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LE SEXTANT

Soit SI un rayon lumineux venant d'une source de lumière, d'une étoile par exemple ; il tombe en I sur le miroir M, s'y i'éfléchit, suit la direction II' et tombe sur un second miroir N ; là il se réfléchit une seconde fois, suit la nouvelle direction l'O et va tomber dans l'œil.

L'anjrle SOI' est le double de l'angle a que font entre eus les deux miroirs'.

Voici maintenant la description du sextant, tel qu'on le construit aujourd'hui :

Il se compose d'un secteur circulaire dont l'arc, divisé avec soin, mesure environ 60 degrés (de là son nom de sejctant; autrefois il ne portait que 45 degrés, ou le huitième de la circonférence, d'où son nom primitif d'octant) ; celui que représente la figure 254 porte 85 degrés. L'arc découpé sur une plaque dé métal assez

Principe

Fig. 2J>4. — Le seiUot.

épaisse est solidement relié au centre du secteur, sur lequel

i, La dteonRlratioii de celte proposilion est des plus iitni)lcs : l'angle en 0, cd cflel, est

peut tourner une plaie-forme munie d'une alidade mobile, portant elle-même un vernier V, qui permet de lire les fractions de degré sur le limbe : l est une petite loupe servant à ce dernier usage. Un miroir étamé M est fixé normalement au centre du secteur et dans le prolongement de la ligne du zéro de Talidade mobile ou du vernier. Il est donc mobile avec cette alidade. Un second miroir fixe M' est porté sur l'un des côtés du secteur dans une direction exactement parallèle au rayon qui aboutit au zéro des divisions de Parc : ce second miroir n'est étamé que sur sa moitié inférieure, il est transparent sur l'autre moitié.

Une lunette L fixée au rayon opposé du secteur permet de voir à son foyer, par transparence, un point situé dans la direction LS' et par réflexion un autre point lumineux doublement réfléchi en I sur le premier miroir, en F sur le second. Quand la coïncidence de ces deux images a lieu, il est clair que l'angle des rayons lumineux SI, S' Y est double de l'angle des deux miroirs, d'après le principe posé plus haut. Or l'angle des deux miroirs est précisément alors celui que fait l'alidade mobile avec le zéro du sextant.

On va comprendre maintenant avec facilité comment on se sert de l'instrument.

L'observateur le prend par sa poignée de la main gauche; puis, mettant l'œil à l'oculaire de la lunette, il vise l'un de^ objets, une étoile par exemple, à travers la partie non étamée du petit miroir. Il fait pivoter alors le sextant autour de la ligne de visée jusqu'à ce que l'autre étoile soit dans le plan du secteur. Alors, faisant tourner l'alidade et le grand miroir, il amène l'image de la seconde étoile, après deux réflexions successives, en coïncidence avec celle de la première, au centre du champ de la lunette.

« Le sextant peut servir non seulement aux observations de hauteur, mais encore à la mesure de la distance angulaire de

égal à la différence des angles SU' et II'O, c'est-à-dire à 2 (90® — i) — 2 (90<» — 0=2 (i'-'^ D*autre part, Tangle a est égal à la difTérence des angles II' B (extérieur au triangle I l'Ai H Vlk, c'est-à-dire =i' — i; Tangle des deux miroirs est donc moitié de rangle de dénation.

m quelconque relalivement à

'lation n'est nécessaire, les

' main ; aussi Femploie-t-oii

îtte propriété précieuse de

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e comme s'ils ne faisaient

iré tous les mouvements

ïvec lui que se font au-

"îne l'image

de l'étoile.

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on lient le sextant verficalement, de façon que Tastre soit dans son plan, et l'on vise directement avec la lunette Thorizon formé par la surface même de la mer. Si cet horizon manque, on emploie un horizon artificiel, soit un bain de mercure, soil une glace polie placée horizontalement à Taide de trois vis calantes.

§ 4. LES GONIOMÈTRES.

Il existe, comme on sait, dans la nature un grand nombre de corps qui ont une forme géométrique définie, le plus souTeni terminés par des faces planes et polies, diversement assemblées. Ce sont les cristaux. Les minéralogistes qui trouvent les cristaux tout formés dans les roches, les chimistes qui les obliennenl par divers procédés, ont un égal besoin, pour les définir, de connaître avec précision les angles des faces d'un même cristal. Ils y parviennent à l'aide d'instruments qu'on nomme goniomètres (de ycovia angle, et pL^xpov mesure), et qui sont général^ ment basés sur le même principe, celui des lois de la réflexion des rayons lumineux. Le plus souvent, en effet, les faces des cristaux ont un pouvoir réfléchissant assez grand pour qu'on puisse considérer et employer chacune d'elles comme un miroir plan .

