PERFECTIONNEMENTS DU PROCÉDÉ DAGUERRE
(les effets très appréciables à la balance : une augmentation de poids de deux milligrammes. Je supposai que le quart de cette quantité aurait suffi pour former à la totalité de la surface la dose d'iodure nécessaire à la production de l'image. Mais en calculant le poids d'iodure d'argent que cet iode représente, en calculant le volume d'iodure qui correspond à ce poids, on arrive à se rendre compte de l'épaisseur de la couche d'iodure d'argent déposée à la surface de la plaque. Elle n'est pas égale
à \rS MILLIONIÈME DK MILLIMÈTRE. »
Une fois la plaque métallique recouverte il'iodure d'argent, et aussi de bromure d'argent après qu'elle a été soumise à l'action des substances accélératrices, que se passe-t-il quand elle est impressionnée par la lumière? Quelle influence les ondes lumineuses ont-elles sur la couche sensible? Sur ce point, les opinions sont partagées. D'après l'opinion de M. Dumas, opinion émise à l'époque où la découverte de Daguerre fut rendue publique, l'action de la lumière serait purement mécanique: elle aurait pour effet de soulever ou de fendiller la couche de l'iodure d'argent, en permettant ainsi au mercure d'arriver au contact de l'argent métallique, tandis que l'iodure non fendillé resterait imperméable. En examinant au microscope la couche mercurielle déposée après la troisième opération, le célèbre chimiste reconnut que cette couche est composée de granules de mercure très irréguliers (d'un diamètre égal à environ la 800* partie d'un millimètre). Les parties blanches ou lumineuses sont recouvertes de ces granules; les ombres n'en présentent presque pas ; les demi-teintes en sont moins garnies que les blancs ; en un mot, les granules de mercure sont déposés en quantité proportionnelle aux érosions de l'iodure d'argent.
D'autres savants croient que les choses se passent d'une autre façon. Selon eux, l'iodure d'argent, sous l'action des ondes lumineuses, est en partie décomposé; il se transforme en sousiodure qui, en contact avec le proto-iodure de mercure, donne naissance à de l'iodure rouge et à du mercure métallique.
D'après celle ihéorie qui a élé exposée, dès 1843, par MM. Choiselat et Ralel, « les blancs sont produits par une poussière, d'une grande ténuité, d'amalgame d'argent simplement déposé sur la plaque ; ces blancs sont d'un ton d'autant plus vif que cette poussière est plus abondante et plus riche en argent; quant aux noirs, ils sont le résultat du dépôt d'un argent extrèmemenl divisé, mêlé mécaniquement à une très faible quantité de mercure provenant du lavage. »
Quelle que soit du reste la théorie vraie, que les granules soient formés d'amalgame ou de mercure métallique, leur dépôt à la surface de la plaque forme un assemblage évidemment instable, et la nécessité de les protéger contre les altérations extérieures est la même dans les deux cas. De là l'importance de l'opération du fixage, qui, pour les épreuves daguerriennes, s'obtenait, nous l'avons vu, par le dépôt d'une mince couche transparente d'un sel d'or.