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TRANSPARENCE ET OPACITÉ ACOUSTIQUES

Le fait que nous venons de citer est d'autant plus curieux qu'il s'agit là de sons presque simultanés, se propageant dans le même milieu, dans des conditions météorologiques qu'on peut considérer comme identiques. Ainsi, un même milieu aérien qui, dans un sens, jouit de la propriété que Tyndall nomme la transparence aconstiquê, se trouve opaque pour le son dans le sens opposé.

Martins et Bravais, en mesurant la vitesse du son, entre le sommet du Faulhorn et le lac de Brienz, avaient bien aussi l'Cconnu que le son arrivait affaibli à la station inférieure; mais dans ce cas la cause de la diminution d'intensité pouvait et devait être attribuée à la grande différence d'altitude, c'est-àdire à la plus faible densité de l'air au point où se produisait le son. A Montlhéry, c'était plutôt le contraire , puisque les ondes sonores émanées de Villejuif se propageaient en montant de 50 et quelques mètres vers la station opposée. , L'explication proposée par Tyndall n'est autre que celle de Humboldt : le défaut d'homogénéité des couches d'aii' à travers lesquelles se propagent les ondes sonores. Le 5 juillet, lors de la dernière expérience citée plus haut, le temps était calme et chau(L c< Les rayons d'un soleil ardent, en tombant sur la mer, devaient nécessairementdonner lieu àune copieuse évaporation. La vapeur ainsi formée ne devait pas, suivant le savant anglais, se mêler à l'air, de manière à donner un tout homogène; les espaces inégalement saturés de ce milieu étaient dès lors séparés par des surfaces favorables à la production d'échos partiels par réflexion. De là un affaiblissement des ondes et une diminution de la portée du son. Un fait observé le même jour lui a paru confirmer la vérité de cette explication ; un nuage, assez épais pour voiler le soleil, survint en effet, et l'évaporation ralentie permit au mélange d'air et de vapeur déjà formée de devenir plus homogène ; au bout de quelques minutes, la portée du son s'éleva de 5500 à 5750 mètres et s'accrut jusqu'au soir à mesure que le soleil s'approchait de l'horizon ; au concher de l'astre, le canon s'entendait à une distance de 12 kilomètres et demi. »

L'effet d'iinc forle averse de pluie fut analogue à celui de l'interposition d'un nuage. « Dans la matinée du 8 octobre, l'explosion de la pièce de 18 était à peine perceptible à la distance de 8750 mètres de la côte anglaise. L'après-midi est survenue une forte averse de pluie mélangée de grêle ; aussitôt le son s'est graduellement renforcé, et, en s'éloignant toujours plus de la côte, on a pu l'entendre distinctement à la distance de 12 kilomètres. Dans ce cas, la chute d'eau avait arrêté l'évaporation de la mer et rendu à l'atmosphère son homogénéité. »

Les brouillards, les brumes épaisses sont-ils des obstacles à la propagation du son? En diminuent-ils la portée? On le croyait jusqu'ici. Des expériences dues au même savant paraissent en contradiction avec cette manière de voir. En effet, pendant les trois journées des 10, 11 et 12 décembre, Londres étant plongé dans un brouillard d'une épaisseur exceptionnelle, le bruit du canon fut perceptible à une distance beaucoup plus grande que par les temps clairs qui avaient précédé ces jours brumeux ou qui suivirent la disparition complète du brouillard. Ainsi, comme le fait remarquer Tyndall, la même cause qui dimiinie la transparence optique des couches d'air augmente sa transparence acoustique.

Un ingénieur en chef des ponts et chaussées, M. Philippe Breton, tout en admettant l'explication de Humboldt et de Tyndall, pense qu'une autre cause peut produire une brusque interruption des signaux sonores. Dans une atmosphère parfaitement homogène, mais dont les couches sont à des températures différentes, variant d'une manière continue, des ondes sonores |)arties d'un signal plus ou moins élevé vont raser l'horizon, plaine ou surface maritime, à une certaine distance. Là elles se relèvent brusquement, laissant plus loin tout un espace où elles ne pénètrent pas et que ce savant nomme Vombre de silence. Pour percevoir les sons dans cet espace, il faudrait s'élever verticalement à des hauteurs croissant avec la distance. Il peut donc être arrivé que le navire où se trouvait Tyndall dans ses expériences ait pénétré dans cet espace, et que

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