plus de choses dans le ciel pue la photographie ne lui en montrait. Nous nous félicitons du nouveau moyen d'étude que plusieurs observatoires, parmi lesquels nous citerons l'observatoire de Wilna, possèdent d'une façon complète, ou peu s'en faut ; mais nous n'attendrons pas que la sphère d'action de l'astronomie pratique puisse êti^e agrandie par son intervention, et l'art des observations ne sera pas bouleversé par la découverte de la photographie, comme il l'a été lors de l'invention de la lunette astronomique. »
La planche XXVI, qui représente deux portions identiques
de la Lune, perroettail de cnnslalci- IVxactiInde du jiigemeiil [lorté par Ma-dler. du moins à l'i^jiuque (1868) où il Ht la cuiU'érence dont nous venons de rT|iro(iuii-e un fragment : la jirciniôre portion est un iac-similc de la carie s6)étiograpliitjiie dessinée par rillusli'e astrnnonu?; l'autre rst la reproduction d'uiitlicllc plioUigrapIiie lunaire ampliliée due à M. Warren de la Kue. Dans celle-ci. le lelicf de la surface est adinn-ablemenl accusé par les oppositions des lumières et des oinhres ; mais on n'y distingue puinl une foule de détails topographiques d'uu grand intérêt que l'astronome, aidé de puissants iuslruraents, a dessillés nettement et cpii l'ont de sa belle carte de la Lune un monument précieux pour les futures recherches de sélénographie.
Toutefois depuis, des perfeclionnenient s appo]"lés au.\ appareils ont permis d'obtenir des photographies de la Lune beaucoup plus précises, bien que. comme l'a dit justement M. Faye, elles ne puissent dispenser ni du secours d'une cai'te de la Lune bien faite, comme celle de Béer et de Ma-dler ou encore de Scbmidl. ni de l'étude de la Lune olle-môme au moyen de puissants télescopes. Un astronome américain, M. Kulherford, a oblenu de» é])rcuves fort belles du disque lunaire, à l'aido d'un objectif iichromalique de lô pouces de diamèlre. auquel était jointe une Iroisiènie lentille dont la densité et la courbure avaient été calculées de manière à donner à l'ensemble l'aeliromalisme chimique.
.\dapté à une lunette équatoriale que faisait mouvoir un excellent mouvement d'borlogei'ie, l'objectif de M. Rutherford J'ourniL un négatif d'environ 4 ponces (lOf millimètres) de diamèlre, qui donna lui-même une épreuve positive de même grandeur. La durée de la pose, d'un quart de seconde à la IMeine Lune, était de deux secondes au Premier ou au Dernier Ouarlier. Enfin, le |)i)sitif soumis à un appareil d'agrandissement dans la lumière solaire convergente a donné les magjuli([ues épreuves de la Lune que connaissent aujourd'hui tous les astronomes et qui nous montrenl notre satellite avec tous les
s Kmairo», d'apnS la carie île la Lime île [ievr el M.TdIei. — 3. I K-pon, il'a[>ir« une j^olu^niphie de H. Warrrn de b Rue.
détails de sa surface. Sur ces épreuves le disque ne mesure pas moin» de 50 centimètres de diamètre. liCS grandes taches sombres auxquelles on est convenu de donner le nom de mei'S, les aspérités qui en bordent les contours, et dont quelques-unes sont si étendues, si abruptes et d^une hauteur si grande, qu'elles sont désignées sous le nom de chaînes de moiUagneSy cette multitude de cavités de toutes les dimensions qui criblent le sol des régions les plus brillantes de la Lune, enfin les points lumineux, les bandes en forme d'arcs de grands cercles qui sillonnent toute la surface, tout cela se voit avec une netteté, avec un relief presque aussi sensible que si Ton avait l'œil au télescope. Évidemment, beaucoup de détails manquent encore, que les grandes cartes dont nous avons parlé plus haut figurent avec précision, et qu'on ne peut voir que l'œil au télescope. Néanmoins, telle qu'elle est, cette belle photographie lunaire peut rendre de grands services; les ombres portées peuvent servir à la mesure des hauteurs; l'étude des diverses formations, des accidents si variés de la surface, des relations de forme et de position sera rendue bien plus facile et permettra d'aborder utilement les questions de géologie comparée qui intéressent la constitution physique de la Lune, toujours controversée.
