‹ Le monde physiqueChapitre 180 sur 271 · DE LA PORTÉE DES SONS · texte numérisé non relu

DE LA PORTÉE DES SONS

C'est ce que constatait Derham à Porto Ferrajo (île d'Elbe), où le son du canon de Livouine s'entendait mieux par un temps calme que lorsque le vent soufflait, même quand sa direction était celle de Livourne à Porto. Le vent affaiblit donc le son : il en diniiluie la portée d'autant plus d'ailleurs qu'il souffle dans une direction plus opposée. Son influence est minimum quand sa direction esta angle droit avec le mouvement des ondes sonores. Enfin, l'affaiblissement est plus marqué j)our les sons faibles que pour les sons forts. Peut-être cette influence du vent sur la portée des sons n'est-elle pas entièrement due à l'agitation des molécules de l'air : nous inclinons à croire que le bruit du vent lui-môme y est pour quelque chose. Dès qu'il souffle un peu fort, il en résulte comme une basse continue qui doit rendre moins vive la sensibilité de l'oreille. La direction des vibrations, c'est-à-dire la façon dont l'auditeur est tourné relativement au point d'où part le son, a aussi sur l'intensité de celui-ci une grande influence. Si, quand on écoute les fanfares d'un cor de chasse, l'exécutant tourne le pavillon de son instrument dans diverses directions, l'intensité du son varie au point qu'il semble tantôt s'approcher, tantôt s'éloigner du lieu où se trouve l'aiuliteur : généralement tout obstacle interposé, surtout s'il s'agit d'un corps dont la masse transmet mal les vibrations, empêche le son de se propager; il se forme derrière lui comme une ombre sonore; l'intensité du son en est considérablement altérée.

§ 4. DE LA PORTÉE DES SOiXS.

La limite à laquelle une oreille de sensibilité moyenne cesse d'entendre un son est ce que l'on nomme sa portée. Le raisonnement et l'expérience s'accordent à montrer que cette limite dépend d'abord de l'intensité intrinsèque de l'ébranlement sonore, ainsi que de toutes les autres circonstances qui modifient l'intensité du son le long du parcours qu'il suit pour arriver jusqu'à l'oreille. Ainsi la })ortée d'un son doit varier avec la na-

liire du milieu dans lequel le son se propage, avec la densité de ce milieu, sa température, l'état de calme ou de trouble de l'air, probablement aussi avec la quantité de vapeur d'eau qu'il contient, en un mot avec le plus ou moins d'homogénéité de ses couches successives. 11 est bon d'entrer à cet égard dans quelques détails, la question ayant au point de vue pratique une certaine importance, notamment en ce qui concerne l'efficacité des signaux sonores, qu'on emploie dans la marine, sur les chemins de fer, etc. , lorsque les brumes atmosphériques ne permettejit pas l'emploi des signaux lumineux.

Les circonstances susceptibles de modifier Tintejisité d'un son sont très variées, comme les faits décrits plus haut le prouvent. 11 en résulte que la plus grande distance à laquelle il peut |)arvenir est difficile à déterminer. Dans les exemples remarquables que citent les physiciens, de sons entendus à des distances considérables, il est probable que c'est le sol plutôt que l'air qui servait de véhicule aux vibrations sonores. Nous avons cité plus haut ce que dit Hiunboldt des détonations produites par les tremblements de terre ou par les éruptions volcaniques, lesquelles se sont propagées jusqu'à des distances de 800 à 1200 kilomètres.

Chladni rapporte plusieurs faits qui prouvent que le bruit du canon se propage à des distances souvent très grandes : au siège de Gênes, on l'entendit à une distance de 90 milles d'Italie; tians le siège de Manheim, en 1795, à rautre extrémité de la Souabe, à Nordlingen et à Wallerstein ; à la bataille d'iéna, entre Wittenberg et Treuenbrietzen, « J'ai entendu moi-même, dit-il, les couj)s de canon à Wittenberg, à une distance de 17 milles d'Allemagne (126 kilomètres), moins par l'air que par les ébranlements des coi'[)s solides, en appuyant la tête contre un mur. »

On lisait, dans le compte rendu de la séance de l'Académie de sciences du 15 janviei' 1840, la communication suivante :

«M. Arago donne, d'après nue lettre de M. d'Hacqueville,

Page 1