HYPOTHÈSES SUR L'ATTRACTION
plus possible d'arriver à une explication ralionnelle et complète des phénomènes de la natnre physique, sans faire intervenir cet agent, dont la présence est inévitable. On n'en saurait douter, cette intervention, sagement conduite, trouvera le secret ou la véritable cause des effets qu'on attribue au calorique, à l'électricité, au magnétisme, à Yattraction universelle, à la cohésion, aux affinités chimiques; car tous ces êtres mystérieux et incompréhensibles ne sont au fond que des hypothèses de coordination, utiles sans doute à notre ignorance actuelle, mais que les progrès de la véritable science finiront par détrôner. »
Comment les phénomènes d'attraction peuvent-ils se rattacher aux propriétés du milieu éthéré, dont l'existence est nécessaire pour expliquer les phénomènes de la lumière? Nous verrons, dans le livre consacré à la Lumière, que ces phénomènes sont dus aux ondulations provoquées dans l'éther par les vibrations des sources lumineuses ; que ces ondulations se propagent avec une vitesse de 500000 kilomètres par seconde, et se font dans un sens perpendiculaire à la direction des rayons de lumière, sans qu'il y ait changement de densité du milieu. Mais les géomètres ont prouvé que tout ébranlement excité dans un milieu élastique homogène donne lieu à deux systèmes d'ondes se propageant sphériquement : les unes sont les vibrations transversales qui constituent la lumière ; les autres sont des vibrations longitudinales qui déterminent des condensations et dilatations alternatives. C'est à ces ondes longitudinales, dont les effets n'ont été jusqu'ici constatés par l'observation d'aucun phénomène connu, que deux physiciens, MM. F. et E. Relier, ont demandé l'explication des phénomènes de gravitation ou de pesanteur. Ils comparent l'action des ondes longitudinales « à celle des ondes liquides qui drossent les navires par l'excès de force vive de leur flot sur celle de leur jusant; il résulte des impulsions et de leurs réactions un excès de force dans le sens de la propagation des ondes qui, se communiquant aux molécules des corps résis-
lants, les poussent les uns vers les autres. Au sein de l'éther les oncles se croisent clans tous les sens, et deux molécules ou deux corps c|ui, à distance, reçoivent les chocs des unes et des autres, agissent mutuellement comme des écrans absorbant les impulsions : il en résulte pour eux une tendance à se rapprocher qui serait la gravitation. MM. Keller croient cpi'on peut déduire de cette hypothèse la loi de l'attraction inverse du carré des distances et proportionnelle aux niasses, c'est-à-dire proportionnelle au nombre des molécules.
Une hypothèse analogue a été proposée plus tard par M. Leray, puis sous une forme un peu différente par M. Lecoc| de Boisbaudran. C'est à l'action des courants de divers sens qui traversent l'éther et qui s'affaiblissent ou s'absorbent lorsqu'ils rencontrent un corps, que le premier attribue la gravitation. M. Lecoq de Boisbaudran, comme MM. Keller. part des vibrations longitudinales de l'éther. La force vive absorbée est, pour les uns et les autres, la cause des vibrations intérieures qui produisent la chaleur et la lumière.
Nous nous bornerons à ce résumé fort incomplet d'hypothèses qui nous ont semblé intéressantes, mais qui, n'étant point sorties du domaine des conjectures, n'ont pu conquérir encore l'adhésion des hommes de science. Rappelons que Lamé, en prédisant avec l'autorité de sa haute compétence le futur rôle, dans les théories scientifiques, du fluide éthéré, « seconde espèce de matière, disait-il, infiniment plus étendue, plus universelle et très probablement beaucoup plus active que la matière pondérable, » faisait ses réserves sur la légitimité des tentatives qu'on ne manquerait pas de faire dans cet ordre d'idées. « Je suis arrivé depuis longtemps, disait-il, à deux nouvelles conclusions : la première, que la science future reconnaîtra dans Véther le véritable roi de la nature physique ; la seconde, que ce serait retarder infiniment sa solide installation cjue vouloir le couronner dès aujourd'hui. «