AÉROSTATION MILITAIRE
fédéral au moyen d'un fil télégraphique. Deux autres aéronautes .américains, La Mountain et Allan, organisèrent, à l'imitation de la Convention et du Comité de salut public, un corps d'aérostiers qui rendit de grands services à l'armée du généra! Mac-Ciel lan. Yoici à ce sujet quelques détails qui nous semblent intéressants et que nous empruntons à la traduction, faite par le colonel d'Herbelot, d'un article publié dans le Journal militaire de Bannstadt :
« Dans les derniers jours de mai 186*2, l'armée unioniste, campée devant Richmond, lança au-dessus de la place un ballon captif. Un appareil photographique fut dii'igé vers la terre et permit de prendre, en perspective, sur une carte, tous les terrains de Richmond à Manchester, à l'ouest, et à Chikahoming, à l'est. La rivière qui arrose la capitale, les cours d'eau, Les chemins de fer, les chemins de traverse, les marais, les bois de pins, etc., furent tracés; on y porta aussi la disposition des troupes, batteries d'artillerie, infanterie et cavalerie. On en tira deux exemplaires. On les divisa en 64 parties, comme un champ de bataille, avec les signes conventionnels, A, A', etc. Le général Mac-Clellan eut un de ces exemplaires; le conducteur du ballon eut l'autre. »
« On vient de voir la photographie employée comme auxiliaire de l'aérostalion; voici maintenant la télégraphie. Les résultats furent loin d'être nuls, ainsi qu'on va voir :
« L'armée fut d'abord retenue dans le camp, par le mauvais temps, une journée tout entière; le I" juin, l'aérostat s'éleva vers midi à une hauteur de plus de mille pieds au-dessus du champ de bataille, et se mit en relation avec le quartier général par un fil télégraphique. Pendant une heure, les mouvements de l'ennemi furent signalés avec exactitude. Une demi-heure plus tard la dépêche porta : Sortie de la division Cadeys. Mac- Clellan put, en un instant, donner ordre d'avancer au général Heinsselmanii, et prescrivit au général Summer, qui était déjà au delà de Chikahoming, de marcher tout de suite sur la petite rivière. Les deux divisions, réunies en deux heures de temps,
faisaient face à l'ennemi, et défendaient le champ de bataille. Partout où les assiégés hasardèrent le combat, ils furent repousses avec des pertes considérables et furent attaqués sur les points les plus faibles par des forces supérieures. Ils dirigèrent contre le ballon un canon rayé, d'une énorme portée. Les projectiles firent explosion, près du ballon, et si près que les aéronautes jugèrent prudent de s'éloigner. Le ballon fut descendu h terre ; lancé dans une autre direction, et assez haut pour être hors de portée des pièces ennemies, il fut mis de nouveau en communication avec la terre ferme, et l'armée assiégeante eut avis que de fortes masses de troupes accouraient sur le champ de bataille dans une autre direction. Dès qu'elles furent arrivées à la portée du canon des fédéraux, elles se virent prévenues avec une rapidité qui dut leur paraître inconcevable. 11 semblait que le Dieu des batailles les eût complètement abandonnées en ce jour. Elles se voyaient conduites en avant pour servir de but au canon des Yankees. Elles ne pouvaient suivre aucune direction sans rencontrer un mur de baïonnettes impénétrable. Toutes les tentatives de l'armée du Sud pour enfoncer les lignes ennemies ayant échoué, Mac-Clellan commanda une attaque générale à la baïonnette, et repoussa ses adversaires avec une perte énorme. Ce général n'eût pu obtenir un succès aussi complet sans le secours du ballon, et sans l'appareil dont il était muni. »
Pendant la dernière guerre, celle où le second empire a si malheureusement précipité la France, les ballons ont joué un certain rôle; mais ils n'ont pas été, à proprement parler, employés pour les opérations militaires. Paris, investi et privé de toute communication directe avec le reste de la France, a pu envoyer ses dépêches, ses correspondances et un certain nombre d'hommes chargés de missions militaires ou politiques, à l'aide, de ballons qu'on lançait quand le vent favorable soufflait vers les points non occupés par les armées ennemies.
Soixante-quatre ballons, chargés de 2 500 000 lettres, ont été expédiés ainsi par le gouvernement de la Défense nationale et sont allés porter hors de Paris des nouvelles de la grande
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ville assiégée et l'assuiance de l'héroïque résolution qu'elle avait formée de résister jusqu'à la dernière extrémité. Malheureusement, le retour de ces messagers aériens ne pouvait s'effectuer, la route suivie par eux étant laissée au gré du vent. Au départ, les directions divergentes des ballons avaient trois
rig. 277. — Ballon du siège de Paris passant au-dessus d'un camp prussien.
chances contre une d'aboutir en pays ami, et, par le fait, le plus grand nombre réussit : quelques ballons seulement sont tombés dans les lignes prussiennes. L'un d'eux, la Ville (f Orléans, est allé atterrir jusqu'en Norvège; deux ou trois, enfin, ont été perdus, probablement en mer\ On fit, il est vrai, en province plu-
\ . Nous donnons ici la reproduction de quelques scènes aérostatiques et des péripéties
sieurs tentatives pour diriger quelques aérostats vers Paris, mais elles ne furent point couronnées par le succès, qu'on ne pouvait guère attendre que d'heureux hasards. Le seul moyen
Fiy. 278. — ïiaiisjioi t du ballon ca|)tif le Jean-Dart aux avaut-posles do l'amjéo
de la Loire.
efficace de retour des correspoiulances fut l'organisation de la poste auximjeons voyageurs: nous aurons plus loin l'occasion d'en dire quelques mots, quand nous parlerons de la photographie microscopique.
§ 2. LES ASCENSIONS AÉIiONAUTIQUES ET LES ÉTLDES DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE.
Lavoisier, à la fin du rapport qu'il ht à l'Académie des sciences, en 178"), sur la machine aérostatique de M. de Mont-
subics par quelques ballons du siège. En passant au-dessus des lignes ennemies, des camps prussiens, plusieurs ballons reçurent de vives fusillades, mais aucun ne fut atteint, bien que plusieurs aient été pris (deux l'ont été en Allemagne). En décembre 1870, une compagnie d'aérostiers fut organisée avec les aéronantes Duruof et Bertaux pour chefs, auxquels se joignirent bientôt Gaston et Albert Tissandier. Leur ballon le Jcan-Baii était destiné à des ascensions captives; mais, transporté d'Orléans au Mans, il ne put être utilisé.