LES MARÉES SOUTERRAINES
de 1 degré du thermomètre centigrade pour 92 pieds de Paris (30 mètres). Si cette loi s'appliquait à toutes les profondeurs, une couche de granit serait en pleine fusion à une profondeur de 4 myriamètres (4 à 5 fois la hauteur du plus haut sommet de la chaîne de l'Himalaya) \ »
D'après ces Yues, la température interne doit être tellement élevée, que les matières minérales les plus réfractaires se trouvent à l'état de fusion ignée ; et alors, même en tenant compte de la pression énorme que subissent les couches centrales de la part des couches surincombantes, de l'élévation de la température qui correspond à ce changement d'état, on est amené à considérer notre globe comme formé d'un noyau liquide entouré d'une mince enveloppe solidifiée. En adoptant le chiffre de 40 kilomètres pour l'épaisseur de cette enveloppe, c'està-dire environ la 160' partie du rayon terrestre, le volume de la croûte solide serait à peine égal à la 55* partie du volume du noyau. Telle serait la faible séparation qui, dans cette hypothèse, se trouverait interposée entre le sol et l'océan igné constituant la presque totalité de notre sphéroïde.
Dans ces conditions, on comprend que l'attraction combinée de la Lune et du Soleil, qui soulève périodiquement les eaux de la mer, ne peut manquer de produire sur la masse de l'Océan intérieur des oscillationsanalogues.il y aurait donc des marées souterraines, comme il y a des marées océaniques.
A-t-on pu constater de pareilles oscillations? Et comment peuvent-elles se manifester? Il est clair que les ondulations de ces marées souterraines, si elles existent en effet, doivent réagir par leur pression contre la surface interne de la pelli-, cule solide en contact avec le fluide igné ; les variations de cette pression auraient les mêmes périodes que les marées océaniques. Un savant français, M. A. Perrey, qui a rassemblé de nombreuses observations de tremblements de terre et comparé les époques de plus grande fréquence de ces phénomènes avec
1. Cosmos, I, '19G. Les rcchcrclios de Rcicli sur la teiiniérature des puits de mine de Saxe ont doimo un accruissenienl un peu plus lent, soit i degié par 4i2 mètres environ.
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les mouvements de la Lune, est arrivé à cette conclusion que ces époques de maximum coïncident généralement avec les syzygies. Suivant lui, les marées souterraines auraient tout au moins une grande influence sur la production des commotions
terrestres, ou en seraient
^^^^^^^^^^^^^^A cause principale. Élie de
^ Beaumont admettait la prohabilité de cette opinion.
Ampère, Poisson se servaient précisément au contraire , pour combattre la fluidité du noyau terrestre, de l'argument des marées souterraines, qui auraient, selon eux, brisé l'écorce solide par les variations de pression et produit des boule ver semen ts perpétuels. Humboklt considère les oscillations de ces marées intérieures comme fort petites. « Ce n'est point à elles, dit-il, mais à des forces intérieures plus puissantes, qu'il faut attribuer les tremblements de terre. »
Un savant anglais, Hopkins, sans nier la fluidité primitive du sphéroïde terrestre, laquelle rend compte mieux que toute autre hypothèse de la forme elliptique de notre globe, ne pense pas que l'épaisseur de l'écorce solide soit aussi faible que l'admettent un grand nombre de géologues. En s'appuyant sur la valeur mesurée des phénomènes de i)réccssion et de nutation, il établit que cette valeur serait beaucoup plus
Fig. 155. — Épaisseurs do l'écorce solide du globe : Au, éj)aisseur suivant plusieurs géologues ; AC ou AC, épaisseur selon llopkins.