DE LA PORTÉE DES SONS
des reiiseigneineuts concernant les distances auxquelles se propage le son. La canonnade qui précéda la prise de Paris, au commencement de 1814, fut entendue pendant quinze heures dans toute la contrée qui s'étend de Lisieux à Alençon et dans toutes les vallées environnantes (170 h 180 kilomètres à vol d'oiseau). M. Elie de Beaumont ajoute, à l'appui de la communication de M. d'Hacqueville, que la canonnade du 30 mars 1814 a été entendue très distinctement dans la commune de Canon, située entre Lisieux et Caen, à environ 126 kilomètres de Paris, en ligne droite. »
Est-ce par l'air, est-ce par le sol que le son était transmis dans ces circonstances, qui ne sont sans doute pas exceptionnelles? La vérité est que par l'air même le son se propage souvent à une grande distance. Témoin les roulements du tonnerre, mais surtout les détonations des bolides qui éclatent parfois à des hauteurs énormes. Chladni cite des météores dont rex[)losion n'a été entendue que 10 minutes après la vue du globe lumineux, ce qui suppose une hauteur d'au moins 200 kilomètres. Le bolide observé dans le midi de la France le 14 mai 18(34 a présenté la môme particularité, et les observateurs ont noté jusqu'à 4 minutes entre l'apparition et la perception du bruit de la détonation. « Pour qu'une explosion, dit à ce sujet M. Daubrée, produite dans des couches d'air aussi raréfiées, ait donné lieu à la surface de la terre à un bruit d'une pareille intensité, et sur une étendue horizontale si considérable, il faut admettre que sa violence dans les hautes régions dépasse tout ce que nous connaissons. » La durée de la détonation de certains bolides est un phénomène également remarquable; il y a là probablement un effet de répercussion ilu son sur les couches d'inégale densité de l'air, analogue au roulement du tonnerre dans les orages.
Le son consistant dans l'impression que produit sur l'organe de l'ouïe la succession des vibrations ou des ondes aériennes, il peut arriver, et il arrive en effet, que l'impression cesse avant que le mouvement vibratoire cause de cette im-
pression ait lui -môme complètement cessé. Dans ses expériences sur la vitesse tlu son, Regnault a paj'faitement constaté cette distinction. « Lorsque l'onde, dit-il, n'a plus assez d'intensité, ou i\u elle s'est assez modifiée pour ne plus pi'oduire sur notre oreille la sensation du son, elle est encore capable, même après un i)arcours très prolongé, de marquer son arrivée sur nos membranes. » Ce savant physicien a trouvé qu'un coup de pistolet, chargé avec 1 gramme de poudre, donne un son qui cesse d'être perçu })ar l'oreille après des parcoiu's de
1J50 mètres dans un tuyau de 108 inilliniètros de dianièlrc, 5810 — — de oOO — ^
9540 — — de il 00 — —
La portée du son est sensiblement proportionnelle au diamètre du tuyau ou de la colonne 'd'air qui proj)age le son. Mais cette onde qui, aux distances ci-dessus, ne donne plus de son perceptible, chemine toujours. Elle n'est à peu près complètement éteinte qu'aux distances suivantes :
4050 iiièircs dans la eonilnilc de lOîS iniHinièli'es. lli,50 — de r,oo —
19851 — — de 1100 —
La portée du son perceptible et la portée limite des ondes silencieuses seraient beaucoup moindres dans l'air libre (pie dans un espace limité, })ai'ce que dans l'air libre l'amplitude des vibrations, paj' suite l'intensité du son, diminue rapidement; théori(|uement nous avons déjà dit que cette dimiiuition est proportionnelle au cai'ré des distances. Mais on croyait que dans une colonne cylindrique l'intensité restait constante, ce qui eût donné à la portée une valeur infinie ; or les expériences de Regnault, ainsi (jue nous l'avons dit déjà, prouvent qu'il n'en est pas ainsi; les ondes sont peu à })eu alï'aihlies, puis éteintes, par l'influence des parois des tuyaux. [*our les ondes sonores proprement dites, on voit que la limite de perception ou la portée est assez l'aible.