Les goniomètres de réflexion sont assez nombreux. Nous nous bornerons à décrire deux des plus employés, le goniomètre de Wollaston et le goniomètre de Babinet, inventés par chacun de ces deux célèbres physiciens.

Le goniomètre de Wollaston se compose des pièces suivantes :

1** D est un limbe vertical divisé en degrés sur sa tranche el mobile sur un axe horizontal, qu'on fait tourner à volonté au moyen d'une virole G. Un vernier V fixé sur le montant de l'instrument sert à indiquer l'angle dont on a fait tourner le limbe.

2*" L'axe du limbe est creux ; il est traversé par une tige qui peut tourner sur elle-même, indépendamment du limbe, à l'aide

LES GONIOMÊTBES. 469

d'une virole A. Cette tige supporte une pièce articulée, qui ellemême porte une plaque métallique, susceptible de tourner en divers sens au moyen d'un bouton et des articulations. C'est sur cette plaque qu'on place le cristal dont il s'agit de mesurer un des angles.

Voici comment on procède à cette mesure.

On fait choix de deux mires horizontales parallèles, par exempte, de l'arête d'un toit de maison et d'un barreau d'une croisée du rez-de-chaussée; ou encore on prend pour mire supérieure l'arête supérieure d'une fenêtre ouverte dont la ligne sombre se détache sur le ciel, et pour arête inférieure le rebord d'une table ou celui d'une feuille de papier posée sur cette table.

Cela fait, on place le goniomètre dans une position telle, que le limbe soitbien vertical (un niveau à bulle d'air et les vis calantes du pied permettent d'obtenir ce résultat), et

Fig. '£16. — tioniomèlre à l'énuxiuii di; Wolldslori.

en même temps dans une

direction perpendiculaire aux mires choisies. Alors on dispose le cristal sur la plaque de l'instrument, en l'y maintenant avec de la cire ; et il importe de le placer de façon que l'arête de l'angle à mesurer soit elle-même perpendiculaire au limbe ou parallèle à l'axe de rotation. On se sert pour cela des images des deux mires obtenues par réflexion sur les deux faces, images qui, pour chacune des faces, doivent être bien parallèles entre elles.

Une fois ces dispositions préliminaires prises, on place le zéro du limbe en coïncidence avec le zéro du vernier. Faisant

tourner alors le cristal avec la virole A, on amène l'image de la mire supérieure en coïncidence avec la mire inférieure vue directement, ou mieux encore avec l'image de la première mire réfléchie dans un petit miroir qu'on voit à droite fixé au pied de l'instrument. Puis à l'aide du bouton mollelé G on tourne le limbe lui-même, et par conséquent le cristal, jusqu'à ce qu'on obtienne la môme coïncidence, mais cette fois sur la seconde face du cristal. Ce dernier a pris les deux positions qu'indique la figure 257, et chaque face a tourné de l'angle a. La lecture de l'angle de rotation du limbe donne en degrés et fractions de degré, non pas l'angle ^ du cristal lui-même, mais

son supplément géométrique a, d'où Ion déduit le premier par un simple calcuL Le goniomètre de Babinet consiste en un limbe divisé horizontal, portant un collimateur fixé invariablement sur un rayon du cercle : c'est une lunette por-

Fig. 257. - Principe gêo- ^^^ ^ SOU foycr optiquc dcux fils croisés. métrique du goniomètre. Une sccondc luncttc mobilc Dcut toumcr,

Angle de roUilion du ,. i i • i*

cristal. a 1 aide d une alidade munie d un vernier,

autour du centre, ou peut être fixée dans une position quelconque au moyen d'une vis de pression. Enfin, une plate-forme, placée au centre du limbe, peut tourner autour de son axe vertical, au moyen d'une alidade, munie elle-même d'un vernier qui sert à mesurer l'angle de rotation. C'est sur cette plateforme (qui n'est autre qu'une plaque de glace bien plane et polie) que l'on pose le cristal, en ayant soin de placer l'arête de l'angle à mesurer au centre et de lui donner une position parfaitement verticale. On s'assure de cette dernière condition en vérifiant dans plusieurs directions la parfaite coïncidence des deux lignes droites qui forment l'arête du cristal et son image dans la glace.

