‹ Le monde physique (volume 5)Chapitre 72 sur 185 · INCANDESCENCE DES SOLIDES · texte numérisé non relu

INCANDESCENCE DES SOLIDES

des gaz, des flammes, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant.

Si maintenant on élève de plus en plus la température audessus de 500*, l'intensité de la lumière émise va en augmentant, sa teinte change, devient de plus en plus blanche, ce qui revient à dire qu'elle se compose de rayons de plus en plus réfrangibles : « De sorte, dit M. Becquerel, qu'aune température qui ne dépasse pas beaucoup celle de la fusion de l'or, la lumière émise est sensiblement blanche, et donne des rayons compris entre les limites de réfrangibilité des raies obscures A et H qui terminent les deux extrémités visibles du spectre solaire. »

Voici, pour le platine, à quelles températures s'obtiennent les diverses teintes qui se succèdent depuis le rouge sombre jusqu'au blanc le plus intense. Elles ont été déterminées, à 50* près, à l'aide du pyromètre de M. Pouillet :

Orangé foncé 1100»

Orangé clair H00«

Blanc 1300*

Blanc soudant .... 1400^

Blanc éblouissant. . . 1500^

Rouge naissant . . .

Rouge sombre. . . .

Cerise naissant. . . .

Cerise

Cerise clair

Des expériences dues à M. Becquerel il résulte qu'un certain nombre de corps opaques, les métaux inoxydables comme le platine et le palladium, le charbon, l'asbeste, la chaux, ont sensiblement le même pouvoir d'irradiation, à mesure que la température s'élève ; jusqu'à leurs points de fusion, les métaux oxydables comme le cuivre sont doués d'une moindre irradiation : ce qui tient sans doute à la couche d'oxyde qui les enveloppe; mais, une fois le point de fusion atteint, l'intensité de la lumière devient à peu près égale à celle du platine. Au contraire, l'argent incandescent donne toujours une lumière et plus vive et plus blanche que celle de ce dernier métal.

Divers physiciens, MM. Draper, Zoellner, E. Becquerel, ont cherché à évaluer l'intensité de la lumière émise par le platine ou tout autre corps incandescent, à des températures de plus

en plus élevées , et il résulte de leurs expériences que celte intensité va en croissant très rapidement. « En représentant par l'unité, dit M. E. Becquerel, l'intensité de la lumière émise au moment de la fusion de l'argent (916^) par un corps tel que le platine ou un fragment de magnésie ou de chaux placé à côté, à 600° il n'y a environ que les 3 millièmes de celte intensité lumineuse, à 700° les 2 centièmes, à 800° le huitième environ, et à 900° les trois quarts. Lors de la fusion de l'or (1037°), l'intensité lumineuse par irradiation serait plus de 8 fois plus forte que lors de la fusion de l'argent, et lors de la fusion du cuivre 69 fois ; à 1200° cette intensité deviendrait 147 fois plus forte, à 1500°, dans cette hypothèse, près de 29000 fois, et à 200\ limite des observations avec le charbon polaire positif d'une pile, 191 millions de fois; mais ces deux derniers nombres supposent que la loi d'accroissement de l'intensité lumineuse reste la même au delà de 1200°, ce qui n'est pas prouvé. » (La Lumière^ I.) En restreignant dans la limite des expériences les résultats ainsi obtenus, on voit que la lumière émise par un corps solide incandescent est 45900 fois plus intense à la température de 1200° qu'à. celle de 600°, qui est celle du rouge Sombre.

La lumière émise par un solide ou un liquide incandescent jouit d'une propriété caractéristique qui a été mise en évidence par Arago, et dont il sera question dans un chapitre ultérieur : elle offre des traces de polarisation sous un angle suffisamment petit. « On a cru pendant longtemps, dit-il, que la lumière, émanant de tout corps incandescent, arrive à l'œil à l'étal de lumière naturelle, lorsque dans le trajet elle n'a été ni partiellement réfléchie, ni fortement réfractée; mais c'était là une erreur. J'ai reconnu que la lumière qui émane, sous un angle suffisamment petit, de la surface d'un corps solide ou d'un corps liquide incandescent, lors même que cette surface n'est pas complètement polie, offre des traces évidentes de polarisation, en sorte que, pénétrant dans la lunette polariscope, elle se décompose en deux faisceaux colorés* La lumière qui émaue

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