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CARACTÈRE DES BOCHES SCHISTÉES

dans la Linththal s’élèvent de hauts sommets, mais ils ont un cachet différent. Ce ne sont plus les imposantes pyramides du Glàrnisch antérieur et du Selbsanft ; on ne voit plus de parois à pic ; les montagnes descendent en pentes douces, les crêtes et les pics eux-mêmes sont en voie de désagrégation. De nombreux couloirs, profonds et encaissés, descendent des hauteurs ; c’est par là que, pendant les orages, les eaux se précipitent, entraînant avec elles d’énormes masses de limon et de débris. Ces torrents destructeurs jettent presque tous les ans la terreur et la désolation parmi les habitants de la vallée.

Les amas considérables de débris déposés à l’entrée des vallées latérales attestent que depuis des milliers d’années les mêmes faits se reproduisent. La roche se délitant facilement rend le sol fertile, et l’on rencontre de superbes forêts jusqu’aux régions alpestres. Le fond des vallées est revêtu de prairies luxuriantes, et d’excellents pâturages garnissent les pentes et les terrasses fort étendues du voisinage. Mais dans les régions supérieures, la végétation étant plus chétive ne peut lutter contre la désagrégation constante des roches. La nature y est désolée, et de vastes étendues couvertes d’éboulis sont complètement désertes.

Tel est le caractère des montagnes d’où sont extraites les ardoises qu’on exporte au loin. Si, depuis le village d’Engi nous nous dirigeons du côté de Matt, nous entendrons sur la hauteur et des deux côtés de la vallée le bruit des marteaux ; c’est là que se trouvent les ardoisières ou carrières à ardoise que nous allons étudier, car elles ont une grande importance scientifique et commerciale.

Montons dans la direction où se fait entendre le bruit des marteaux : au bout d’une demi-heure nous atteindrons la carrière dite < an der Eck > qui est à 2970 pieds au-dessus de la mer. Les ouvriers occupés à détacher les feuillets travaillent sur 30 ou 40 points différents, ce qui donne à la localité un aspect très-animé. Ici, les uns taillent dans la roche une profonde rigole pour en isoler une partie; là, d'autres introduisent des coins de fer entre les couches afin de les détacher ; ailleurs, les feuillets sont enlevés, transportés et détaillés. Les plaquettes ont une certaine

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épaisseur que leur a donnée la nature et d’après laquelle on les classe en vue des différents usages auxquels elles sont destinées. Les plus épaisses servent à daller des cuisines et des caves, celles qui le sont moins sont employées à la couverture des toits ; les plus minces et les plus fines fourniront des dessus de tables et de fourneaux, ou encore des ardoises à écrire.

Ainsi que chacun a pu l’observer, les ardoises ont un côté réche, à grain calcaire et siliceux; l’autre, plus tendre, est argileux. Dans les couches supérieures des deux carrières le côté lisse est dessous et le côté réche dessus; mais dans les parties inférieures cette relation est renversée, le côté réche se trouve dessous et le côté lisse dessus. Il a dû y avoir ici un renversement des couches, hypothèse que semblerait confirmer un plissement de la roche, visible à l’angle nord-ouest de la vieille carrière. Les feuillets ne se détachent facilement que dans les couches supérieures; c’est le contraire dans les parties inférieures où la face argileuse est au-dessus et qui ne sont pas exploitées. On remarque même dans les parties supérieures une grande différence entre les nouvelles carrières et les anciennes; dans ces dernières, l’exploitation devient plus difficile, et demande plus de temps et d’argent.

Les ardoises sont utilisées depuis les temps anciens. Plusieurs morceaux trouvés dans les mines de Kloten prouvent qu’à l’époque helvético-romaine on les employait probablement soit comme revêtement des murailles, soit comme dallage.

Il est certain qu’au XVI”' siècle les carrières d’Engi furent exploitées non-seulement par les habitants de la vallée, mais par des étrangers au canton, et que déjà dans les premières années du XVII”' siècle on dut faire des lois pour mettre les propriétés voisines à l’abri de la chute des matériaux. Les ardoises destinées à écrire et les dessus de tables formèrent bientôt un important article de commerce qui s’écoulait non-seulement en Suisse et dans les pays environnants, mais qui fut même transporté par bateaux depuis Ziegelbrück jusqu’en Hollande. Toutes les années quelques embarcations spéciales étaient construites dans ce but ;

ARDOISIÈRES DE MATT.