Voyons maintenant comment on procède à la mesure de l'angle.

On fixe d'abord la lunette mobile en une position qui fait un

LES HÉLIOSTATS. 471

angle quelconque avec celle du collimateur ; ou amène le zéro du vernier de l'alidade vis-à-vis du zéro du limbe, et l'on tourne le support du cristal jusqu'à ce qu'on voie dans la lunette le fil micrométrique placé à son foyer coïncider avec l'image du fil du collimateur vue par réflexion sur l'une des faces du cristal.

A ce moment, on tourne de nouveau le cristal, mais cette fois à l'aide de l'alidade elle-même, jusqu'à ce que la même coïncidence ail lieu avec l'image réfléchie vue sur l'autre face du cristal.

L'angle de rotation, mesuré au vernier de l'alidade, est celui des deux normales aux faces réfléchissantes ; de sorte qu'en calculant le supplément de cet angle, on aura celui des deux faces du cristal.

La figure 258 représente un

, , I n L • > • ' ^'f.- 358. — Goniomètre k réfleiion

gonwmèlre de Babmet monte sur j^ Babinci.

un pied à genou ; mais on en

fabrique de plus petits et de plus simples qu'on peut tenir à la

main à l'aide d'une poignée.

Le même instrument peut servir dans les recherches d'optique toutes les fois qu'on emploie des prismes dont il est nécessaire de connaître l'angle avec exactitude, par exemple dans le cas où l'on veut déterminer l'indice de réfraction de la substance dont le prisme est formé.

§ S. LES HÉU0ST&T3.

Dans un grand nombre d'expériences d'optique, il est nécessaire de projeter, suivant une direction constante, un faisceau de lumière solaire : ce que le mouvement diurne du Soleil ne permet pas d'obtenir directement dans les expériences de

quelque durée. Si le faisceau est d'abord reçu sur Un miroir plan d'où il est renvoyé, par réflexion, vers le point ou vers l'objet qu'il s'agit d'éclairer, il faut changer progressivement l'inclinaison du miroir pour conserver au faisceau réfléchi sa direction constante.

On y parvient au moyen des porte^liunière, appareils que nous aurons plus loin l'occasion de décrire quand il sera question du microscope solaire et qui consistent en un miroir susceptible de tourner à volonté autour de deux axes, l'un horizontal, l'autre vertical, si le faisceau réfléchi doit avoir lui-même une direction horizontale. Mais l'intervention de l'obserxaleur est toujours nécessaire pour modifier, dans Vlh sens convenable» l'orientation du miroir.

Les héliostats sont des appareils destinés à rendre celte intervention inutile : le miroir, qui eu constitue la pièce réfléchissante est mis en mouvement d'une façon continue par une horloge, et un mécanisme approprié le maintient constamment dans une inclinaison telle, que les rayons solaires réfléchis à sa surface suivent une direction constante, malgré le mouvemenl diurne de l'astre.

Il y a des héliostats de constructions variées : nous nous bornerons à décrire ceux qui portent lés noms de Gambey, de Silbermahn et de Foucault, leurs inventeurs. Mais auparavant nous ferons connaître le principe commun à tous, et sans lequel on ne pourrait comprendre leurs dispositions ni le jeu Ae leur mécanisme.

La ligne PP' (fig. 259) représentant l'axe du monde, la ligne de direction invariable autour de laquelle a lieu le mouvement diurne des étoiles et du Soleil, le cercle S sera la route apparente parcourue par ce dernier astre en un jour, l'angle SOP étant la déclinaison du Soleil à l'époque considérée. En A est un cadran équatorial sur lequel l'ombre du style ÂO marque à chaque instant l'heure du jour. La ligne SOB indique donc le chemin suivi par un faisceau de rayons solaires ; et, si Ton conçoit que la ligne OB tourne autour du point 0 en suivant con-

LES HÊLIOSTATS. 473

âtamment l'extrémité B du rayon AB, elle sera toute la journée la route de la lumière incidente.

Soit RB la direction suivant laquelle on veut que les rayons solaires soient conslamment réfléchis, la bissectrice NN' de l'angle SÛR sera la normale au point d'incidence, ce qui détermine la position que le miroir mm doil occuper au moment supposé, pour que la réflexion se fasï;e suivant la direction voulue.

