DÉCOUVERTE DE VULCAIN
mou\ement séculaire de 58", il en résulte, entre sa masse et sa distance au Soleil, une relation telle qu'à mesure qu'on supposera une distance plus petite la masse augmentera, et inversement. Pour une distance un peu inférieure à la moitié de la distance moyenne de Mercure au Soleil, la masse cherchée serait égale à celle de Mercure.
L'obserYation, faite à Orgères le 26 mars 1859 par le docteur Lescarbault, du passage d'une tache noire et ronde sur le disque du Soleil, et décrite peu de temps après la' publication du travail de Le A^errier, vint à point pour confirmer celui-ci dans ses vues. Toutefois, comme il le fit remarquer en diverses occasions, la théorie ne permettait point de décider s'il existait une seule planète ou s'il y en avait plusieurs; il était même possible que l'action reconnue fût produite par une série de corpuscules ou par un anneau d'astéroïdes circulant entre le Soleil et Mercure.
C'est dcnc par la théorie que Le Verrier arrivait à conclure à l'existence de nouveaux corps planétaires, tout comme c'est par la théorie qu'il avait réussi, il y a trente-quatre ans, à agrandir le domaine réel de l'action solaire en découvrant Neptune, dont l'existence était révélée par les perturbations que la planète, jusqu'alors inconnue, avait antérieurement exercées sur les mouvements d'Uranus. L'intérêt du problème à résoudre est le même dans les deux cas. II s'agit de savoir si la théorie de la gravitation newtonienne, qui a successivement expliqué toutes les apparentes anomalies, tous les écarts entre les observations et les calculs, se trouve légitimement invoquée en ce qui concerne les inégalités du mouvement de Mercure. La mécanique céleste, considérée comme présentant la théorie des mouvements planétaires, est le plus beau monument scientifique des temps modernes : c'est la solide base de toute l'astronomie spéculative; et si elle ne peut, comme toutes les sciences positives, se passer du contrôle des observations, il n'en est pas moins admirable de la voir parvenue à un degré de perfection tel, que la théorie permet de devancer les obser-
valions elles-mêmes et de révéler l'existence cerlaine de corps, d'astres jusqu'alors inaperçus.
L'existence de planètes circulant entre le Soleil et Mercure, déjà soupçonnée par les observations multipliées de passages de points noirs devant le Soleil, quoique n'ayant pas le même caractère de certitude que celle de Neptune, peut cependant être considérée comme certaine, depuis l'observation faite par un astronome américain, M. Watson. Ce savant, pendant la durée tle l'éclipsé totale du 29 juillet 1878, a vu en effet, à 2 degrés du Soleil, uu astre de quatrième grandeur dont la position à l'heure du phénomèue, ne coïncidait avec celle d'aucune étoile connue, et qui fut observé ailleurs du reste par un autre savant, M. Swift. Une seconde étoile, de troisième grandeur, a été vue dans les mêmes circonstances par M. Watscn, et, après une discussion approfondie, on ne peut guère douter que les deux astres ainsi découverts ne soi'ent deux'^ilanètcs intramercurielles, deux Vulcains.
Ainsi, la loi de la gravitation newtonienne, bien loin d'être infirmée par les perturbations planétaires, par les variations séculaires ou périodiques qui affectent les éléments des orbites, en a reçu des confirmations si éclatantes, si nombreuses, qu'il ne peut y avoir aucun doute sur sa réalité et sur son universalité, au moins dans le monde des planètes et de leurs satellites, on peut dire dans le monde solaire.