•on- les chargeait d’ardoises, de bois de choix, et des différents produits des Alpes; ils descendaient la Limmat et le Rhin jusqu’à destination. Toutefois ce commerce cessa complètement à la fin du siècle dernier, et l’écoulement des ardoises diminua beaucoup. En 1823, l’exploitation reprit une nouvelle vie, grâce à la construction d’une route charrière dans cette vallée reculée et d’un abord difficile. L’industrie utilisa lés ardoises réches qui avaient jusqu’alors été rejetées ; on commença également à remplacer les tuiles par l’ardoise, comme cela se pratique aujourd’hui dans quelques villes de la Suisse orientale. En 1844, le gouvernement cantonal prit en main l’administration des carrières, et réussit à relever le crédit de l’exploitation par la nomination d’inspecteurs assermentés qui devaient mettre au rebut toutes les ardoises imparfaites. Cette industrie occupait 200 ouvriers en 1846. En 1862, 104 personnes travaillaient dans la vieille carrière, qui produisit pendant cette année 697,771 tuiles, 29,500 ardoises à écrire, et 85,438 pieds carrés d’ardoises de toutes formes et de toutes grandeurs pour carrelage, fourneaux et tables. Le total des ventes fut de 78,531 francs.

Depuis 1856 on a ouvert sur le versant droit de la vallée une nouvelle carrière qui est exploitée par une société d’actionnaires et qui occupait dans ces dernières années de 50 à 60 ouvriers.

Les schistes ardoisés se rencontrent sur plusieurs points du Sernft liai, ainsi au-dessus de Matt, dans le Weid et au Geissstafel, où ils se distinguent par leur propriété molle ; ces gisements sont exploités comme touches; on en trouve à l’Alp Bergli et près d’Elm. La Linththal possède aussi quelques gisements de ces schistes près de Betschwanden sur le

côté droit de la vallée ; ils ne sont probablement que la continuation des dépôts d’Engi. On observe la même formation, désignée sous le nom de Flysch, dans plusieurs localités du versant nord des Alpes et dans d'autres cantons; on exploite ces gisements à Pfàffers, à Miihlenen, au pied du Niesen et à Interlaken. Sur ces divers points, l’ardoise ne peut pas se diviser en feuillets réguliers comme celle du canton de Claris ; elle ne présente pas non plus un côté réche et un côté doux.

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Le Plattenberg à Matt est renommé en Suisse pour ses ardoises à écrire et ses tuiles ; c’est une localité bien connue des naturalistes pour ses nombreuses pétrifications et qui jette un jour intéressant sur l’histoire primitive de notre pays. Jusqu’ici on n’y a rencontré, il est vrai, aucune trace de Mollusques, de Rayonnés ou de plantes, mais en revanche les Poissons y sont tellement abondants que ces ardoises sont considérées comme un des gisements les plus riches de la Suisse en Poissons fossiles.

Malgré les recherches attentives et soutenues des naturalistes, on n’y a trouvé aucune plante et aucun des animaux inférieurs que nous venons de nommer ; certes, s’ils avaient vécu dans cette partie de la mer, on n’eût pas manqué d’en rencontrer dans l’immense quantité de feuillets que depuis si longtemps on extrait de ces carrières. La mer était probablement très-profonde en cet endroit, ce qui explique l’absence de Mollusques et d’Oursins. Le fond marin devait se composer d’un limon mou, tout à fait impropre à l’acclimatation des végétaux. L’état de conservation dans lequel les Poissons nous sont parvenus est aussi un indice de la grande profondeur de la mer. Leurs écailles manquent complètement; on n'en retrouve du moins aucune sur les ardoises de Matt. Cela tient à ce que la plupart n’en avaient pas, ou n’en avaient que de fort petites ; plusieurs cependant, tels que les Harengs et les Éperlans en possédaient. On ne peut attribuer cette absence d’écailles à l'antiquité de l'époque pendant laquelle ces Poissons ont été ensevelis, car ceux de Schambelen (p. 94) les ont conservées, et ils étaient déjà enfermés dans la roche depuis des centaines de mille ans lorsque leurs congénères de Matt prenaient joyeusement leurs ébats dans la mer éocène. Ajoutons que le plumage des Oiseaux manque, et que chez les Tortues l’écaille des pieds a été détruite. 11 faut donc attribuer ces désordres à une cause locale. La mer étant très-profonde en cet endroit, les Oiseaux, les Tortues et les Poissons morts commençaient par flotter à la surface; la décomposition survenant, faisait tomber petit à petit plumes et écailles, jusqu'à ce que les corps, entraînés graduellement au

