AÉROSTATION MILITAIRE
Nous avons dit avec quel enthousiasme furent accueillies les premières ascensions aérostatiques. Un siècle s'est écoulé depuis l'inventioti de Montgolfier et de Charles, et l'admiration publique ne cesse de s'attacher à cette conquête de l'homme sur les domaines de l'air, domaines qui semblaient à jamais interdits à une exploration directe. S'élever dans l'atmosphère à une hauteur qui dépasse souvent la région des nuages, franchir à l'aide des courants aériens de grandes distances, au milieu d'un calme et d'un silence absolus, contempler les aspects nouveaux, aussi variés qu'éblouissants, des paysages célestes, tout cela est bien propre en effet à piquer la curiosité et à enflammer l'imagination. Mais l'invention des ballons a fait concevoir la pensée de les appliquer à des objets plus utiles. Outre le grand problème non encore résolu, problème de la navigation aérienne et de la direction des aérostats, dont nous venons de dire quelques mots, on a cherché à résoudre, à l'aide des ascensions aérostatiques, nombre de questions scientifiques intéressant la physique du globe et la météorologie. Dix ans après la première ascension, on songeait à utiliser les ballons dans les opérations militaires. Commençons par cette importante application, la première en date, de l'aéronautique.
Dès 1795, sur Ja proposition de Guy ton de Morveau, le Comité de salut public décidait la formalion de compagnies d'aéronautes ou aérostiers, ayant pour fonctions d'observer, à l'aide de ballons captifs, les mouvements et les dispositions des armées ennemies.
Un physicien français, Coutelle, fut chargé d'aller à Maubeuge ])roposer au général Jourdan l'emploi d'un aérostat à son armée. Après divers essais faits à Paris, et relatifs à la préparation rapide du gaz nécessaire au gonflement du ballon et à la manœuvre de l'appareil, Coutelle partit pour Maubeuge, où il put, en compagnie d'un officier de l'État-Major, examiner en détail les travaux de l'ennemi, ses positions et ses forces. Peu de temps après, à Charleroi, il rendait à notre armée les mêmes services, et contribuait pour une part à la victoire de Fleurus; à Mayence, à Manheim, à Francfort, des compagnies d'aérostiers, organisées sur le modèle de celle qu'il commandait, furent pareillement utilisées, et, de l'armée du Pihin, elles furent envoyées en Egypte. La Convention, sur les premières nouvelles des résultats obtenus par Coutelle à l'armée de Sambre-ct-Meuse, avait organisé k Meudon une école aérostatique ; niais Bonaparte, au retour de l'expédition d'Egypte, la fit fermer définitivement'. Carnot néanmoins employa ce nouveau genre d'éclaiieurs au siège d'Anvers, en 1815.
Enfin, dans la grande guerre de la sécession, l'aérostation militaire fut remise en honneur par le gouvernement des Etats- Unis. Un système de télégraphie électrique faisait communiquer l'armée fédérale avec l'aéronaute. Le professeur l^owe fit notamment près de Fairfax (Virginie) une reconnaissance cà l'aide d'un ballon captif monté par ti'ois personnes : pendant toute la durée de l'ascension, l'équipage resia en communication avec le corps
1. (( Le futur empereur, dil M. Gaston Tissandier dans son intéressant ouvrage Histoire de mes ascensions, connaissait les fondateurs de cette école, Coutelle et Conté; il savait quel était leur zèle pour la liberté et leur dévouement pour la République. » En 1821 , un projet de réorganisation des aérosliers militaires fut proposé au gouvernement de la Restauration. Une commission nommée fil un rapport favorable, mais le rapport ne sortit point des carions ministériels.