Parmi ces questions, il en est une qu'on parviendra peut-être à résoudre en comparant des épreuves photographiques de la Lune obtenues à de longs intervalles de temps : c'est celle qui a été agitée il y a quelques années, lorsque certains astronomes crurent avoir remarqué des changements survenus dans un cratère situé au milieu de la tache qu'on nomme Mei' de la Sérénité. Le cratère Linné, auquel nous faisons allusion, dessiné très nettement sur la carte de Miedler (1837) et observé depuis par Schmidten 1841, semblait avoir disparu en octobre 1866; du moins il n'en restait qu'une trace à peine visible au milieu d'une tache blanche. Cette différence d'aspect impliquaitelle un changement véritable? Y aurait-il eu, sous l'influence de forces physiques, volcaniques ou autres, une éruption
iloiil les coulées auraient comblé la cavité [irécéck-ninifril observée et dessinée?
Le pour cl le contre ont été longuement discutés : on comprend combien, dans celle circonstance eussent été précieui des documents impersonnels, tels que des épreuves pholopnipbiques, surtout quand il s'agissait de décider s'il y avait eu disparition d'objets préalablement représentés.
On a eu l'idée de prendre des vues photograjihiques de l;i Lune à un intervalle de temps suliisant pour que, jinice ;ni cbanfcement qui provient de la libraticm, les épreuves oiiivinsent à la vue stéréoscopiquc. Ainsi obsei-vées, les diverses aspérités lunaires offrent un relief d'une netteté extraordinaire, et la courbure de l'hémisphère semble très sensible. Cet béniispbère, d'après la théorie, doit être allongé vers la Terre. Or cette conclusion a été, paraît-il. établie par la discussion de mesures microniétriques eflcctuées par un astronome nissc. M. Goussef, sur les épreuves de deux photographies de la Lune. M. Warren de la Rue a pris pareillement en 1808, à deux jours d'intervalle, deux vues photographiques d'une même tache solaire; l'examen sléréosco pique des deux images a mis en évidence la dé])ression de la surface solaire à l'endroit di' la tache.
La photographie céleste ne s'est pas seulement attaciuée ait Soleil et à la Lune. Wai-reii de la Rue, qui a obtenu le premiei' rie belles épicuves lunaii'es, a tourné son objectif vers les planètes ; Saturne cl Ju|iiler ont été photographiés ; le même savant a pholograiihié des vues stéréoscopiques de la planète Saturne et de son anneau. Euliu, les étoiles et les nébuleuses itnf eu leiu" four cl, après des essais infructueux, ont marqué leur image sur le collodion. .\vec nu objectif de il pouces (l'ouverture, M. Rutherford a pu, en moins de 5 minutes, photographier les étoiles jusqu'à la 9' grandeur. Ui dui'ée de pose, |)our ces expéiiences, variait non seulement avec les circonstances atmosphériques , mais avec l'éclat stellaire. En une demi-seconde l'étoile double de Castor donnait une impression
parfaiteiiienl iiclle. Le même savant a obtenu des épreuves <)es groupes stellaires, tels que les Pléiades, Prœsepe, Persée. Le directeur de l'observatoire de Cordoba, M. Gould, est parvenu également à pholographier plusieurs amas d'étoiles : citons le beau groupe qui entoure tta du Navire ; l'épreuve de ce groupe ne contenait pas moins de 180 étoiles, dont un grand nombre ne dépassent pas en éclat la 9' grandeur.
Ces résultats suffiraient à montrer quels services la photographie peut rendre à la partie de l'astronomie qui a pour objet l'étude physique des astres. Mais elle a été aussi appliquée à des observations de précision : pendant le phénomène du passage de la planète Vénus sur le Soleil en décembre 1874, de nombreuses photographies ont été prises aux diverses phases du passage; il ne semble pas toutefois que cet essai ait répondu, comme on aurait pu le croire, aux espérances qu'avaient conçues plusieurs astronomes. Peut-être sera-t-on plus heureux au prochain passage, qui aura lieu en décembre 1882.
g O. AI»PLIC\TIO>S DIVERSES DE l\ PII JTOGRAPHIE.
L'énuméralion que nous avons faite plus haut des services que la photographie est appelée à rendre et a déjà rendus aux sciences et aux arts, nv peut donner qu'une idée bien imparfaits de rimportanci^ que cette application de la photochimie prend de plus en plus dans nos sociétés civilisées. La dernière exposition française de photographie renfermait à cet égard des spécimens remarquables, dont nous allons, pour terminer ce chapitre, donner une rapide analyse.
Parlons d'abord des applications scientifiques. I^ photographie astronomi([ue y était représentée par des épreuves daguerriennes du passage de la planète Vénus sur le Soleil et par des épreuves positives des taches solaires, et par les belles photographies lunaires de Rutherford et de Warren de la Rue ; mais nous avons traité longuement déjà ce sujet. L'observatoire de