Toute la question est donc de maintenir le miroir dans une

Pig. 359. — Princiiic gi'o métrique des diiirs svstènii^s d*hëlîo3hitii.

position relative toujours la même, par rapport à la direction constante des rayons réfléchis et à la direction variable des rayons solaires incidents. On y arrive de plusieurs manières.

i" On place au-dessous du cadran équatorial une horloge qui fait mouvoir une aiguille BA et lui fait décrire un cercle entier en vingt-quatre heures. Cette aiguille se trouve donc sans cesse dans la direction qu'occuperait précisément l'ombre du style. A son extrémité est fixée une tige BO à laquelle on donne une inclinaison, sur le cadran, égale à la déclinaison du Soleil pour le jour de l'observation. C'^st là une première condition

à laquelle satisfont pareillement les divers systèmes d'béliostats.

2" La tige OB porte le miroir ; elle est liée à un parallélogramme articulé Oabc, dont la diagonale Ob coïncide avec la bissectrice de l'angle SOR, c'cstr4-dire avec la normale au point d'incidence, le côté fixe Oa du parallélc^rammc étant diiigé

Fig. 360. — UéUimUI de 1. T. Silbcrmann.

suivant la direction OR qu'on veut donner au faisceau rclléchi. Tel est le système d'héliostat imaginé par J. T. Silbermann. ol qu'on voit réalisé dans la figure 260.

3' Soit maintenant OC (lig. 259) une tige de longueur constante pouvant prendre autour du point 0 une position quelconque, celle qu'on veut donner au rayon réfléchi. Celte tige est creuse et porte une fourchette à laquelle est fixé le miroir m' m', qui peut aussi tourner autour de OR et autour de AC.

LES HÉLIOSTATS. 475

Une autre tige CD, disposée dans le plan du miroir, est articulée à un anneau en D', à l'extrémité d'une tige OD' égale à OC. Un rayon S'C qui tombera sur le miroir parallèlement à SO sera réfléchi suivant CR. Telle est la disposition de l'héliostat de Gambey.

4° Le miroir est supporté en B par une tige verticale autour tie laquelle il peut prendre toutes tes directions possibles. Il

Fig. 361. — Hclioslal de Ljod Foucault.

est dirigé par une autre tige CB normaleà sa surface etarliculée en B à un anneau fixé sur OB à une distance OC = OB. Dans son plan, une troisième tige CD' est percée d'une rainure dans laquelle on peut glisser" le prolongement CD' de OB. Les deux triangles OGD et OBC sont toujours isocèles, de sorte que la normale CB au miroir est parallèle à ON, bissectrice de l'angle des rayons incidents et réfléchis. C'est le principe de l'héliostat de Léon Foucault.

Ces principes posés, il est aisé de comprendre le mécanisme

des trois systèmes d'héliostats de Gambey, de Silbeimann ei de Foucault, dont les deux derniers sont reproduits par les figures 260 et 261.

§ 6. LE SIDÉROSTAT.

Un grave inconvénient des instnunents employés dans les observatoires aux recherches d*astronomie physique, c'est que l'observateur doit se déplacer avec Toculaire delà lunette, selon le point du ciel qu'il étudie, et avec le mouvement de rotation diurne qui entraîne ce point. De là, pour lui, des positions fort incommodes, gênantes et fatigantes, et, en somme, nuisibles à l'étude du phénomène observé.

Quand il s'agit d'observations à la lunette méridienne ou au théodolite, l'emploi d'un prisme rectangulaire, à l'intérieur duquel les rayons lumineux subissent la réflexion totale, permet de renvoyer l'image dans une direction constante : on nomme lunette brisée l'instrument où cette modification est apportée. Mais c'est une solution qui n'est point applicable aux équaloriaux, instruments dont l'axe se déplace uniformément autour de l'axe du monde et suit l'astre observé à mesure que l'entraîne le mouvement diurne.

