‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 5 sur 185 · LES PERCEPTIONS EXTERNES · texte numérisé non relu

LES PERCEPTIONS EXTERNES

relation qu'avec les objets auprès desquels nous pourrions nous ti*ansporter jusqu'au contact. L'ouïe nous permettrait déjà sans doute de percevoir les mouvements intimes de corps étrangers situés à distance ; mais cette sensation seule nous aiderait tout au plus à juger de la direction où ces corps se trouvent ; encore ne pourrions-nous dépasser ainsi les limites, relativement très bornées, de la Terre même et de son atmosphère.

Que saurions-nous, privés de la lumière ou du sens de la vue, de la forme, des dimensions, de la distance et de la position relative des corps situés dans ces limites? Quelle conception pourrions-nous avoir de ces propriétés variées par lesquelles ils se difTérencient entre eux, de leur ordre, de leurs mouvements? Presque tout le domaine immense des sciences physiques et naturelles nous serait interdit. Nous ne pouvons même nous faire une idée de l'extrême petitesse du cercle auquel se borneraient nos connaissances ,' par l'observation de ce que sont les aveugles-nés : en effet, il est bien vrai que les aveugles-nés ne savent rien par eux-mêmes de ce qu'est la lumière, la couleur; mais, par l'éducation, le langage, par le secours des clairvoyants avec lesquels ils vivent, ils peuvent acquérir et ils acquièrent réellement une foule de notions dont leur infirmité les eût privés à jamais, s'ils eussent été seuls.

D'autre part, il faut avouer que la vue seule, sans le secours et le contrôle des autres sens, ne nous donnerait sur le monde extérieur que des notions fort vagues ; mais, grâce à l'éducation expérimentale qui résulte de leur concours, nous acquérons successivement l'idée de l'existence réelle de notre propre corps, puis de celle des corps étrangers, de leur forme, de leurs dimensions, de leurs dislances. Nous jugeons de leur relief par les ombres et les lumières qui affectent leur surface, et l'innombrable variété des couleurs que cette surface présente nous aide à les distinguer les uns des autres, et à nous rappeler leurs propriétés spéciales. C'est enfin la lumière et le sens de la vue qui nous permettent de juger de leur état de repos ou de mouvement. Or la plupart des phénomènes dont les sciences natu-

Page 1