En effet, outre les astres qui composent la famille planétaire, et dont les mouvements sont régis dans leurs moindres détails par cette grande loi de la nature, il est une autre catégorie de corps célestes soumis à la même force de l'attraction : ce sont les comètes. 11 y a bientôt deux siècles que^Halley, croyant reconnaître un seul et même astre dans les apparitions successives des comètes de 1551, de 1607 et de 1082, prédisait son retour pour l'année 1758, et attribuait à des causes physiques pareilles à celles qui altèrent les mouvements de Jupiter et de Saturne, les inégalités que l'on remarquait dans ses périodes successives. On sait que Clairaul
LA GRAVITATION DANS LE MONDE SIDÉRAL. 3kb
el Lalaiide précisèrent la prédiclioii de flalley, en calculant le retard que subirait le retour de la fameuse comète par suite des influences de Jupiter et de Saturne. Ce retard, d'après les laborieuses recherches des deux astronomes (aidés de M"® Hortense Lepaute)', devait être de 618 jours, dont
100 jours dus à l'action de Saturne et 518 jours à celle de Jupiter. La comète revint au périhélie le 15 mars 1759, avec une avance de 52 jours sur l'époque ainsi fixée.
Depuis, une apparition de la même comète a eu lieu en 1855. Mais la théorie de la gravitation, en ces trois quarts de siècle, avait fait de tels progrès, que l'époque exacte du retour de la comète put être calculé (par Damoiseau et Pontécoulant) avec une exactitude presque mathématique : il n'y eut pas cette fois trois jours de différence entre les résultats du calcul et ceux de l'observation.
Nous nous bornons à cet exemple de l'application de la
101 de gravitation aux mouvements des comètes ; les annales de l'astronomie en renferment cent autres.
Il est donc prouvé par l'observation, connue l'induction el l'analogie permettaient de le prévoir, que l'attraction réciproque en raison des masses, et inverse aux carrés des distances, est la loi commune de tous les corps qui circulent dans les limites du monde solaire, par delà l'orbite de Neptune et jusque dans les profondeurs où s'enfoncent les comètes, dont les périodes se comptent par centaines, par milliers de siècles. Il reste à montrer qu'elle agit de même dans les systèmes du monde sidéral.
§ 4. LA G^.\\^rATIo^' dans i e mOiNDe sidéral.
Parmi les innombrables étoiles dont le ciel est parsemé, il en est qui, examinées dans les lunettes d'une certaine
L C'est en rhoniicur de M"' llorlense Li'paute et de ses Inivaux qu'une fleur bien connue a reçu le nom Hl Hortensia.
puissance, au lieu d'un point lumineux unique, en montrent deux ou plusieurs, ce qui leur a fait donner le nom d'étoiles doubles ou multiples.
Or une observation attentive a fait reconnaître, dans un certain nombre de ces couples, de véritables systèmes de deux soleils tournant l'un autour de l'autre, ou mieux circulant à l'entour de leur centre de gravité commun. Nous disons leur centre de gramté. C'est qu'en effet il est infiniment probable que la gravitation est la force qui retient ces astres dans leurs orbites réciproques. On a étudié minutieusement les déplacements de l'une des étoiles de chaque couple autour de l'autre, reconnu la périodicité du mouvement, et calculé, avec une approximation plus ou moins grande, les éléments de leurs orbites. Pour ces calculs, les astronomes ont pris comme point de départ l'hypothèse du mouvement elliptique, ont supposé les composantes des étoiles doubles soumises aux lois de Képler, en un mot ont considéré leurs mouvements comme régis par la loi de gravitation. Or, dans les limites des erreurs d'observation , l'accord a paru aussi satisfaisant que possible entre l'observation et la théorie.
Il paraît donc hautement probable que la force de gravitation n'est point particulière à notre monde, qu'elle s'étend dans les profondeurs de l'espace jusqu'à ces lointains systèmes dont la lumière met des années à parvenir jusqu'à nous. Un autre genre de témoignage, analogue à celui qui a signalé la découverte de Neptune, vient encore à l'appui de celte généralisation. Entrons à ce sujet dans quelques détails, qu'on nous permettra d'emprunter à notre ouvrage Le Ciel. « Des perturbations observées dans les positions et les mouvements de Sirius avaient conduit Bessel à soupçonner la présence d'un corps troublant que le télescope n'avait pu révéler encore, et que, pour cette raison, il considérait comme un astre obscur, de nature planétaire. En 1851, Peters discuta, d'après les vues de Bessel, un grand nombre d'ob-