POISSONS DE MATT

fond de l'eau, s’enfonçassent dans la vase. Les Poissons à peau épaisse et coriace, revêtue de plaques solidement fixées et liées entre elles (Acanthosoina, Acanthoplcurus) la conservèrent, tandis que celle des autres, plus molle et plus délicate, fut complètement détruite ; aussi n’en retrouve-t-on plus que le squelette. Quoique ces squelettes soient fréquemment cassés par le milieu ou qu’il leur manque tantôt la tête, tantôt la queue, il nous en est parvenu cependant de nombreux exemplaires fort bien conservés; ce fait est d’autant plus curieux que les Poissons les plus communs de Matt (Palæorhynchum et Anenchelum) sont longs et minces, et que leurs squelettes auraient dû, semble-t-il, se rompre facilement. Même chez ceux qui ne sont pas complets, les fines côtes, les osselets délicats et les rayons des nageoires sont souvent dans leur position naturelle. On peut conclure de ce qui précède que les gisements qui les renferment ne se sont pas déposés près d’une côte ou dans un bas-fond, car les cadavres eussent été complètement brisés s’ils avaient dû rester exposés, dans le voisinage des rochers, à la marée et à la tempête jusqu’à ce que le travail de décomposition eût fait tomber les écailles. Je pense donc que, pour expliquer l’état de conservation des Poissons de Matt et en même temps l’absence d’ Algues marines et d’animaux de la grève, il faut admettre une mer profonde à fond vaseux, où les dépôts ne se faisaient que très-lentement. Certainement la terre ferme ne devait pas être très-éloignée ; les deux espèces d’Oiseaux de Matt en sont une preuve; mais on peut admettre sans peine qu’il y avait dans cet endroit un bras de mer très-profond s’avançant dans l’intérieur des terres et dont les côtes s’élevaient à pic. L’absence complète de cailloux roulés dans les ardoisières et le grain très-fin de la pierre ainsi que l’égalité dans l’épaisseur des couches, indiquent qu’aucun fleuve ou ruisseau ne traversait ces localités alpestres pour se jeter dans la mer, ou que du moins l’embouchure de ce cours d’eau en était éloignée.

Passons maintenant en revue les animaux eux-mêmes afin de connaître leur genre de vie par la comparaison avec leurs congénères actuels.

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La faune se compose jusqu’ici de 57 espèces, à savoir : 53 Poissons,

2 Tortues et 2 Oiseaux. Il y a cependant parmi les Poissons 0 espèces et 4 genres douteux ; nous n’en tiendrons pas compte. Les 47 autres espèces appartiennent à 19 genres, dont 4 : Fistularia, Vomer, Osmerus et Clupea vivent encore ; les autres sont éteints. Cependant 8 de ces genres, avec 27 espèces, sont très-voisins de genres actuellement vivants, de sorte que la majeure partie de la faune ichthyologique de Matt a dans ses traits généraux une grande ressemblance avec les types actuels, quoique les '/» des genres soient éteints et soient spéciaux à cette localité ; car, fait remarquable, on n'a pas encore pu les rencontrer ailleurs. Ces Poissons sont beaucoup plus rapprochés des Poissons actuels que de ceux de la mer jurassique. Dans celle-ci, les Candides donnent la plus grande partie des espèces. Cette classe avait déjà diminué pendant l’époque crétacée, et nous n’en possédons plus que quelques espèces. Mais avec la craie apparurent les Acanthopterygiens, qui fournissent à Matt les */i des espèces.

Agassiz a démontré le premier que pendant l’époque crétacée il y eut une grande transformation dans les types des Poissons, et qu’à l’époque de la formation des ardoisières de Matt, cette classe présentait des formes entièrement nouvelles qui ont persisté en partie jusqu’à nos jours. Aux Acanthopterygiens il faut encore ajouter les lïalacopterygiens et les Plectognathi, qui manquent complètement aux faunes des époques précédentes.

