‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 152 sur 185 · PREMIERS ESSAIS DE NIEPGE · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE NIEPGE

(le l'eau, on avait donc l'image formée dans la chambre noire, les clairs correspondant aux clairs et les ombres aux ombres (en un mol, une ima^je positive de la gravure). Les clairs étaient foi-més par la lumière diffuse provenant de la matière blanr châtre et non polie du bitume; les ombres par les parties polies et dénudées du miroir, à la condition, bien entendu, que ces

Fig. 335. — Nii;i'(ihore .Nie|)cu.

parties se miraient dans des objets sombres ; à condition qu'on les plaçait dans une telle position, qu'elles ne pussent pas envoyer spéculairenient vers l'œil quelque lumière un peu vive. Les demi-teintes, quand elles existaient, pouvaient résulter de la partie du vernis qu'une pénétration partielle du dissolvant avait rendue moins mate que les régions restées intactes. » (Arago.)

Da guerre commença par perfectionner la mélhode deSiepce: il substitua au bitume de Judée, employé par Niepce, Tiodure d'argent qui, sous l'action des rayons lumineux, noircit avec rapidité. De la sorte, il parvint à réduire le temps de Texposition de la plaque aux rayons lumineux ; mais ce temps élail encore de plusieurs heures. On comprend donc pourquoi, même avec ces perfectionnements, il était à peu près impossible d'obtenir des épreuves satisfaisantes des images de la chambre obscure : pendant que les objets éclairés par le Soleil portaient leurs ombres d'un côté au début de rexpéricnce, l'astre entraîné par le mouvement diurne se déplaçait, el avec lui les ombres portées, qui de la gauche passaient à la droitr. Il en résultait une confusion dans les images, dont la teinte devenait plate et uniforme et dont le relief finissait ainsi par disparaître.

La plaque iodurée exposée au foyer de la chambre nuire recevait l'empreinte de l'image ; mais celle-ci néanmoins n'existait encore pour ainsi dire qu'à l'état latent. Il restait à la développer. Après de nombreux essais, Daguerre trouva que Thuile de pétrole avait la propriété de rendre les tons plus visibles. qu'elle élait ce que l'on a depuis appelé une substance rèvék' tnce. Enfin, bientôt il reconnut qu'il est préférable d'employer dans ce but les vapeurs de mercure : exposée à ces vapeurs, la plaque iodurée, impressionnée par la lumière, laissait apparaître avec la plus grande netteté tous les détails d'ombre el de lumière de l'image formée au foyer de la chambre noire.

On voit donc que, si l'idée première et la gloire de l'invention de la photographie reviennent de droit, pour une bonne part à Niepce, qui n'eut pas le bonheur de jouir lui-même de son triomphe, et de partager avec son associé Daguerre Thonneur de la reconnaissance nationale décernée en toute justice aux deux inventeurs*, c'est Daguerre qui a, par l'invention

1. Une loi fut votive, en juiHot 1839, pour accorder à Daguen*c et à Niepce fils deutpeo* siens viagères, la première de 6000 et la seconde de 4000 francs, en échange de Tabamloa fait par eux au public des procédés de photographie dont ils étaient inventeur ou héntkr* Niepce père était mort en 1833.

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d'une méthode originale, porté à sa perfection Tart nouveau de la reproduction, par la lumière, de tous les détails d'une vue naturelle, d'un site de paysage, d'un portrait, d'une scène quelconque. Bien des perfectionnements ont été apportés depuis à cette méthode qui n'est plus elle-même pratiquée, et à laquelle on a substitué mille procédés plus expéditifs ou moins coûteux; mais, dès le début, les épreuves daguerriennes ont atteint un fini, une précision qui, depuis, n'ont pas été dépassés. D'ailleurs, au point de vue historique et scientifique, comme application des lois des phénomènes physiques, le procédé de Daguerre a une importance qui ne nous permet pas d'en omettre la description détaillée. L'enthousiasme avec lequel il a été accueilli à son origine par les savants, par le public comme par les artistes, n'a rien que de légitime, si l'on songe aux immenses services qu'il a rendus lui-même et que les procédés nouveaux ont de plus en plus multipliés : la géographie, toutes les sciences physiques et naturelles, l'ethnographie, l'architecture, et même les arts de la peinture et du dessin ont eu part à ces services, qui ne font que s'étendre tous les jours. Voyons donc quel était à l'origine, c'est-à-dire en 1839, le procédé de Daguerre, et comment il était parvenu à reproduire les images de la chambie noire à l'aide de l'appareil qu'on nommait alors le daguerréotype.

§ 2. DAGUERRÉOTYPIE OU PHOTOGRAPHIE DAGIERRIEK.NE.

Comme Niepce, Daguerre employait une feuille de cuivre plaquée d'argent, de l'épaisseur d'une forte carte. Il divisait lui-même en cinq opérations la série des manipulations qui constituaient son procédé et dont voici la description d'après la notice publiée par l'inventeur.

La première opération consistait dans le polissage et le nettoyage de la plaque. Avec du colon imbibé d'huile d'olive et de la ponce pulvérisée très fine, la surface de l'argent était d'abord

polie avec beaucoup de soin ; on enlevait alors la couche grasse avec un tampon mouillé d'eau étendue d'acide nitrique, h plaque, chaufiee fortement, était de nouveau polie à la ponce, mais à sec, jusqu'à ce que l'argent fût parfaitement bruni.

