OISEAUX DE MATT
Fig. 143.
La seconde espèce : l’rotomis glaronensis Myr. est assez semblable à la précédente, mais elle est plus petite et a des ailes, des doigts et le tibia considérablement plus courts, tandis que les os des pieds sont de la même grandeur. Cependant un des doigts du pied est beaucoup plus court que les autres et tourné en arrière. Cet Oiseau avait à peu près la grosseur d’une Alouette, et semble devoir appartenir à la classe des Fringilles.
Si nous jetons maintenant un coup d’œil d’ensemble sur cette faune telle que nous l’ont conservée les ardoisières de Matt, nous n’y verrons que deux animaux terrestres, les deux Oiseaux dont nous venons de parler, tandis que tous les autres sont marins. Les Tortues vivent exclusivement dans l’eau salée, et ne visitent que rarement les côtes, sans habiter toutefois les grandes profondeurs. Parmi les Poissons, l’Eperlan (Osmerus eperlanus, voisin du Salmo tint ta) se tient, il est vrai, dans les zones supérieures ; mais peut-être était-il venu par hasard de l’embouchure de quelque rivière, ce qui en expliquerait la rareté. Les Acanthopleurus et les Acanthoderma, ainsi que les Balistes actuels, ont également vécu dans les régions supérieures de la mer, mais tous les autres Poissons, autant du moins qu’on peut le conclure par la comparaison avec les espèces vivantes, telles que les Harengs, les Morues, les Acanus et Anenchelum, ont très-probablement habité les grandes profondeurs, et ne visitaient que momentanément les régions supérieures. Lu faune ichthyologique de Matt nous confirme donc dans l’hypothèse
Protomls Blumeri Hr.
a. bec?
b, c. os des ailes.
d. tibia.
e. pieds.
f. doigts.
292 FORMATION KOCKNE KN SUISSE.
émise plus haut, d’une mer très-profonde. Nous ajouterons que la plupart des espèces analogues qui vivent dans les zones inférieures, habitent cependant dans le voisinage du continent, ainsi les Morues, et probablement aussi les Harengs, les Beryx et les Drapeaux, et que tel était probablement le cas pour les Poissons de Matt.
Quant au climat, la faune nous révèle une zone assez chaude. Il est vrai que nous avons rencontré des formes qui rappellent les zones tempérées, ainsi les Harengs, les Eperlans et les Morues; mais la plupart des analogues des Lepidopus, des Balistcs, des Xiphia et des Lichia ne se rencontrent pas dans le nord et dans la Méditerranée ; d’autre part ils s’avancent jusque sous les tropiques. Nous trouvons aussi quelques formes qui de nos jours sont limitées aux zones torrides et subtropicales, ainsi: les Fistularia, les Triacanthus et les Thyrsites. Les Tortues donnent également à la faune un caractère méridional; les Oiseaux semblent appartenir à un groupe actuellement répandu sur toute la terre.
Jusqu’à présent, Matt excepté, les ardoisières d’Attinghausen (canton d’Uri) ont seules en Suisse donné quelques débris de Poissons ; ceux-ci appartiennent à 4 espèces, parmi lesquelles on reconnaît les genres Anencheluin et Palimphyes,
Si nous passons en revue les gisements fossiles étrangers à la Suisse, nous verrons avec surprise qu’aucune espèce dont l’âge géologique soit bien déterminé*, n’est identique avec celles de Matt. Cette faune est
* An pied sud du Hoehborg, près de Traunstein, on a découvert un Palæorhyncliuiti gigas dans un grès fortement micacé, niais dont les rapports de stratification sont difficiles à démêler. IVaprès Emmerich, cette roche appartiendrait à l'éocène le plus ancien (Voyez Zeitschrift der deutschen Geolog. (iesellschafl, 1880, p. 375). En Alsace, dans une formation marine, on a trouvé un Pahrorhynchum latum, ainsi qu’un Ampisyle lleinicliii Heek, la Melctta cren.lta tfeck ? Damna contortidens Ag., Oxyrhim» hastalis Ag., des feuilles de l'Eucalyptus océanien, du Sabal oxyrachis, du Zonarites inultifidiis Brgn. sp., du Ceramitos Kœchilni llr. (Voyez Dclbos et S. Kœchlin-Schlumbergcr, Description géologique du départ, du Haut- Rhin, II, p. RO et 512, et Sitzungsberichtc der Wiener Academie, 1802, p. 492). IVaprès ces restes organiques, les couches à Poissons de l'Alsace semblent appartenir au