C'est dans le but de remédier à cette lacune et d'éviter les inconvénients signalés plus haut que Léon Foucault a imaginé l'instrument auquel il a donné le nom de sidérostat\ Ce n'esl autre chose qu'une lunette astronomique, dont l'axe optique est invariablement fixé dans une position horizontale, au devant de laquelle l'image du point du ciel qu'il s'agit d'observer esl renvoyée par un miroir mû par un mouvement d'horlogerie, el susceptible de prendre à chaque instant la position variable

1. M. le commandant Laussedat, actueUcment directeur des études 2i TÉcoIe polrt^cbnique, a eu le premier Tidée de combiner l'héliostat aîec Temploi d'une lunoUe fixe boii* zontale pour observer et photographier les phénomènes célestes. Voyez à ce sujet les deia articles publiés par ce savant dans la Revue scientifique des années 1868 et 1874, où il rcTt-ndique la priorité pour Finvention sinon pour la réalisation du sidérostat.

LE SIDÉROSTAT. 477

qu'exige le mouvement diurne. Tout le ciel peut donc ainsi, à la volonté de l'observateur, défiler devant la lunette qui reste immobile, et celui-ci, sans se déranger, conserve l'œil à l'oculaire de l'inslrument. Le sidérostat est, par conséquent, en réalité, une espèce d'héliostat où la direction du rayon réfléchi reste constante et horizontale.

La figure 262 permet d'en saisir neltement la disposition.

Fig. 263. — Le sidérostat.

Le miroir peut tourner autour d'un axe horizontal porté luimôme par deux montants verticaux tournant eux-mêmes sur une couronne de galets autour d'un axe vertical. II est soutenu par une tige normale à sa surface qui glisse dans un anneau embrassé par une fourchette dont l'axe donne la direction des rayons incidents de l'astre observé. Celte fourchette est articulée, à son autre extrémité, au bout d'un axe cylindrique qui est parallèle à l'axe du monde, et qu'une série de rouages et d'en-

grenages fait tourner sur lui-même d'un mouvement uniforme avec la vitesse angulaire du mouvement diurne.

Un cercle divisé permet de fixer la direction de Taxe de la fourchette, de manière que l'angle qu'elle fait avec Taxe du monde, soit égal à la distance polaire de Tastre. L'angle horaire de ce dernier étant donné pour le moment où l'observateur doit commencer, on dispose l'instrument de manière que les rayons de l'astre viennent tomber dans le plan qui passe par l'astre et par l'axe de la lunette, et le mouvement l'y laisse ensuite pendant tout le temps de l'observation.

Il est important de remarquer que la longueur de la fourchette est précisément égale à la distance de son axe d'articulation à l'axe horizontal du miroir. Il résulte de là, en effet, que la ligne joignant les milieux des deux axes, prolongée au delà du miroir, donne la direction des rayons réfléchis. Cette direction est donc constante : on l'incline ordinairement de quelques degrés au-dessous de l'horizon, afin de pouvoir observer au besoin les astres très voisins de l'horizon.

Une des grandes difllcullés de la construction du sidérostat, c'était le miroir plan, dont la surface doit être travaillée de manière à offrir une perfection géométrique aussi grande que possible. C'est en cela que consiste la diflérence essentielle de l'héliostat et du sidérostat. Dans l'hélioslat, le principal est d^obtenir une direction constante pour les rayons réfléchis ; comme c'est la lumière qu'on étudie, non la source lumineuse elle-même, il importe peu que celle-ci soit ou non déformée. Le sidérostat, au contraire, doit donner une image exacte, identique, du ciel lui-même, des astres, de leur figure, de leur mouvement. Ce problème difficile de la réalisation d'un plan optique a été résolu par Léon Foucault à l'aide d'une méthode dont cet habile et regrettable physicien a laissé tous les éléments entre les mains d'un de ses amis, M. Ad. Martin.

Voici comment M. Wolf apprécie les avantages du nouvel instrument : « Il n'est point d'observatem', dit-il, qui n'ait eu à lutter contre les difficultés que présente l'adaptation, à la

LE SIDÉROSTAT. 479

limette d'un équatoriaU d'un grand speclroscope, des chambres photographiques « des appareils de projection ou de recherches photomélriques. Toutes ces dilTicultés disparaissent par l'emploi du sidérostat. Les instruments des cabinets de physique, quels que soient leur poids, leur volume et leur forme, viennent se placer devant le foyer de la lunette comme devant le portelumière delà chambre obscure. Et l'astronome étudie la lumière de tous les astres dans les mêmes conditions où le physicien a étudié la lumière solaire. Par là, bien des expériences, aujourd'hui presque inabordables, peuvent se réaliser afsément, et particulièrement celles qui exigent une stabilité parfaite de l'instrument de mesure : telles sont les déterminations des positions absolues des raies spectrales et des déplacements de ces raies, les mesures photométriques, etc.

