PHÊMOMÈKES DE LA LUMIÈRE SUR LES PLANÈTES ET SUR LA LUNE
Tel est, dans son ensemble, le tableau des principaux phénomènes par lesquels se manifeste, à la surface de la Terre, Tagent physique dont nous allons étudier les lois. Ces lois sont universelles et s'appliquent, comme nous le verrons, à d'autres mondes que le nôtre; mais nous ne savons si dans ces mondes, dans les planètes par exemple, qui offrent avec la Terre tant d'analogies astronomiques et physiques, la lumière du Soleil donne lieu aux mêmes phénomènes optiques. Sans doute, à la surface de ces corps, de ceux du moins qui sont doués d'une atmosphère, les mêmes causes y doivent produire les mêmes effets ; mais les conditions physiques et chimiques, par exemple la composition de leur enveloppe gazeuse, l'existence de telle ou telle substance, l'absence ou la présence de la vapeur d'eau, etc., peuvent y être si différentes, qu'il n'est pas possible de dire si l'aspect du ciel des planètes est ou non semblable à celui de notre ciel terrestre.
Ce qu'on peut évaluer, ce sont les valeurs relatives des quantités de lumière que le Soleil envoie à la surface de chaque globe planétaire; c'est aussi l'intensité de la lumière reçue, laquelle ne dépend que des distances des planètes au SoleiP. Par exemple, sur Mercure cette intensité est sept fois plus
1. Elle varie en raison inverse des carrés de ces distances. On verra plus loin, en efTct^ que l'éclat intrinsèque d'une source telle que le Soleil reste le même, tant que son disque conserve des ,dimensions apparentes sensibles. La quantité de lumière qu'il envoie est donc proportionnelle à la surface de ce disque, tel qu'il est vu de chaque planète, et cette sur^ face varie elle-même, d'une planète à l'autre, en raison inverse des carrés do leurs distances respectives.
forte que sur la Terre, tandis que sur Neptune elle n*est que la millième partie de cette dernière. Mais il s'agit là de la lumière reçue à la limite extérieure de l'atmosphère de chaque planète : pour savoir ce qui se passe à cet égard à la surfece même du sol, il faudrait pouvoir tenir compte de l'absorption de chaque atmosphère. Quant aux alternatives qui donnent le jour et la nuit, alternatives dues à la rotation de chaque globe sur son axe, elles se succèdent à peu près également sur les quatre planètes moyennes. Mercure, Vénus, la Terre et Mars; elles ont des périodes plus courtes sur Jupiter et Saturne, où le soleil reste à peine cinq heures sur Thorizon. Mais les longues saisons joviennes ou saturniennes compensent bien la brièveté des nuits et des jours.
Mars est probablement la planète qui ressemble le plus à la nôtre par sa constitution physique.
Le télesco|»e y découvre des détails qui montrent sa surface partagée en espaces brillants reflétant vivement la lumière solaire et en espaces sombres où cette lumière est absorbée : ce sont probablement les continents et les mers. Aux pôles, des taches d'un blanc plus vif s'étendent ou se resserrent en latitude, selon que l'époque correspond à la saison d'hiver de Mars ou à celle d'été. On en conclut avec une grande probabilité que les taches blanches et mobiles des zones polaires sont produites par l'accumulation des neiges et des glaces. Enfin, on a pu observer d'autres taches mobiles grisâtres qui seraient les nuages flottant dans l'atmosphère. Tout fait donc présumer qu'il y a là une constitution physique se rapprochant beaucoup de colle de la Terre, et les personnes qui ont une imagination un peu vive se laissent aller volontiers à dépeindre les paysages de l'intéressante planète. Mais les phénomènes de lumière n'y sont-ils pas néanmoins fort différents de ceux que nous obser^ vous ici-bas? La teinte rougeâtre des continents qui fait paraître d'un gris verdâlre celle des espaces où l'on soupçonne des mers, n'est-clle pas un indice d'une constitution spéciale de l'enveloppe gazeuse de Mars, et de propriétés toutes par-
ticulières relativement aux phénomènes lumineux dont cette enveloppe est le siège? Tontes les conjectures à cet égard sont permises, et il nous semble impossible qu'on préjuge l'aspect du ciel de Mars par comparaison avec celui qui est visible sur la Terre.
Peut-être cela est-il plus aisé en ce qui concerne la Lune. l'eu^être a-t-on le droit d'aflirmer que, sur notre satellite, cet
Fi^. 4- — Muntagnet de b Luna vuw au léleMopc.
aspect présente avec l'aspect des paysages terrestres un contraste très grand, dont il est facile de se faire une idée. La Lune est, sinon complètement, du moins à peu piès totalement privée d'atmosphère. A sa surface il n'existe point non plus d'eau ni de liquide évaporable. Les paysages lunaires offrent donc une crudité de tons qui n'existe nulle part, sous aucune zone, dans nos paysages, et qui parait avec évidence dans toutes les observations télescopiqucs, quel que soit le grossissement qu'on emploie. Le voile lumineux qui, pendant le jour, nous
masque les étoiles, même quand le ciel est le plus pur et le plus limpide, n'existant pas sur la Lune, le ciel des jours né s'y distingue du ciel des nuits que par la présence du Soleil, dont le globe sans rayons , sans auréole , se détache sur un fond absolument noir. Les étoiles y brillent en tout temps, avec un éclat qui doit permettre de distinguer les plus petites, et la Voie Lactée s'y détache avec une netteté, une splendeur qui nous est inconnue.
Quant au sol lunaire, aux aspérités si étranges et si accentuées qui le parsèment, aux milliers de cavités de toutes dimensions dont il esl criblé, l'éclat et la crudité de leur lumière aveugleraient celui qui pourrait les observer de près; c'est à peine si les ombres noires des parties non éclairées sont tempérées par les reflets de celles qui reçoivent la lumière du Soleil. Dans un paysage lunaire, la perspective aérienne n'existe point, et dès lors il n'y a plus de ces transitions, de ces nuances, de ces gradations vaporeuses, ni de ces variations de couleurs qui donnent tant de charme aux paysages terrestres, même dans les climats les plus déshérités de notre globe. La longue durée des jours et des nuits (en moyenne vingt- neuf fois et demie plus grande que sur la Terre) doit ajouter encore à la monotonie d'aspect de cette terre ruinée. *
go. LES PERCEPTIONS EXTERfïES, LA LUMIÈRE ET LE SENS DE LA TUE.
De tous les agents physiques qui impressionnent nos sens, et qui, par leur intermédiaire, nous mettent en communication avec le monde extérieur, aucun n'a autant d'importance que la lumière.
Sans la lumière, ou, ce qui revient au même, sans l'organe de la vue, nos connaissances sur les corps ou les êtres dont l'univers se compose, seraient nécessairement fort restreintes. Par le toucher seul , dont l'odorat et le goût peuvent être regardés comme des modifications ou des variétés, nous ne serions dn