LE PIANO
disposition n'ayant rien d'essentiel, nous nous bornerons à parler de celle qui est préférée des artistes parce qu'elle est plus favorable à la sonorité : nous décrirons ce qu'on nomme le piano à queue, dont la caisse a la forme d'un long triangle, semblable à une harpe posée horizontalement (fig. 422).
La caisse sonore est en bois, ordinairement en chêne, et à l'intérieur de ses parois repose une table mince en sapin, formée de divers morceaux collés et ajustés ensemble : c'est la table d'harmonie, qui joue dans le piano le même rôle que la table supérieure, aussi en sapin, du violon. C'est elle qui reçoit la première l'impression des vibrations sonores excitées dans les cordes, et ce sont ses fd:)res qui communiquent ces mômes vibrations à la caisse du piano et surtout à la masse d'air qui y est enfermée.
Au-dessus de la table d'harmonie, et parallèlement à son plan, sont tendues les cordes sur un cadre de fer renforcé de barres, aussi en fer, qui en maintiennent la rigidité et empêchent la déformation qui pourrait résulter de la tension des cordes. Ce sommier est composé d'une série de cordes métalliques dont la longueur et la grosseur sont en rapport avec la hauteur et le volume du son qu'il s'agit de produire. Chaque son est donné par une double corde pour les octaves graves, par une triple corde pour les octaves des sons moyens ou aigus.
Les unes et les autres sont en acier; mais les cordes graves sont des cordes filées, revêtues d'un enroulement de fils de cuivre rouge ou argenté. Ces combinaisons sont, comme on voit, conformes aux lois des vibrations longitudinales des cordes, qui nous ont appris que les nombres de ces vibrations, c'està-dire les hauteurs des sons rendus par une corde, sont inversement proportionnels à sa longueur, à son diamètre et h la force qui les tend.
L'instrument est construit de manière à laisser à la libre disposition de l'accordeur un de ces éléments, c'est-à-dire la tension de chaque corde. A l'aide d'un instrument en fer, ou clef, l'accordeur tend chacune des cordes de manière à
duire la série des sons de la gamme diatonique et chromatique, ce qui se fait ordinairement par voie de comparaison de quinte en quinte, et exige une grande justesse d'oreille et une certaine habileté, car il faut tenir compte du tempérament'.
Supposons donc effectuée cette opération indispensable : le piano est accordé et toutes les séries des cordes successives sont tendues, de manière à vibrer à l'unisson des notes qui composent les six à sept octaves de son clavier, avec leurs dièzes et bémols.
Comment maintenant met-on chaque corde ou plusieurs cordes à la fois en] vibration ?
Tout le monde sait que c'est en appuyant les doigts des deux mains sur des touches en ivoire et en ébène disposées horizontalement, et en les tenant abaissées plus ou moins longtemps dans le sens vertical. Mais on ne connaît pas aussi nettement le mécanisme qui produit les vibrations sonores, les arrête ou les prolonge à volonté, les atténue ou leur donne toute leur ampleur. On va voir que ce mécanisme est en réalité fort simple.
Au-dessous des cordes sont dis})osés autant de marteaux mmm qui, dans l'état de repos de chaque touche, restent rangés les uns à côté des autres à une certaine distance de la corde double ou triple qui correspond à chacun d'eux (fig. 425). Yient-
1. Plusieurs tcnlalives ont été laites \nmv iloniier au piano la série entière des sons de la gamme enliainionique, mais nous ne' sachions ])as (|u'elles aient réussi. Cela est fâcheux, parce que, à notre avis du nKu'us, l'infériorité musicale du piano sur les instruments tels que le violon est due en grande partie à cette nécessité du tempérament, qui fait que le piano est un instrunicnt faux, rigoureusement parlant.
La multiplicité des touches n'est point un obstacle sullisant. Ne voyons-nous ])as les organistes jouer sur cinq claviers? Knfin, sans rendre les touches plus nondireuses, ne pourrait-on, par un jeu de jiédales, comme dans la harpe, obtenir distinclenienl les bémols et es dièzes de c,liai|Me note ?