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I,A PESANTEUR EST-ELLE UNE FORCE CONSTANTE

L'expérience a démontré, comme nous l'avons constaté dans les chapitres qui précèdent, que la pesanteur agit de la même manière sur une masse quelconque, quelle que soit la nature physique ou chimique de la substance qui la compose, et quelque petites que soient les parcelles soumises à son influence. Son action sur un corps doit donc être regardée comme la résultante, ou ici la somme, de ses actions élémentaires sur toutes les molécules dont le corps est formé.

C'est cette résultante qui est le poids du corps.

D'autre part, en étudiant les lois de la chute des graves dans le vide, les physiciens ont établi que ces lois sont celles qui régissent tout mouvement uniformément accéléré, c'est-à-dire tout mouvement produit par l'action d'une force constante.

Ainsi la pesanteur est une foixe constante, c'est-à-dire qu'elle agit, à tout instant de la durée, d'une manière égale, uniforme.

C'est cette continuité même qui explique, par l'addition incessante des effets élémentaires, l'accroissement de la vitesse proportionnellement aux temps, et celui des espaces parcourus en proportion des carrés des temps. La théorie établit la nécessité de ces lois, et l'expérience les a confirmées avec toute la précision que comportent les procédés de la méthode expérimentale.

Toutefois il importe de ne point se tromper sur ce qu'on doit entendre par la constance de la force nommée pesanteur. On admet aussi (et c'est un principe adopté en physique comme en chimie) l'inyariabilité du poids d'une quantité donnée de matière, d'un corps déterminé quelconque.

En réalité, ni l'intensité de la pesanteur n'est constante, ni le poids d'un corps n'est invariable, à moins qu'on ne considère la pesanteur et son action sur le corps en un même point déterminé du globe terrestre. Ce qui est invariable, c'est la masse, qu'on définit quelquefois par la quantité de matière'; il nous reste à faire voir qu'il n'en est pas de même de l'intensité de la pesanteur, non plus par conséquent du poids, qui est une fonction de cette intensité.

Considérons un corps dont la masse soit telle, qu'à Paris, sous la latitude de 48° 50', et à une hauteur donnée au-dessus du niveau de la mer, elle ait, pesée dans le vide à la température de 4 degrés centigrades, le poids d'un kilogramme. Tel serait un décimètre cube d'eau distillée, h l'altitude zéro; mais prenons une substance quelconque, un morceau de platine, je suppose, qui ait la même masse et, par conséquent, le même poids dans ces conditions, et changeons-le de lieu. Si nous le rapprochons du pôle, c'est-à-dire si la latitude du lieu croît, la masse invariable dont il s'agit verra son poids augmenter; le même changement aurait eu lieu si, tout en le laissant à la même latitude, on l'eût descendu à un niveau inférieur au niveau de la mer par exemple, ou plus profondément à l'intérieur du sol. Au con-

1. La notion de masse est préciséo plus nettement par une ])rojiosition qu'on formule ainsi en mécanique : « Doux corps (res|)èce quelcon(|uc mil mciiie masse, quand des forces égales lirodiiisenl des mouvements identiques sur ces corps libies et pai'tant du repos. »

LA PESANTEUR

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