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MARÉES OCEANIQUES. 295
le reflux succède au flot. La mer abandonne alors la plage qu'elle avait envahie, et peu à peu redescend jusqu'à son point de départ : on a alors la basse mer ou la marée basse. Puis recommence une nouvelle marée montante, suivie d'une basse mer, et ainsi de suite.
Il faut dire que l'instant de la basse mer n'est pas au milieu de l'intervalle qui sépare deux pleines mers consécutives, le flux étant d'une durée plus courte que celle du reflux, ou, si l'on vent, la mer mettant plus de temps à descendre qu'à monter. Cette différence varie suivant les ports : de 16 minutes seulement à Brest, elle est au Havre de 2 heures 16 minutes.
Tel est, en gros, le phénomène des marées. Si l'on s'était borné à l'observation de cette périodicité des mouvements de la mer, la science n'eût pas pénétré bien profondément dans le mystère de leurs causes ; elle ne pourrait prédire, comme elle le fait sûrement aujourd'hui, l'intensité des marées pour les différents ports, les époques précises des plus hautes mers, offrant ainsi à la navigation des indications précieuses.
Avant d'aborder l'exposé des causes, je vais donc, pour me conformer à la marche naturelle de la science, préciser davantage les faits.
L'intervalle des deux pleines mers, avons-nous vu, est de 12 heures 25 minutes. Il en résulte que la pleine mer retarde de 50 minutes d'un jour sur l'autre. Ainsi, la période journalière du phénomène est précisément égale au jour lunaire \ qui dure aussi 24 heures 50 minutes. En d'autres termes, les retards successifs des pleines mers sont ceux que présentent les passages successifs de la Lune au méridien. Si donc on note l'heure de la marée haute dans un port, il sera facile de prévoir l'heure pour un autre jour. Les marins, profitant de ce fait, prennent leurs dispositions en conséquence, selon qu'ils veulent entrer ce jour-là dans le port ou en sortir.
Remarquons encore ceci : 50 minutes de retard par jour
1. Intervalle qui s'écoule entre doux passages consécutifs de la Lune au nicnie méridien supérieur.
produisent, en 14 jours trois quarts environ, un retard total de 12 heures ; c'est un retard de 24 lieures ou d'un jour en 29 jours et demi, c'est-à-dire dans la période d'une lunaison. - Les heures des marées sont donc, pour un même port, les mêmes de quinze en quinze jours, avec cette différence que celles du matin deviennent celles du soir, et réciproquement. Au- bout du mois lunaire, l'heure redevient identiquement la même..
Les faits que nous avons constatés jusqu'ici n'ont trait qu'aux heures des marées et à leurs variations. Occupons-nous maintenant dé l'intensité du phénomène.
Cette intensité est elle-même fort variable pour une même mer et pour un même port; mais là encore se présente une remarquable périodicité, qui montre que le phénomène se lie aux positions relatives du Soleil, de la Lune et de la Terre.
Vers les environs de la nouvelle et de la pleine Lune la marée haute atteint un maximum, tandis que la marée basse corres^ pondante descend au contraire au point le plus bas. Ce sont les grcmcles marées, ou les marées de sijzygies\ La hauteur des marées décroît alors de plus en plus, jusqu'à l'époque du premier et du dernier quartier de la Lune. On a alors les mortes feftîfâ? ou marées des quadratures. Puis, à partir de ces deux époques, jusqu'aux syzygies, la hauteur des pleines mers reprend sa marche croissante. '
Mais, à la vérité, la plus haute, comme la plus basse ma rée, ne tombe pas le jour même de la phase huiaire : dans tous les ports de l'Océan, il y a une différence de 56 heures ou d'un jour ^et demi. C'est ilonc la troisième marée qui suit la pleine et la nouvelle Lune qui est la plus grande, comme aussi la plus petite marée est la troisième qui suit les quadratures. Les périodes quotidiennes corîime les périodes mensuelles n'offrent pas moins une parfaite coïncidence avec les phénomènes luni- ■ solaires.
1. On les nomiuc les (jmiides eaux, les iiialines ou reverdies.