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ÉTATS PHYSIQUES DES CORPS

n'en est guère que les 5 centièmes, et le volume liquide réduit à celui des océans n'en serait que les 2 dix-millièmes.

Mais peut-on regarder le globe comme entièrement solide ? N'est-il pas formé d'un noyau à l'état de fusion ignée, par conséquent liquide? Ce sont des questions qu'il est inutile de soulever ici, parce qu'elles ne sont pas du domaine de la physique proprement dite. Nous y reviendrons en temps et lieu.

Les proportions que nous venons d'indiquer entre les parties solides, liquides et gazeuses du globe terrestre, sont celles qui conviennent à l'âge actuel de notre planète, lequel dure probablement depuis des centaines de milliers d'années. Mais tout fait présumer que, dans les âges antérieurs, le noyau solidifié était beaucoup moindre, et surtout l'atmosphère considérablement plus étendue et d'une composition plus complexe. On peut se rendre compte de la probabilité de ces vues, en examinant ce que deviendrait la Terre si la température générale venait soit à augmenter, soit à diminuer dans des limites étendues.

Notre grand Lavoisier a publié sur ce sujet un mémoire d'un haut intérêt, qu'on trouvera dans l'édition de ses OEuvres complètes, et dont nous allons extraire quelques passages.

« Les considérations que je viens de présenter sur la formation des fluides aériformesS dit-il, jettent un grand jour sur la manière dont se sont formées, dans l'origine des choses, les atmosphères des ])lanètes, et notamment celle de la Terre. On conçoit que cette dernière doit être le résultat et le mélange : 1° de toutes les substances susceptibles de se vaporiser, ou plutôt de rester dans l'état aériforme, aux degrés de température et de pression dans lesquels nous vivons habitueUement; 2° de toutes les substances fluides ou concrètes susceptibles de se dissoudre dans cet assemblage de différents fluides aéri^ formes.

« Pour mieux fixer nos idées relativement à cette matière, sur laquelle on n'a point encore assez réfléchi, considérons un

I. Le Mémoire de Lavoisier fait suite à un Mémoire qui a pour titre : De quelques substances qui sont conslamment à l'étal de fluide aériforme.

moment co qiii arriverait aux différentes substances qui composent le globe, si la température en était brusquement changée. Supposons, par exemple, que la Terre se trouvât transportée tout à coup dans une région beaucoup plus chaude du système solaire, dans une région, par exemple, où la chaleur habituelle serait fort supérieure à celle de l'eau- bouillante : bientôt l'eau, tous les liquides susceptibles de se vaporiser à des degrés voisins de l'eau bouillante, et plusieurs substances métalliques même, entreraient en expansion et se transformeraient en fluides aériformes, qui deviendraient parties de l'atmosphère. Ces nouveaux fluides aériformes se mêleraient avec ceux déjà existants, et il en résulterait des décompositions réciproques, des compositions nouvelles, jusqu'à ce que, les différentes affinités se trouvant satisfaites, les principes qui composeraient ces différents fluides arrivassent à un état de repos. Mais une considération qui ne doit pas échapper, c'est que cette vaporisation même aurait des bornes : en effet, à mesure que la quantité des fluides aériformes augmenterait, la pesanteur de l'atmosphère s'accroîtrait en proportion ; or, puisqu'une pression quelconque est un obstacle à la vaporisation, puisque les fluides les plus évaporables peuvent résister, sans se vaporiser, à une chaleur très forte, quand on y oppose une pression proportionnellement plus forte encore ; enfin, puisque l'eau elle-même, et probablement plusieurs autres liquides, peuvent éprouver, dans la machine de Papin, une chaleur capable de les faire rougir, on conçoit que la nouvelle atmosphère arriverait à un degré de pesanteur tel, que l'eau qui n'aurait pas été vaporisée jusqu'alors cesserait de bouillir et resterait dans l'état de liquidité; en sorte que, même dans cette supposition, comme dans toute autre du même genre, la pesanteur de l'atmosphère serait limitée et ne pourrait pas excéder un certain terme. On pourrait porter ces réflexions beaucoup plus loin et examiner ce qui arriverait, dans cette hypothèse, aux pierres, aux sels et à la plus grande partie des substances fusibles qui composent le globe : on conçoit qu'elles se ramolliraient, qu'elles entreraient

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