LA SCIENCE DE L'ACOUSTIQUE
La production du son suppose donc nécessairement d'une part un pliénomène extérieur, et d'autre part un sujet sensible, qui en perçoit l'impression. Le phénomène extérieur, c'est le corps sonore en action, l'origine ou la source du son, ce qui, dans des conditions et des circonstances particulières, détermine en dehors de nous un mouvement spécial : ce mouYCment, se propageant du corps sonore à l'oreille, ébranle nos nerfs et cause ainsi la sensation auditive. Le son disparaît naturellement dès que l'une ou l'autre des conditions de sa production est supprimée. Il n'y a plus de son, si le corps sonore est en repos ; il n'y a plus de son, si le nerf auditif est inactif ou paralysé; il n'y a plus de son enfin, s'il n'existe un milieu matériel servant de moyen de communication entre l'ouïe et le corps ébranlé.
En se basant sur ces considérations, on pourrait donc diviser VAcoustiqne ou science du son en deux parties distinctes : dans l'une, on étudierait le son dans les phénomènes extérieurs qui le déterminent, indépendamment de son action sur nos sens; et si dans cette étude on faisait intervenir la sensation, ce serait seulement comme moyen d'investigation, comme procédé de recherche : cette première partie de l'acoustique se nommerait VAconstiqne physiqne. Dans l'autre partie, qui serait VAcousIique ])]iysiologique, ce sont les lois des sensations auditives qui feraient l'objet de la science ; c'est le son parvenu à l'oreille, ce sont les modifications que l'ébranlement sonore produit dans l'organe de l'ouïe, le rôle joué par les diverses parties de cet organe et enfin la Comparaison des sensations elles-mêmes, que l'on aurait particulièrement en vue. On pourrait caractériser ces deux branches de l'Acoustique en disant que VAcoustiqne jJ^ysiqne a pour objet le son hors de Vhomme, et V Acoustique physiolo- (jique,]e son dans Vhomme \ Ou encore, la même distinction
1. HelnilioUz, dans sa Théorie pliysiologique de Ui musique, s'exprime ainsi sur ce point: « Jusqu'ici, dit-il, on n'a traité avec détail la science des sons que dans sa partie physique, c'est-à-dire qu'on a étudié les mouvements des corps sonores, solides, liquides et gazeux, lorsqu'ils apportent à l'oreille un son perceptible. Dans son essence, cette acoustique phy-
serait rendue manifeste, en ])osant, par exemple, les deux questions suivantes :
Une cloche résonne : que se passe-t-il dans la matière qui constitue la cloche, et dans l'air qui nous en sépare? Que se passe-t-il dans notre oreille et en nous-mêmes?
Les phénomènes de lumière et de chaleur donnent lieu à une distinction semblable. Autre chose est le mouvement ondulatoire qui émane de la source incandescente, autre chose est l'effet sensible que ce mouvement produit dans nos organes. Vient-il à affecter la rétine, la sensation est lumière ; ne frap})el-ilque les nerfs épanouis à la surface épidermique, la sensation est chaleur. Bien plus, telles ondes impuissantes à impressionner la rétine, parce que les vibrations qui leur donnent naissance ne sont pas assez rapides, affectent cependant le sens du toucher ; au contraire, si leur rapidité dépasse une certaine limite, l'œil ne les voit plus, mais leur action prend une autre forme et détermine sur les corps vivants des phénomènes chimiques. Sous ce rapport, le son a encore une analogie évidente avec le mouvement ondulatoire du milieu éthéré. Nous verrons en effet que le mouvement qui le produit ne donne réellement lieu à une sensation auditive que dans de certaines limites de rapidité ou d'intensité. Trop lent, l'ébranlement sonore est incapable d'exciter l'organe de l'ouïe; trop rapide, il dépasse également en sens contraire la limite de notre impressionnabilité
sique n'est rien autre chose qu'une subdivision de la théorie des nionvonicnts des corps éhistiques..... On rencontre, en général, dans les traités de physique, un chapitre à part sur l'acoustique, détaché de la théorie de l'élasticité, à laquelle il devrait appartenir par la nature des choses, niais qui seulement tire sa raison d'être de ce fait que l'ouïe a été la source de découvertes et de méthodes d'observation d'une espèce particulière. A côté de l'acoustique physique, il existe une acoustique physiologique qui a pour objet l'étude des phénomènes qui se produisent dans l'oreille elle-même. » On pourrait évidennnent distinguer une troisième partie de la science des sons, qui serait comme la conséquence des deux premières, et que l'on nommerait l'Acoustique musicale. L'ouvrage du savant allemand à qui la citation précédente est empruntée, traite précisément de cette partie.
l. En étudiant la pesanteur, nous n'avons ])as eu l'occasion de faire une distinction de ce genre. Nous n'avons rencontré, en effet, que des phénomènes d'équilibre, de mouvement ou encore de pression, dont la manifestation sensible n'a pas besoin d'un organe spécial de perception, c.omme l'ouïe l'est pour les sons et pour les bruits, comme [la vue l'est pour la lumière cl le^ couleurs.