LA GRAVITATION DANS LE MONDE SIDÉRAL
servations de Sirius, et ce savant arriva à cette conclusion que les variations périodiques reconnues peuvent s'expliquer si l'on admet que l'étoile décrit en cinquante ans une ellipse dont le demi grand axe, vu de la Terre, sous-tendrait un angle supérieur à 2", 4. Onze ans plus tard, un astronome américain, M. Clarck, se servant d'une nouvelle et puissante lunette de 47 centimètres d'ouverture, aperçut le compagnon de Sirius, dont l'angle de position et la distance s'accordaient avec l'orbite calculée par Peters. J. Cliacornac à Paris, Lassell à Malte, voyaient à leur tour, un ou deux mois après Clarck, l'astre deviné par Bessel ; ce n'était donc point un corps obscur, ainsi que l'impossibilité de rien voir jusqu'alors l'avait fait soupçonner au célèbre astronome.
« Une découverte semblable a été faite sur Procyon, L'étude du mouvement de cette belle étoile, d'après de nombreuses observations d'Europe et d'Amérique, a conduit le docteur Auv^^ers à représenter ses variations de position par une orbite à peu près circulaire, que Procyon décrirait en près de quarante années (59%866) dans un plan perpendiculaire au rayon visuel, le rayon de l'orbite étant égal à 0"',98. Or le compagnon jusqu'alors inconnu, dont l'action avait produit les perturbations observées, a été découvert pai" 0. Struve, et observé en 1873 et 1874.
« Cette vérification, par l'observation, de l'existence d'astres jusqu'alors inconnus, existence démontrée et prévue par la seule théorie, est de la plus haute importance. En effet, les recherches de Bessel, de Peters et d'Auwers étaient également basées sur l'hypothèse que les lois de la gravitation sont les mêmes dans les systèmes sidéraux que dans le système solaire, et qu'ainsi les corps voisins exercent les uns sur les autres des attractions qui leur font décrire, en suivant les lois de Képler, des orbites elliptiques autour de leur centre de gravité commun. 11 y a donc à répéter ici ce que nous avons dit en parlant des orbites des autres étoiles doubles. Si les positions successives des satellites d'abord supposés, puis
Fig. IG.'). — Orbites dccrili's par les composantes d'un système binaire autour du centre de gravité commun. (Rapport des masses = 5 : 1.)
découverts, s'accordent avec celles que donne la théorie, l'hypothèse se trouve justifiée. Or, jusqu'à présent, un tel accord peut être regardé comme réel, dans les limites des
erreurs que l'on commet nécessairement dans des mesures si délicates et si difficiles. Sous ces réserves, il est donc permis de regarder comme réalisé l'espoir que W. Struve exprimait, il y a trente ans, dans son remarquable Mémoire sur les étoiles doubles.
« Si les lois de la gravitation universelle, disait-il, sont la plus sublime découverte qu'ait faite l'esprit humain dans le cours de
plusieurs milliers d'années , nous sommes bien près d'être à même de déterminer si ces lois n'ajipartiennent qu'au système solaire, ou si elles sont communes à l'univers entier. L'astronomie marche donc vers une nouvelle époque, où l'on fera voir que la mécanique céleste ne se borne pas aux phénomènes du système solaire, mais peut s'appliquer aux mouvements des étoiles fixes. » (Rapports sur les mesures mierométriqnes d'étoiles doubles^ etc.)
« Si la gravitation régit les systèmes d'étoiles doubles et
Fig. 1(51. — Orliilcs décriles par les composantes d'une étoile double, autour du centre de gravité du système. (Rajijwrt des masses = 15: 1, comme dans le cas de Procvon.)