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ACOUSTIQUES

§ 5. SUR h\ TRANSPARENCE KT l'oPACITÉ ACOUSTIQUES Dli i/aTMOSPHÈISE.

Nous arrivons aux exjîériences de Tyndall sur la portée des ondes sonores. Elles sont intéressantes en ce que, sur plusieurs points, elles se trouvent en contradiction avec les idées généralement admises sur ce sujet par les physiciens. Un temps clair et serein avait été jusqu'ici, nous l'avons vu, considéré comme favorable à la propagation du son ; on avait également cru que la portée était plus grande si le vent soufflait dans la direction du mouvement des ondes, pourvu toutefois qu'il s'agît d'une brise légère. Or nous allons voir les faits démentir cette opinion.

Le savant physicien anglais avait été chargé, par la corporation de Trinity House \ « de déterminer la distance à laquelle les signaux ordinaires de brume, tels que porte -voix, trompettes marines, sifflets à vapeur et coups de canon, pouvaient être entendus en mer, et de chercher à constater les causes des variations dans cette distance dépendantes de changements dans les conditions atmosphériques. Les signaux ayant été convenablement disposés sur le haut des falaises du South Foreland, dans le voisinage de Douvres, M. Tyndall, monté sur un vapeur que le gouvernement avait mis à sa disposition, s'éloignait ou se rapprochait de la côte, jusqu'à ce que les sons devinssent perceptibles à l'oreille. Il fut frappé, dès l'abord, des variations singulières et en apparence inexplicables qui n'ont pas tardé à se présenter... C'est ainsi que, le 25 jvun, la direction du vent étant favorable, le son de la trompette marine, ainsi que le bruit de l'explosion d'une pièce de 18 tirée sur les falaises au-dessus de Douvres, s'entendait distinctement en mer à une distance de 5 i/2 milles anglais, soit en nombre rond 8750 mètres. Le lendemain 26, ces mômes sons étaient perceptibles à une distance de la côte de 17 kilomètres, et cela malgré un vent dii'ec-

1. Nous (>ni|ii'milons coK déf-.iils an compte iviuln (l'une cnnrérencc de Tymliill, |)ulili('c par le Bulletin de V Association scientifique de France, t. XIII, p. 582.

meiiL rontraire. Le 1"' juillet, nonobstant une bruine épaisse cl un vent contraire, les sons étaient perceptibles à une tlistance de 20\5, soit plus de deux fois celle à laquelle on avait pu les les entendre par un temps clair et un vent favorable. Le lendemain 2 juillet, il est survenu tout à coup dans l'atmosphère une opacité acoustique vraiment extraordinaire ; la distance de la côte à laquelle le bruit du canon était perceptible, n'était plus que de G750 mètres, sans cause météorologique apparente. Le- 3 juillet, par un temps serein et très chaud, la mer étant parfaitement calme, il a fallu se rapprocher jusqu'à 5500 mètres de la côte, pour que le bruit du canon de 18 devnit perceptible. L'observateur distinguait bien chaque bouffée de fumée, mais sans entendre le plus petit son. Il paraît donc démontré qu'une atmosphère claire et sereine n'est nullement favorable à la propagation du son, et que l'accord entre la transparence optique et la transparence acoustique, constaté par le docteur Derham, dans les Transactions 2)hilosophiqucs pour 1708, et généralement admis dès lors, ne repose sur aucuji fondement. «

Avant d'aller plus loin, et de rapporter l'explication que propose Tyndall pour ces apparentes anomalies, nous devons dire que les faits observés par lui ne sont pas entièrement nouveaux. Arago, dans son rapport sur les expériences faites en J822 à Yillejuif et à Monthléry, constate une différence singulière entre l'intensité du son entendu à chaque station. « Le temps était serein, dit-il, et presque complètement calme : le peu de vent qu'il faisait soufflait de Yillejuif à Montlhéry ou plus exactement du nord-nord-ouest au sud-sud-est. A Yillejuif, nous entendîmes parfaitement, MM. de Prouy, Mathieu et moi, tous les coups de Montlhéry; aussi n'apprîmes-nous pas sans étoiinement, le lendemain, que le bruit de notre station s'était à peine transmis jusqu'à l'autre. » On n'entendit à Mojitlhéry que sept coups sur douze. Le lendemain, résultat plus étoiuiant encore : on n'entendit qu'un coup sur douze. Arago ne chercha point à expliquer ces singularités, n'ayant, dit-il, à offrir que des cojijectures dénuées de preuves.

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