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UNIVERSALITE DE LA PESANTEUR

Hors de la Terre, au sein des espaces célestes, cette action s'exerce-t-elle sur les corps dont ces espaces sont peuplés? Oui, on peut l'affirmer, bien que là l'expérience directe ne soit plus possible ; mais les déductions de la théorie et du calcul ne permettent pas le doute. Nous essayerons plus loin de faire comprendre comment cette généralisation, l'une des conquêtes les plus hardies que la science ait jamais faites danâ le domaine du monde physique, est devenue l'une des vérités scientifiques les mieux établies.

Ainsi la force que nous connaissons à la surface du globe terrestre sous le nom de pesanteur, qui prend dans le ciel, lorsqu'elle s'exerce entre les astres, le nom de gravitation, est universellement répandue dans la nature.

Cela semble si vrai, qu'aux yeux de bien des gens, pesanteur et matière sont deux notions inséparables, l'un des termes ne pouvant se concevoir sans l'autre. 11 y a lieu cependant de faire dès maintenant, à un double point de vue, une réserve nécessaire.

D'abord, si l'on entend par matière, selon la définition généralement adoptée, tout ce qui est accessible à nos sens, toute matière n'est pas pondérable \ Faut-il, en effet, refuser le nom de matière au milieu qui transmet les radiations calorifiques et lumineuses, et dont les mouvements ondulatoires agissent directement sur nos organes en y déterminant les sensations de chaleur et de lumière, à l'éther en un mot? Par la définition même, cela ne nous semble pas possible. Or l'éther est impondérable.

D'autre part, si, faisant abstraction de l'éther ou de tout autre agent ou milieu analogue, nous ne considérons que la matière des corps pondérables, de ceux que l'expérience ou

1. « Le physicien, dit Biot, s'appuyant uniquement sur l'expérience, appelle corps matériel tout ce qui produit sur les organes un certain ensemble de sensations déterminées. » En ce sens l'éther, dont les ondulations se communiquent à nos nerfs sans l'intermédiaire d'aucune autre substance matérielle, doit être rangé parmi les corps matériels. En tout cas l'éther est matière.

l'observation nous fait connaître sons l'un des trois états, de solide, de liquide on de gaz, est-il bien vrai que la pesanteur, à laquelle ils sont tous incontestablement soumis, y persiste constante, invariable?

Cela n'est exact, n'est rigoureux qu'à une condition : c'est que ces corps restent au même lieu, à la même latitude et à la même altitude. Alors seulement le poids du corps,' résultante des actions de la pesanteur sur toutes les molécules qui le composent, est invariable; alors seulement la pesanteur agit avec une intensité constante sur une même quantité de matière. Transportée à l'intérieur des couches profondes du sol, ou à une latitude différente , ou à une hauteia* suffisante dans l'atmosphère, cette même quantité de matière verrait son poids varier, augmenter ou diminuer. Ce poids aussi serait tout autre si la masse était, par hypothèse, transportée dans la Lune, dans le Soleil ou dans tout autre corps céleste.

Ce n'est pas le poids, ce n'est pas la force de la pesanteur, qui est invariable dans un corps, c'est la masse, et c'est à la masse qu'il serait permis d'appliquer cette identification avec la notion de matière.

En faisant ces réserves importantes, qui d'ailleurs seront bientôt plus nettement précisées, on voit dans quel sens il faut entendre que la pesanteur est constante et universelle : aucun corps, en aucun temps, n'est soustrait à l'action de cette force, Il est loin d'en être ainsi des autres forces physiques, telles que la cause de la lumière ou de la chaleur, de l'électricité, du son, l'expérience nous montrant que ces forces se manifestent par des phénomènes généralement intermittents et fréquemment variables. Et c'est sans doute là une des raisons principales qui font que, dans les cours et dans les traités de physique, c'est par les phénomènes et les lois de la pesanteur que débute toujours le professeur ou l'auteur.

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