MARÉES OCÉANIQUES
C'est cette coïncidence remarquable entre les heures, les
« Causa, dit Pline, in Sole Lunâque.... » Mais de quelle nature, est leur influence? C'est le problème qu'il était donné à la science moderne de résoudre. Le premier, Descartes osa déchirer le voile et sonder le mystère, et si ce grand philosophe ne réussit pas dans sa tentative, cela tint à ses idées préconçues sur le système du monde. Il hii reste l'honneur d'avoir osé\ Mais poursuivons l'étude des faits.
La hauteur des marées varie encore avec les déclinaisons de la Lune et dn Soleil : elles sont d'autant plus grandes que les deux astres sont plus voisins de l'équateur. Deux fois par an, vers le 21 mars et le 22 septembre, le Soleil est dans l'équateur même. Si, k la même époque, la Lune est voisine du même plan, les hautes marées sont les plus considérables de toutes. Ce sont
1. Képler avait soupçonné que les marées avaient pour cause une tendance des eaux de la mer vers la Lune et vers le Soleil. « Si la Terre cessait, disait-il, d'attirer les eaux vers ellemême, toutes celles de l'océan s'élèveraient vers la Lune ; car la sphère de l'attraction de la Lune s'étend vers notre Terre et en attire les eaux. » Cet aperçu de Képler, qu'il ne poussa pas plus loin, était vrai. Il est curieux de le voir combattre par Galilée : dans son quatrième dialogue sur les Systèmes du monde, ce grand homme « s'étonne que parmi tous ceux quj se sont préoccupés de ce merveilleux effet naturel du flux et reflux de la mer, Képler, qui à l'indépendance et à la pénétration du génie joignait la connaissance parfaite des mouvements attribués à la Terre, ait prêté l'oroille avec complaisance à cette souveraineté de la Lune sur l'océan, à des propriétés occultes,' h de véritables puérilités. » Galilée, lui, voit dans les marées des effets du double mouvement de la Terre, et il croit expliquer les variations du phénomène par des accélérations ou des retards que subissent les mouvements de la Terre et de la Lune en parcourant le zodiaque.
La science a donné raison à Képler contre Galilée, et aussi contre Descartes, qui expliquait les marées par ses fameux tourbillons. Selon Descartes, « lorsque la Lune passe au méridien, le fluide qui est entre la Terre et la Lune, fluide qui se meut aussi en tourbillon autour de la Terre, se trouve dans un espace plus resserré : il doit donc y couler plus vite ; il doit de plus y causer une pression sur les eaux de la mer. « Cette explication, ainsi que le dit d'Alembert, a deux défauts : d'abord celui de s'appuyer sur la théorie des tourbillons justement abandonnée, puis celui, plus grave encore, d'être contraire aux faits ; car la pression dont il parle devrait refouler les eaux de la mer, et ces eaux devraient s'abaisser quand la Lune passe au méridien; or le contraire arrive précisément.
C'était k Newton qu'était réservée la gloire de découvrir la cause véritable des marées, comme on va le voir bientôt.
les marées syzygies équinoxiales , parce que la Terre est alors à l'équinoxe du printemps ou à l'équinoxe d'automne.
Au contraire, les plus faibles marées ont lieu vers les solstices, si, en même temps que le Soleil, la Lune atteint sa plus . petite ou sa })lus grande hauteur méridienne.
Enfin, les distances réelles de la Lune et du Soleil à la Terre ont aussi leur influence sur la hauteur des marées. Toutes choses égales d'ailleurs, la hauteur d'une marée est d'autant plus grande que les deux astres sont plus rapprochés de la Terre. Ainsi les marées du solstice d'hiver sont plus fortes que celles du solstice d'été; les marées syzygies sont plus grandes au périgée de la Lune qu'à l'apogée.
Telles sont les circonstances générales qui caractérisent les mouvements périodiques de la mer. Mais il ne faut pas oublier que ce ne sont pas les seules : la force et la direction des vents, la configuration et l'orientation des côtes, la profondeur et l'étendue des mers, les circonstances qui tiennent aux lieux et aux temps, sont autant d'influences multiples qui compliquent singulièrement les marées.
Ainsi tout le monde sait que les mers isolées, comme la mer Caspienne, ou peu étendues et communiquant avec l'Océan par des détroits resserrés, comme les mers Noire et Méditerranée, n'ont que des marées insensibles*. Les côtes opposées de l'Atlantique, qui se présentent en regard, à l'ouest et à l'est les unes des autres, éprouvent des marées fort inégales. Il en est de même des côtes orientales de l'Asie, qui ont de fortes marées, tandis qu'à l'autre rive du Pacifique et dans les archipels océaniques, le flux, très régulier, n'atteint qu'une faible hauteur.
Pour ne parler que des ports d'Europe, l'intensité du phénomène y est extrêmement variable, même pour des lieux voisins.
1. D"n[)ri;s k's observations du savant et regrettable G. Aimé, qui a étudié pendant deux années les ondulations du niveau de la mer à Alger, l'amplitude de la marée luni-solairo s'élève dans ce port à 88 millimètres les jours de syzygies. « Le lac Michigan, qui jioin-tant ïi'a pas moins de C2 000 kilomètres carrés, est la plus petite surface lacustre où l'on ait conslalé avec jirécision le retour régulier du flux et du reflux; l'amplitude de la marée y esl, d'après le lieutenant Graliam, de 7î) millimèlros. » (La Terre, I. 11, par Elisée Reclus.)
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Prenons un exemple : D'après les calculs des marées pour l'année 1880 S la plus forle marée sera celle qui suivra d'un jour et demi la pleine Lune du 20 mars, un peu après l'équinoxe du printemps : elle aura lieu le 28.
Si les vents ne contrarient pas le flux, la hauteur de cette marée sera : pour Brest, de 3"', 40; pour Granville, de 6"", 51 ; de 5'",00 pour Cherbourg; de 3"\78 pour le Havre. Ces nombres, forts différents pour des ports assez voisins, n'expriment, du reste, que la hauteur au-dessus du niveau moyen des eaux, c'est-à-dire de celui qui aurait lieu si les marées n'existaient pas. Il faut les doubler si l'on veut avoir la hauteur de la pleine mer, au-dessus du niveau de la marée basse, pour le même jour de l'année. Ainsi le port de Granville et celui de Saint- Malo verront les eaux s'élever, le 28 mars, à une hauteur totale d'environ 15 mètres. Que le vent vienne à favoriser la marée, accroître sa violence et sa hauteur, et l'on peut avoir à craindre de grands désastres.
11 y a loin de ces marées de la côte occidentale de l'Europe aux marées des îles de la mer du Sud, lesquelles ne s'élèvent guère qu'à 50 centimètres. Mais il y en a de plus terribles encore, et parmi elles je me bornerai à citer celles de la baie de Fundy, dans la Nouvelle-Ecosse, qui montent, dit-on, jusqu'à une hauteur de 30 mètres.
La raison de ces différences de hauteur tient en grande partie à des circonstances locales. Ainsi les ports de la Manche subissent de fortes marées, parce que le mouvement des eaux trouve un obstacle dans le resserrement des côtes; et plus on pénètre dans l'intérieur du golfe, plus est considérable la hauteur de la marée.
La marée se fait sentir, dans les fleuves, à une distance d'autant plus grande de leur embouchure, que la largeur et la profondeur sont plus fortes. Au moment de la haute mer, les eaux du fleuve refluent, remontent son cours, mais la propagation de