‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 173 sur 185 · PHOTOGRAPHIE CÉLESTE · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE CÉLESTE

phénomènes relatifs aux objets connus depuis longtemps et réfléchissant une forte lumière.

« Je citerai, en premier lieu, les taches du Soleil, dont le dessin demande une faible fraction de seconde, et qui sont reproduites avec une grande netteté. Cependant, même dans celte circonstance, on n'arrive point à fixer les détails que de bons observateurs habitués à ces phénomènes peuvent reproduire; mais on obtient, ce qui est très important dans l'espèce, une image du Soleil pour un moment déterminé, et, si l'on nous permet de nous servir d'une expression de sir John Herschel, on oblige le Soleil à nous écrire sa propre histoire.

« Ces expériences seront, ou, pour parler plus exactement,

ont déjà été très utiles, particulièrement dans les éclipses totales de Soleil. Il n'y a pas de dessinateur, quelque expéditif qu'on le suppose, qui puisse faire en deux ou trois minutes, durée ordinaire du phénomène, ce que Warren de la Rue a fait en Espagne lors de la dernière éclipse de Soleil ; car, si l'on suppose que tout ait été préparé, on peut obtenir, non pas seulement trois, mais douze ou quinze imîiges d'un phénomène qui disparaît si rapidement. Pour les planètes, même pour les grosses, la photographie est de peu d'usage et nous apprendra peu de choses nouvelles. L'expérience sera encore moins utile quand elle s'appliquera aux étoiles. On a photographié le groupe des Pléiades et celui d'Orion, et l'on pouvait bien reconnaître les constellations dans les images ainsi obtenues; mais un œil sain, sans lunettes, voyait plus de choses dans le ciel pue la photographie ne lui en montrait. Nous nous félicitons du nouveau moyen d'étude que plusieurs observatoires, parmi lesquels nous citerons l'observatoire de Wilna, possèdent d'une façon complète, ou peu s'en faut ; mais nous n'attendrons pas que la sphère d'action de l'astronomie pratique puisse être agrandie par son intervention, et l'art des observations ne sera pas bouleversé par la découverte de la photographie, comme il l'a été lors de l'invention de la lunette astronomique. »

La planche XXVI , qui représente deux portions identiques

de la Lune, permellaît de conslater l^exactiludc du jugcmcnl liorlé par Maîdler, du moins à l'époque (1868) oii il fit la conférence dont nous venons de reproduire un fragment : la première portion est un fac-similé de la carte sélénographique dessinée par l'illustre astronome; l'autre est la reproduction d'une belle photographie lunaire amplifiée due à M. Warren de la Rue. Dans celle-ci, le relief de la surface est admirablemenl accusé par les oppositions des lumières et des ombres ; mais on n'y distingue point une foule de détails topographiques d'un grand intérêt que l'astronome, aidé de puissants instruments, a dessinés nettement et qui font de sa belle carte de la Lune

un monument précieux pour les futures recherches de séléno-

graphie.

Toutefois depuis, des perfectionnements apportés aux appareils ont permis d'obtenir des photographies de la Lune beaucoup plus précises, bien que, comme l'a dit justement M. Faye, elles ne puissent dispenser ni du secours d'une carte de la Lune bien faite, comme celle de Béer et de Maedler ou encore de Schmidl, ni de l'étude de la Lune elle-même au moyen de puissants télescopes. Un ajstronome américain, M. Rutherford, a obtenu des épreuves fort belles du disque lunaire, à l'aide d'un objectif achromatique de 13 pouces de diamètre, auquel était jointe une troisième lentille dont la densité et la courbure avaient été cal-

culées de manière à donner à l'ensemble l'achromatisme chimique.

Adapté à une lunette équatoriale que faisait mouvoir un excellent mouvement d'horlogerie, l'objectif de M. Rutherford fournit un négatif d'environ 4 pouces (101 millimètres) de diamètre, qui donna lui-même une épreuve positive de même grandeur. La durée de la pose, d'un quart de seconde à la Pleine Lune, était de deux secondes au Premier ou au Dernier Quartier. Enfin, le positif soumis à un appareil d'agrandisse-

ment dans la lumière solaire convergente a donné les magnifiques épreuves de la Lune que connaissent aujourd'hui tous les astronomes et qui nous montrent notre satellite avec tous les

Le Honilc physique.

1 . Honbgacs lunaires, d'après la carie de la Lune dr régiOD, d'après udc phologra[Aie de 11

dont les coulées auraient comblé la ca\ilé précédemment observée el dessinée?

Le pour et le conlie ont été longuement discutés : on comprend combien, dans cette circonstance eussent été précieux des documents impersonnels, tels que des épreuves photographiques, surtout quand il s'agissait de décider s'il y avait eu disparition d'objets préalablement représentés.

On a eu l'idée de prendre des vues photographiques de la Lune à un intervalle de temps suffisant pour que, grâce au changement qui provient de la libration, les épreuves convinsent à la vue stéréoscopique. Ainsi observées, les diverses aspérités lunaires offrent un relief d'une netteté extraordinaire, et la courbure de l'hémisphère semble très sensible. Cet hémisphère, d'après la théorie, doit être allongé vers la Terre. Or cette conclusion a été, paraît-il, établie par la discussion de mesures micrométriques effectuées par un astronome nisse, M. Goussef , sur les épreuves de deux photographies de la Lune. M. Warren de la Rue a pris pareillement en 1868, à deux jours d'intei'valle, deux vues photographiques d'une même tache solaire ; l'examen stéréoscopique des deux images a mis en évidence la dépression de la surface solaire à l'endroit de la tache.

La photographie céleste ne s'est pas seulement attaquée au Soleil et à la Lune. Warren de la Rue, qui a obtenu le premier de belles épreuves lunaires, a tourné son objectif vers les planètes : Saturne et Jupiter ont été photographiés ; le même savant a photographié des vues stéréoscopiques de la planète Saturne et de son anneau. Enfin, les étoiles et les nébuleuses ont eu leur tour et, après des essais infructueux, ont marqué leur image sur le coUodion. Avec un objectif de 11 pouces d'ouverture, M. Rutherford a pu, en moins de 3 minutes, photographier les étoiles jusqu'à la 9* grandeur. La durée de pose, pour ces expériences, variait non seulement avec les circonstances atmosphériques, mais avec l'éclat stellaire. En une demi-seconde l'étoile double de Castor donnait une impression

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