En cet état, la plaque pouvait recevoir la couche sensible, seconde opération qui consistait à exposer la surface polie aiu vapeurs qui se dégageaient spontanément de^ quelques fragments d'iode. Ceci se faisait dans l'Qbscurité, et ce n'est qui la clarté d'une bougie que l'opérateur jugeait si le résullal convenable était obtenu; la couche d'argent devait avoir pris alors une belle couleur jaune d'or. Selon la température, il fallait une exposition de cinq minutes à une demi-heure.

On mettait alors la plaque ainsi préparée au foyer de la chambre obscure, en ayant soin de ne pas laisser plus d'uiie heure d'intervalle entre cette troisième opération et la précédente. Les objets dont on voulait reproduire l'image devaienl être éclairés par la lumière directe du soleil. Après une exposition dont la durée variait avec l'heure du jour, avec la saison, et qui pour Paris était de 3 minutes au moins, de 30 minutes au maximum, l'action photogénique de la lumière était complète. La plaque sur laquelle rien n'était encore visible, et qu'il fallait soustraire à toute lumière, portait l'empreinte fidèle de tous les objets qui avaient concouru à lui envoyer des mons lumineux.

11 restait à faire apparaître celte image cachée sous son voile, H à la fixer de manière à la mettre à l'abri de^toute deslruclioii ultérieure. Voici comment Daguerre procédait pour ces deus dernières opérations :

La plaque était portée à l'intérieur d'une boîte (fig. 534) el la face impressionnée, inclinée à 45 degrés, était soumise a l'action des vapeurs qui s'échappaient d'une capsule pleine de

mercure chauffée à une température de 60 à 75 degrés centigrades. Au bout de quelques minutes, l'image commençait a paraître, et se dessinait de plus en plus nette et précise : ce dont on s'assurait en s'éclairant de la lumière d'une bougie. Q^m

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la lempéralure du mercure s'élail sponlanémenl abaissée à 45 degrés environ, l'opération élail finie et l'épreuve arrivée à sa perfeclion. On pouvait alors la conserver sans altération pendant plusieurs mois, à une condition toutefois, celle d'éviter de la regarder souvent et au grand jour.

« Le but de la cinquième opération, dit Daguerre, est d'enlever de la plaque l'iode, qui, autrement, lorsque l'épreuve serait exposée trop longtemps à la lumière, continuerait à se décomposer et la détruirait. »

Cette interprétation était -elle scientifiquement bien exacte ?

Nous le verrons plus loin. Toujours est-il que l'inventeur parvenait à son but en agitant la |)laque dans une solution chauffée de sel marin, ou mieux dans une solution d'hyposulfite de soude, puis en la lavant à l'eau 1res chaude. On reconnaît que celle dernière opération a réussi quand toute trace de la primitive couche jaune d'or a disparu. En Fis- 55*. -Boite h mercure pomu rêvé-

* ■ laliun lies images duguerrienncs.

mettant ensuite l'épreuve sous

verre pour soustraire la surface de l'image à loul froUement,

elle se conservait intacte, môme exposée au grand jour.

Telle était, en résumé, cl sauf des détails de manipuialion qui n'ont pas d'intérêt au point de vue scientifique, la méthode inventée par Daguerre. Elle reçut bientôt quelques perfectionnements dont nous allons dire un mot, après quoi nous donnerons la description des procédés de photographie qui n'ont pas tardé à détrôner l'invention première, sans rien ôler, du reste, au mérite des deux hommes qui ont contribué ù la découvTir.

chimique des phénomènes que nous venons d'éludier. Kous n'avons rien à dire du côté purement optique des phénomènes; la formation des images au foyer de la chambre obscure a été complètement expliquée dans les chapitres consacrés soit aux phénomènes lumineux et à leurs lois, soit aux instruments d'optique proprement dits. Mais que se passe-t-il à la surface de la plaque ; comment se forment les images ; quel est le mode d'action de la lumière et comment les images, une fois formées, mais encore invisibles, deviennent-elles visibles dans tous leurs détails?

On a déjà vu que l'exposition de la plaque argentée^ aux vapeurs spontanées de l'iode donne lieu à la formation d un composé chimique, Viodui'e d'argent. C'est ce composé qui recouvre la surface primitivement blanche du métal d'une teinte qui varie suivant l'épaisseur, depuis le jaune paille, le jaune d'or ou orange, jusqu'au rouge, au bleu, au violet. Disons d'abord que ce phénomène de coloration n'est pas dû à la couleur de l'iodure d'argent, qui est blanc, mais qu'il s'agit d'un phénomène oii l'interféience des rayons lumineux joue le principal rôle, comme nous l'avons vu dans le chapitre de cet ouvrage consacré aux couleurs des lames minces. M. Dumas a évalué le poids de la couche d'iodure formée à la surface d'une plaque daguerrienne, et il en a conclu l'épaisseur approchée de la couche elle-même. Cette détermination est assez curieuse pour que nous la rapportions d'après le célèbre chimiste lui-même.

« Une plaque de 5760 millimètres carrés de surface, ayant été amenée à la nuance jaune-paillc par son exposition à la vapeur d'iode, fut rapportée sur une balance très délicate, où l'on avait fait exactement la tare : il y avait une augmentation de poids certaine, évidente, mais elle ne s'élevait pas à un demi-milligramme. Quand la nuance fut du jaune d'or, Taugmentation du poids arriva au demi-milligramme. En prolongeant la durée de l'action de la vapeur d'iode par delà le temps nécessaire, en quadruplant cette durée par exemple, j'obtins

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