La famille la plus riche des Acanthopterygiens est celle des Scomberoïdes (Scomber et Thynnus), dont deux autres genres (Palæorhynchum et Anenchelum), représentés par 15 espèces, donnent à Matt les empreintes de beaucoup les plus nombreuses. Ce sont des Poissons trèsfaciles à reconnaître : leur corps est fort long, et en forme de ruban ; la ' peau était recouverte seulement d’une poussière argentée et n’avait pas de vraies écailles.

Chez P Anenchelum (fig. 135) la tête, petite et rétrécie en avant, est munie de mâchoires armées de grandes et de petites dents. La colonne

POISSONS DE MATT

Fig. 135.

Fig 133. Anenchelum glaronense : partie antérieure. — Fis. 136. Excmplairu jeune : in partie postérieure et les nageoires caudales manquent.

épinière est longue et ordinairement formée de 110 à 112 vertèbres portant des côtes fines et dirigées en arrière ; à ces vertèbres sont joints les stylets des os inter-épineux qui supportent la nageoire dorsale et qui sont placés sur une ligne horizontale. Le côté dorsal, ainsi que le ventral, présentent donc chacun une ligne d'osselets. Les os interépineux du côté dorsal envoient à angle obtus une branche qui va rejoindre la queue et donne ainsi la ligne d’osselets sus-mentionnée. Ces Poissons étant étroits et très-longs, les deux lignes sont parallèles sur un certain parcours. La nageoire dorsale règne sur la ligne supérieure ; elle va de la tête à la queue et à une hauteur à peu près uniforme sur presque toute sa longueur ; les rayons ne sont un peu plus longs que sur la nuque et à l'extrémité caudale. A la partie ventrale nous trouvons une nageoire semblable, mais plus courte et plus étroite (nageoire anale) qui n’occupe que la partie postérieure de la queue. La nageoire ventrale est assez grande et possède de forts rayons. A l’extrémité de la queue, le corps est aminci et porte une nageoire caudale élargie et bifurquée. On conualt huit espèces à Matt, parmi lesquelles l’Ancnchc-

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Juin glaronense * (fig. 135, et un jeune exemplaire de notre collection, fig. 136) représente les formes les plus grêles et atteint 3 '/, pieds de longueur. L’Anenchelum latum Ag. était encore.plus grand ; sa bouche énorme était armée de dents tranchantes. Ce genre n’est connu qu’à Matt, mais il se rapproche beaucoup du Lepidopus argyreus (Drapeau) qui se trouve dans la Méditerranée et le long des côtes d’Afrique jusqu’au Cap. La seule différence importante consiste dans le nombre restreint des petites dents du premier et dans la dimension plus grande de sa nageoire ventrale qui a les rayons plus allongés. Chez le Drapeau ces rayons sont très-petits et ont la forme d'écailles. Ce Poisson est remarquable par ses couleurs brillantes, et lorsqu’il parcourt l’eau avec rapidité, on dirait, à voir ses courbes gracieuses, une longue banderole d’argent; malheureusement, on ne connaît pas bien encore son mode de vivre et les localités où il fraie. En avril et mai il se rapproche isolément des côtes; d’après Cuvier, il doit vivre d’ordinaire dans les profondeurs moyennes de la mer. Les Palæorhynchum (fig. 137) sont encore plus remarquables que les Anenchelum ; ils ont le même corps grêle et rubané, leurs mâchoires sont dépourvues de dents, mais la tête se termine par une sorte de bec qui leur donne un aspect très-particulier. Ils rappellent les Xiphias, et par le fait ils appartiennent à la même famille ; mais ces derniers n’ont pas le corps grêle et aplati des Palæorhynchum.

Ainsi que chez les Anenchelum et les Lepidopus, nous trouvons sur le dos et le ventre des Palæorhynchum une ligne d’osselets disposés par paires et qui donnent naissance à deux branches divergentes se dirigeant vers l’intérieur.

• IHainville, qui a le premier décrit cette espèce, la nomme Anenchelum glarisianum, et Agassi*, l imitant, a employé ce nom pour 3 espèces de différents genres. — En allemand on appelle le Olaronnais : Glarner et non pas Glariser, et les Poissons du pays Glarner Fische (Glaronensis) et non pas Glariser Fische, donc il faut corriger les noms d’espèces créés par Blainville et Agassi*. L’adjectif Glaronensis a été introduit il y a déjà 700 ans : Glaronensis se lit dans le plus ancien document qui traite de Glat is, an 1029; on trdhve Villicus glaronensis dans un document de 1128.

