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IDÉES DES ANCIENS SUR LA PESANTEUR

Quant à l'idée que les corps célestes sont eux-mêmes soumis à la pesanteur, elle était en contradiction avec les systèmes des anciens, qui considéraient la substance de ces corps comme un feu pur, comme un élément incorruptible. On cite toutefois l'opinion d'Anaxagore, qui, frappé de la chute d'un aérolithe, regardait les astres comme des corps pesants, que la rapidité du mouvement circulaire empêche seule de tomber sur la Terre. C'est la même pensée exprimée nettement par Plularque dans la vie de Lysandre, et aussi dans ce passage de l'ouvrage intitulé : De fade in orbe Liinse (de la face qui paraît dans le disque de la Lune) : « La Lune a pourtant un secours contre la force qui la sollicite à tomber : c'est son mouvement même et la rapidité de sa révolution, comme les objets placés dans une fronde ne peuvent tomber, grâce au mouvement gyratoire qui les entraîne. »

Une pierre qui tombe, le mouvement périodique d'un fil à plomb qui oscille autour de son point de suspension, un jet de fumée ou de vapeur qui s'élève dans l'air, ou encore un morceau de liège qu'on laisse échapper du fond d'un vase et qui remonte à la surface du liquide où il est plongé, voilà autant de faits d'une simplicité, j'allais dire d'une banalité telle, que nous sommes naturellement portés à les considérer comme nécessaires. Qui songe à se demander pourquoi les corps pèsent, quelle est la cause de leur chute, de leur ascension dans l'air ou dans l'eau, de la pression qu'ils exercent sur leurs appuis? Qui ne verrait un miracle dans le fait d'une masse de matière soustraite à la pesanteur, persistant à demeurer en l'air, quand on l'abandonnerait à elle-même?

La plupart d'entre nous, en présence de telles questions, justifieraient volontiers le mot de d'Alembert. On s'étonne cependant quand, pour la première fois, oji aperçoit le mouvement qui entraîne une parcelle de fer vers le pôle d'un aimant, ou la répulsion que ce même aimant produit sur l'une des pointes d'une aiguille aimantée. Alors même que ces attrac-

lions et répulsions magnétiques nous sont devenues familières, n'est-il pas vrai que notre espi'it reste en suspens devant ces phénomènes? Nous nous demandons quelle force mystérieuse leur donne naissance, quel invisible lien unit à dislance le pôle d'un aimant à la masse de fer qu'il attire, la pointe de l'aiguille de la boussole au point du globe terrestre vers lequel elle se dirige. On ne peut empêcher la pensée de scruter ce phénomène singulier : on en cherche la cause.

Or, à moins d'avoir étudié, réfléchi longtemps, personne n'est porté à se faire des questions pareilles au sujet de la chute d'un corps, de cette attraction non moins mystérieuse qui précipite toute masse matérielle sur le sol, suivant une direction non moins invariable que celle de l'aiguille magnétique. Pourqnoi celle différence? L'esprit ne se trouve-t-il point, dans les deux cas, en présence de phénomènes qui, scientifiquement et philosophiquement, sont assurément de même ordre, et aussi étonnants l'un que l'autre? Cela nous semble de toute évidence. Seulement, les phénomènes de pesanteur paraissent affecter universellement tous les corps, toutes les parcelles de matière que nous rencontrons à la surface du globe terrestre, et nous les étendons volontiers par la pensée à tous les cor[)s qui échappent, par leur distance, à notre investigation directe. Au contraire, l'aimantation, les phénomènes de répulsion ou d'attraction magnétique sont relativement rares, semblent attachés à une seule espèce de substances peu répandues dans la nature, ou bien exigent des préparations ou opérations spéciales, quand on veut les obtenir artificiellement. Les phén(miènes magnétiques, en un mot, presque inconnus du vulgaire, nous surprennent précisément parce qu'ils se manifestent comme d'apparentes dérogations îi la loi générale de la pesanteur.

C'est donc une question d'un haut intérêt que celle-ci : Pourquoi les corps tombent-ils? En d'autres termes, qu'est-ce que la pesanteur, ou quelle est la cause de la pesanteur? Il n'est pas prouvé que la science soit en état, môme aujoui'd'hui, (le résoudre un tel problème. Les causes des ])hénomènes nous

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