‹ Le monde physiqueChapitre 72 sur 271 · CAUSES PHYSIQUES DE LA PRÉCESSION · texte numérisé non relu

CAUSES PHYSIQUES DE LA PRÉCESSION

sa rotation diurne est incliné de 23" 28' environ sur le plan de l'orbite.

En réalité notre globe peut être regardé comme formé de deux parties, invariablement liées l'une à l'autre. L'une est un noyau sphérique ayant pour rayon le rayon des pôles; sur cette partie, l'action de la gravitation de la Lune et du Soleil est nulle, en ce qui concerne le mouvement de rotation. L'autre partie est le renflement ou bourrelet, dont l'épaisseur va en croissant des pôles à l'équateur.

C'est l'action de la gravitation luni-solaire sur ce renflement qui détermine la préeession et la mUation. Pour s'en rendre compte, considérons d'abord isolément l'action de la masse du Soleil, à l'époque de l'un des solstices. Le globe terrestre occupe alors la position de la ligure 147, eu égard au rayon vecteur TS. Une molécule M du renflement équatorial est soumise à une force qu'on peut décomposer en deux forces, Mb, Me. La molécule symétriquement placée. M', est soumise à l'attraction M'a', moindre que la première, puisqu'elle est située à une distance plus grande du corps attirant, et également décomposable en deux forces M'b', M'c' respectivement moindres que Mb et Me. Les composantes Mb et M'b' passent d'ailleurs par le centre du sphéroïde et leur résultante égale à leur somme ne peut affecter le mouvement de rotation. Me et M'c' agissent dans le même sens aux extrémités de bras de leviers égaux , leur résultante, qui est aussi égale à leur somme, agit en un point du rayon TM, mais au-dessus du plan de l'écliptique.

Cette action tend donc à incliner TM sur TS, c'est-à-dire à diminuer l'obliquité de l'écliptique.

La même chose pourrait se dire de toutes les molécules du bourrelet sphéroïdal, lesquelles deux par deux se distribuent en groupes, en avant et en arrière du plan passant par le centre de la Terre perpendiculairement à l'écliptique. Toutes ces molécules sont liées solidairement, et les résultantes de tous les groupes ayant la même tendance, on peut considérer l'action du Soleil comme étant la résultante de toutes ces actions élémen-

taires. Cette résultante produirait un mouvement de Téquateur vers l'écliptique, c'est-à-dire une diminution de l'obliquité, si la Terre était immobile sur son axe. Mais, en se combinant avec la force qui produit le mouvement de rotation, l'effet se change en une rétrogradation de la ligne des nœuds, c'est-à-dire de l'intersection du plan de l'équateur sur le plan de l'écliptique.

En résumé, le phénomène est dû à l'inégalité d'action de la masse attirante sur les deux fractions du bourrelet équatorial, dont l'une se présente directement au Soleil, dont l'autre, qui est en arrière du sphéroïde terrestre, est à une distance plus grande de l'astre. Cette inégalité est maximum à l'un ou à l'autre solstice; elle est nulle au contraire à chaque équinoxe, ou, pour parler plus justement, elle ne produit aucun effet sur le mouvement de rotation, parce qu'alors la force résultante est appliquée au centre de gravité de la Terre.

Nous avons eu égard, dans tout ce qui précède, aux seules molécules qui composent le bourrelet équatorial ; s'il existait seul, la précession annuelle serait beaucoup plus considérable que ne l'indiquent les observations. En réalité, la masse du bourrelet est liée à celle du noyau sphérique, et comme elle n'en est qu'une fraction très petite, le mouvement rétrograde qu'elle subit doit se comnuiniquer à la masse entière de la Terre, de sorte que l'effet résultant est beaucoup moindre.

Telle serait la précession, telle serait la cause qui la détermine, si le Soleil agissait seul sur le renflement équatorial de la Terre. Mais, outre l'action de cette masse, dont la grandeur est compensée, à ce point de vue, par l'immensité de la distance, il y a la Lune, dont la masse est à la vérité 26 millions de fois plus petite que celle du Soleil, mais dont la distance à la Terre est aussi 585 fois moindre que la distance du Soleil.

En réalité, l'action de la Lune s'ajoute à celle du Soleil pour produire la précession, et l'effet total, auquel on donne alors le nom de précession luni-solaire, est celui que nous avons rapporté plus haut, et en vertu duquel la ligne des équinoxes rétrograde annuellement d'un angle de 50", 5.

Page 1