a Le miroir du sidérostat, essayé sur le ciel avec l'excellente lunette de Gauche de 16 centimètres d'ouverture, qui appartient à l'Observatoire, et des grossissements de 100 à 300 fois, ne produit aucune déformation du faisceau provenant d'une étoile sous une incidence de plus de 45 degrés. »

La perte de la lumière occasionnée par la réflexion est faible ; d'après les expériences de Foucault, elle ne s'élève pas, pour l'argent poli des miroirs, à plus des ^ de la lumière incidente. D'ailleurs le poli dure très longtemps, et, comme la réargenlure est facile, on peut remettre en état le miroir dès que la surface en est altérée pour une cause quelconque*. Au point de vue astronomique le sidérostat a un défaut plus grave que celui qui peut résulter de la perte de la lumière : il ne permet pas l'exploration de toutes les parties du ciel, mais seulement celles qui sont comprises entre le pôle et l'horizon du côté du sud. Pour les autres, il faudrait un sidérostat construit de façon à réfléchir les rayons au nord.

Une note de M. H. Sainte-Claire Deville, insérée dans le

1. Le sidérostat de TObservatoire de Paris a été construit par M. Eichens, sous la direction de MM. Wolf et A. Martin. Voici une note du Rapport annuel sur rObiervatoire par M. Tamiral Mouchczy qui indique quel en a été Tusage en 1880 : « Le sidérostat a été employé à ragrandissement de clichés, puis k la photographie solaire. »

volume des œuvres de Léon Foucault, indique quelles espérances avait conçues ce dernier de l'emploi futur du sidéroslal, espérances qui ne devaient pas se réaliser pour l'inventeur, rinstrumenl n'ayant été construit qu'après sa mort. Le savanl et regretté physicien commence par faire ressortir en ces termes l'utilité du sidérostat :

« La disposition habituelle des instruments astronomiques, lunettes ou télescopes, ne permet pas d'y adapter aisément les appareils nécessaires à l'étude des propriétés de la lumière des .astres (photométrie, photographie, polarisation, spectroscopie). De plus, l'instabilité des équatoriaux devient très grande lorsqu'on y adapte des appareils souvent lourds et excentriques qui dérangent l'équilibre. Le sidérostat a pour but d'éviter ces inconvénients et de permettre à l'astronome d'observer la lumière exactement comme le physicien étudie la lumière du Soleil dans la chambre obscure, en employant à ces recherches des instruments qui se trouvent dans les cabinets de physique, et sans avoir à en changer ni la forme ni la disposition... Si le miroir plan reste immobile, cet appareil peut être employé comme un équatorial aux mesures des positions relatives des astres. C'est aussi le véritable instrument pour la construction des cartes célestes, et M. Wolf s'est mis en mesure d'y adapter un appareil au moyen duquel l'astronome obtiendrait immédiatement la reproduction des cartes célestes. »

Puis il ajoute, en rappelant les espérances de l'inventeur :

a Une des applications les plus intéressantes du sidérostat était celle qu'en voulait faire M. Foucault à l'étude permanente du Soleil. Dans une des salles les plus fréquentées d'un observatoire, il voulait disposer un appareil donnant sur un écran quadrillé une image fixe et amplifiée du Soleil. L'apparition et la forme de taches, le passage d'un astéroïde sur le disque solaire, auraient été un sujet d'études continuelles, faites, sans danger pour les yeux, par toutes les personnes que leurs occupations amènent sans cesse à traverser cette salle.

c< Dans la photographie du Soleil, M. Foucault voulait

LE SIDÊROSTAT. 481

employer, avec le sidérostat, un objectif de très long foyer achromatisé pour les rayons chimiques. Un second miroir presque normal au faisceau réfracté recevait celui-ci à une distance égale à la moitié de sa longueur focale et ramenait rimage à se former sur la paroi antérieure de la chambre noire auprès de l'objectif même. L^observateur se trouvait ainsi à portée de Timage et du miroir mobile, malgré la grandeur de la distance focale de l'objectif. »

Tout le monde désirera que cet instrument nouveau, entre les mains d'observateurs savants et habiles, justifie les espérances qu'il avait fait concevoir, par les découvertes et les travaux astronomiques qu'il rendra possibles.

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