POISSONS DK MATT.

Fig. 137. Fig. 138.

Palæorhynchum glaronense. Fistularla Koenigii Ag.

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L’espèce la plus commune et la plus grêle est le Palæorliynchum glaronense que j’ai représenté (fig. 137) en demi-grandeur naturelle, d’après un exemplaire trouvé dernièrement à Matt. Le squelette est presque complet mais cassé par le milieu, et replié sur lui-même de telle sorte que la tête et la queue sê touchent. L’espèce la plus grande est le P. longirostre Ag., qui atteint presque 3 pieds. Son bec mesure 8 pouces et se termine par une pointe très-fine ; la tête a 2 pouces. Le P. Egertoni Ag. lui ressemble beaucoup, mais son bec est plus court : le P. medium Ag., qui a environ 2 pieds, se distingue par les rayons de ses nageoires dorsales, longs de 5 pouces. Le P. latum Ag. est le plus large du genre.

Les genres Anenchelum et Palæorliynchum sont les deux plus importants de Matt. On peut citer comme proches parents des précédents le Thyrsitocephalus et le Nemopteryx. Chez le >>. crassus Ag., la bouche large est armée de grandes dents recourbées comme chez l’Anenchelum, mais le corps est plus ramassé et les rayons moyens de la nageoire dorsale sont fourchus. Les nageoires pectorales sont formées de rayons délicats et très-longs ; la nageoire caudale est arrondie, et ses rayons adhèrent aux 6 ou 7 dernières vertèbres caudales.

Chez les Thyrsitocephalus, la bouche largement développée est armée de dents, et la mâchoire inférieure est très-proéminente. Ce genre diffère des Anenchelum et des Lepidopus en ce que le corps est plus court et n’a pas la forme d’un ruban, mais ressemble à celui des Thyrsites, qui habitent les tropiques. On n’en connaît qu’une espèce : Th. alpinus -, v. Rath.; c'est un Poisson de 0m,20 environ, dont la tête se termine en pointe, et qui a de fortes nageoires dorsales.

Les Thyrsites forment la transition entre les Palæorliynchum, les Anenchelum et les autres Scomberoïdiens de Matt, qui ont un tout autre aspect. Ces derniers sont beaucoup plus courts, ovales, ou d’un ovale allongé ; leur bouche est fortement prononcée en avant, l’ouverture en est petite ; c’est le genre Yomer (V. priscus Ag.), caractérisé par de petites dents arrondies et un corps très-bombé au-dessus de la nageoire

POISSONS I)E MATT

pectorale ; il est représenté par des espèces analogues dans les mers des zones torrides et tempérées (du Brésil, de l’Amérique du Nord et de PInde). L’Isurus macrurus Ag. se distingue du genre précédent par une grosse tête et une nageoire caudale très-étroite à la base ; les Palimphyes (avec 5 espèces), genre voisin des Lichia, mais qui s’en écarte par ses nageoires pectorales plus fortes et par un plus grand nombre de vertèbres. Les Lichia se reconnaissent à leurs stylets dorsaux mobiles; ils vivent dans la Méditerranée et sur les côtes africaines jusqu’au Cap.

Les Percoïdes forment une seconde famille des Acanthoptcrygiens ; ainsi que les Scomberoïdiens, ils apparaissent avec la craie. A Matt, on a reconnu les genres : Acanus, Podocys et Pachygaster, tous trois éteints et spéciaux aux ardoisières de cette localité. Le genre Acanus a donné fi espèces (voy. A. oblongus Ag. fig. 130). Ce sont des Poissons comprimés latéralement et dont la bouche est petite et ouverte obliquement ; leurs mâchoires sont armées de dents en forme de brosse. La région dorsale est entièrement occupée par une nageoire dont les rayons épineux antérieurs sont très- proéminents. C’est dans le genre Beryx que

Acanus oblongus. Ag.

