LE STÉRÉOSCOPE
§ 1 . LA YISIOK EN RELIEF. — LE STÉRÉOSCOPE DE RÉFLEXION DE WHEATSTONE.
Quand nous examinons, sans autre secours que celui de nos yeux, un paysage, un arbre, un monument, nous n'avons pas seulement la sensation d'un tableau, c'est-à-dire d'une représentation plane des objets qui viennent se peindre chacun sur notre rétine. Nous avons en outre l'impression, très nette et très vive, du relief des objets, de leurs distances inégales, des intervalles qui les séparent : la profondeur de l'espace est une sensation intuitive résultant tout simplement du phénomène normal de la vision. •
Pourquoi les tableaux peints, quel que soit le mérite de l'artiste auquel ils sont dus, quelle que soit la fidélité de la perspective, des contours des objets, du coloris et de ses nuances, ne produisent-ils pas une sensation pareille? C'est un grand et rare talent que celui de mettre de l'air dans un tableau, de la profondeur dans un paysage; mais alors même que le peintre y a réussi, l'illusion du relief est loin d'égaler la nature.
Longtemps on ne s'est point rendu compte de cette différence entre la représentation plane et la vue réelle, la vision en relief. 11 y a cependant un moyen très simple d'en trouver la raison. Qu'après avoir observé un objet réel avec les deux yeux, on vienne à l'examiner à l'aide d'un seul œil, celui de droite ou celui de gauche : à l'instant le relief, la sensation de la profon-
(leur disparaît; du moins celle-ci est-elle en grande parUe allciiuée. Le paysage réel semble alors une peinture dont les divers plans se confondent. Toutefois cette différence entre la \ision ordinaire ou binoculaire et la vision monoculaire est à peu ^m insensible pour les objets éloignes ; elle est au contraire d'autant plus forte, que les objets sont plus rapprochés; elle esl maximum pour ceux qui sont au premier plan.
Ce premier point constaté, comment les choses se passenlclles quand on examine un objet en relief avec un œil seul! C'est ce que Icut le monde peut vérifier de la manière la plus
Fig. 519. — DilTcrencc entre la tision inonocuhire qI h tbion binociibiit.
simple. Prenons pour exemple un cube, ce dé à jouer ou celte pyramide quadrangulaire {fig. 319).
Plaçons-les l'un et l'autre dans le plan qui passe par la ligne médiane des deux yeux, et regardons-les chacun avec k's deux yeux : les deux figures A et B représenteront les deux objets vus de celte façon. Fermons l'œil gauche, l'aspect changera. Du dé A', la face latérale de droite paraîtra plus grandf, tandis que celle de gauche aura disparu; les faces latérales de la pyramide B' seront d'inégale grandeur apparente, la plus grande étant à droite. Fermons au contraire l'œil droit, l'inversi' aura lieu, comme le montrent les images A' et B'.