PHOTOGRAPHIE A LA LUMIÈIIE ARTIFICIELLE
Comme on vient de le voir, l'héliographie est fondée sur la propriété des rayons lumineux de modifier chimiquement les substances dites impressionnables ou sensibles; ce sont les radiations dites chimiques émanées de la lumière solaire directe ou de la lumière du jour, c'est-à-dire de la lumière solaire diffuse, qui jouissent des propriétés photogéniques. Mais d'autres lumières plus ou moins intenses ne peuvent-elles remplacer, au besoin, celle du Soleil? C'est une question que n'ont pas tardé de se poser et de résoudre les physiciens et les photographes.
La lumière électrique, par sa puissante intensité, devait la première attirer l'attention. On connaissait depuis longtemps son action colorante sur le chlorure d'argent, mise en évidence par Brande peu après la découverte de l'arc voltaïque par Davy. M. de la Rive constata plus tard qu'elle agissait sur les plaques daguerriennes, et ce savant obtint l'image d'un buste en plâtre
éclairé par la lumière éblouissante de l'éleclricilé. L'application de cette source lumineuse à la photographie est entrée dans le domaine de la pratique, ainsi qu'il résulte de la note suivante que nous empruntons au journal les Mondes, d'octobre 1866 :
« M. Woodbury, de Manchester, continue à faire usage, pour la production de ses clichés photographiques sur gélatine, de la lumière électrique produite par la machine de M. WM, Cette lumière, excitée entre les pointes de deux charbons, est entourée des négatifs, qu'elle doit traverser pour impressionner la gélatine, et l'on peut constater chaque jour que les reliefs sur gélatine obtenus avec la lumière électrique sont mieux définis que lorsqu'on opère à la lumière du Soleil ou du jour. » Cette note est relative, comme on voit, à un procédé de gravure héliographique dont nous dirons plus loin quelques mots ; mais la suite est relative à la production de véritables clichés photographiques : a MM. Saxon et C'% aussi de Manchester, ne font plus leurs agrandissements qu'à la lumière électrique de M. Wild. En possession d'une lumière artificielle qui brille jour et nuit, ils ont pu prendre l'engagement d'agrandir en vingt-quatre heures les clichés négatifs qu'on leur confie. »
Toutefois l'emploi de cette lumière est coûteux. Dans les cas, assez rares d'ailleurs, où Ton peut avoir besoin de faire de la photographie de nuit, on préfère de beaucoup la lumière produite par la combustion du magnésium à celle de l'électricité. L'invention des lampes au magnésium, par sir David Brewster, le perfectionnement qu'un de nos savants compatriotes, M. Le Roux, y a apporté en associant le zinc au magnésium , ont permis d'appliquer cette lumière artiûcielle à la photographie. On a commencé par photographier des gravures, des bustes et des statues, et on a reconnu ainsi la valeur photogénique de la lumière du magnésium, d'ailleurs moins coûteuse que la lumière électrique.
On est arrivé par ce moyen à reproduire avantageusement les objets inanimés; mais, au point de vue artistique, l'effet est peu satisfaisant, à cause de l'opposition nécessairement exagérée