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l’on rencontre le plus «le formes analogues à celles de la faune actuelle; il habite maintenant les mers tropicales et subtropicales. Ce sont de beaux Poissons à écailles argentées, roses et pourprées, avec d’énormes yeux couleur opale et une nageoire dorsale non divisée. la? Beryx splendens arrive au printemps (mars et avril) en grandes troupes le long des côtes de Madère, où l’on en prend un grand nombre. Il vit probablement à de grandes profondeurs et ne visite les côtes qu’au printemps.

Le Podocvs minutus Ag. est un tout petit Poisson ovale. Quant aux Pachygaster, ils se reconnaissent à leur gros ventre dont la ligne arquée s’infléchit à partir de la tête.

La forme la plus extraordinaire des Acanthopterygiens est sans contredit celle de la famille des Aulastomidiens. C’est à elle qu’appartient le remarquable Fistularia Kœnigii Ag. (fig. 138); sa tête est allongée en tuyau et occupe à lieu près le tiers de la longueur totale du corps ; elle se termine par une sorte de groin à l'extrémité duquel est placée la bouche. L’espèce de Matt atteignait une remarquable dimension (jusqu’à 3 pieds) et avait un corps mince et probablement cylindrique. Les espèces vivantes ont la même taille; deux d’entre elles habitent l’Amérique tropicale et une autre se trouve dans l’Océan Indien et le Pacifique jusqu'au Japon; du reste, toutes les espèces de cette famille ne s’éloignent pas des régions tropicales et subtropicales.

La quatrième famille du même groupe est celle des Gadoïdes, qui sont fort rares. On n’en a découvert que deux espèces dont l’une, le Palæogadus Troschelii v. Rath, peut être comparée au Cabillaud qui se rencontre en bancs innombrables dans les mers du Nord et des zones tempérées. Près de Terre-Neuve, il vit à une profondeur de 300 pieds environ et se tient ordinairement au fond même de la mer comme en général les Gadoïdes qui vivent, même de préférence, à de grandes profondeurs.

Matt fournit encore deux sous-ordres, celui des Malacopterygii et celui des Plectognathi. Les premiers donnent les familles des Salmonei et des Clupeaci. Le genre Osinerus (O. glaronensis) appartient aux Salmonei ; il se reconnaît à sa double rangée de dents coniques et recourbées et

POISSONS DE MATT

à sa nageoire caudale bifurquée. Un peut le comparer à l' Usiner us Artedi Cuv. (Éperlan) qu'on prend en grand nombre à l'embouchure des fleuves européens.

Un distingue trois espèces de Clupeaci (Harengs) dont la plus connue, Clupea brevis Ag., est un petit Poisson assez maigre. Les Clupeaci sont répandus actuellement dans toutes les mers et apparaissent par moments en bancs innombrables ; leur pêche est une source de bénéfices considérables pour les populations riveraines. Un croyait autrefois que les grands bancs de Harengs venaient de l’extrême nord, mais on a reconnu qu'il n’en est rien. Ces animaux vivent probablement dans les grandes profondeurs et ne viennent aux régions supérieures qu’à l’époque du frai. C'est ainsi qu’on a souvent attribué aux Poissons de grandes migrations horizontales, tandis que généralement elles ne sont que verticales.

Les formes que nous venons de décrire se rencontrent fréquemment encore dans les mers européennes. En revanche les Loricaria, appartenant au groupe des Plectognathi, ont des formes étranges qui manquent complètement dans les mers septentrionales et se voient seulement dans les régions tropicales et subtropicales ; leur extrême limite est la Méditerranée. Matt en a fourni cinq espèces, dont deux spéciales à la localité, appartiennent à des genres éteints. L’une, l’Acanthoderma Ag. est très-semblable aux Balistes ; l’autre, Acanthopleurus, au genre Triacanthus, auquel même on doit peut-être le réunir. Un a découvert récemment à Matt une belle espèce d’Acanthoderma, représentée par la fig. 140. Sans La nageoire caudale, ce Poisson est long de 2 pouces environ et haut de 2 pouces 3 lignes; il est donc presque rond, tandis que dans les deux autres espèces, A. spinosum Ag. et A. ovale Ag., il est plus long que haut. La forme est celle d'un disque ; la partie postérieure est cependant un peu rétrécie quoique la base de la nageoire caudale soit très-large. La nuque est munie d’une forte pointe qui, pendant la vie, pouvait probablement se redresser ou se coucher sur le dos. La ligne dorsale et la ventrale sont occupées par une étroite nageoire à

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