‹ Le monde physiqueChapitre 89 sur 271 · HYPOTHESES SUR L'ATTRACTION · texte numérisé non relu

HYPOTHESES SUR L'ATTRACTION

légers plongés dans un milieu fluide plus dense. « Car si ce milieu est plus rare au dedans du corps du Soleil qu'à la surface, et plus rare à sa surface qu'à — de pouce de son corps, et plus rare là qu'à è-^ de pouce de son corps, et plus rare à ce ^ de pouce que dans l'orbe de Saturne, je ne "vois pas pourquoi l'accroissement de densité devrait s'arrêter en aucun endroit, et n'être pas plutôt continué à toutes les distances, depuis le Soleil jusqu'à Saturne, et au delà. Et quoique cet accroissement de densité puisse être excessivement lent à de grandes distances, cependant, si la force élastique de ce milieu est excessivement grande, elle peut suffire à pousser les corps des parties les plus denses de ce milieu vers les plus rares, avec toute cette puissance que nous appelons gravité. »

Enfin, dans une lettre que Newton écrivait à Bentley, il proteste de la façon la moins équivoque contre l'idée que la cause de la pesanteur pouvait s'exercer à distance, à travers le vide absolu, comme l'énoncé de la loi de l'attraction universelle est susceptible de le laisser croire : « Que la gravité soit innée, inhérente et essentielle à la matière, de sorte qu'un corps puisse agir sur un autre corps à distance, à travers le vide, et sans aucun autre intermédiaire qui transmette cette action ou cette force de l'un à l'autre, c'est pour moi une si grande absurdité qu'il me semble impossible qu'aucun homme capable de traiter des matières philosophiques puisse jamais y tomber. La pesanteur doit être produite par une cause qui agit constamment suivant certaines lois; mais que cet agent soit matériel ou immatériel, je laisse à mes lecteurs à se prononcer. »

8 2. HYI'OTHÈSES CONTEMPORAINES SUR LA NATURE DE l'aTTRACTION.

Un des plus éminents physiciens de notre époque, Faraday, a repris, à un point de vue nouveau, la critique de l'idée

que la gravilatiou puisse être une force s'exerçant à distance et sans intermédiaire. Il y a, suivant lui, contradiction entre l'idée d'une variation de cette force j)ar le simple fait des changements de distance, et le principe universellement reconnu aujourd'hui de la conservation de la force. Si deux particules s'attirent avec moins d'énergie quand leur distance a augmenté, n'est-ce pas la preuve qu'il a dû y avoir quelque part, au dedans et au dehors, une autre manifestation de puissance, équivalente à la diminution de la gravitation? et inversement, si, par suite d'une diminution de la distance des deux masses, la force de gravitation a augmenté entre elles, n'est-ce pas évident que cette augmentation a dû se produire aux dépens de quelque autre forme de puissance? Cependant ces manifestations nous échappent, et la question est de savoir si la théorie et l'observation parviendront à en constater la réalité.

Diverses tentatives ont été faites par des savants contemporains pour édifier une théorie nouvelle de la pesanteur. Les plus remarquables d'entre elles ont repris l'idée que Newton avait émise sous forme de question dans son Optique : leurs auteurs attribuent en effet aux mouvements de l'éther les phénomènes de pesanteur et de gravitation.

La voie leur était ouverte d'ailleurs par notre illustre Lamé, qui s'exprime ainsi à la fin de ses Leçons sur Vélastieité :

0 L'existence du fluide éthéré est incontestablement démontrée par la propagation de la lumière dans les espaces planétaires ; par l'explication si simple, si complète des jdiénomènes de la diflraction dans la théorie des ondes ; et, comme nous l'avons vu, les lois de la double réfraction prouvent avec non moins de certitude que l'éther existe dans tous les milieux diaphanes. Ainsi la matière pondérable n'est pas seule dans l'univers, ses particules nagent eji (piebjue sorte au milieu d'un fluide. Si ce fluide n'est pas la cause unique de tous les faits observables, il doit au moins les modifier, les pr()j)ager, compliquer leurs lois. Il n'est donc

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