LE FLY8CH ET SON AREA
duquel on distingue des feuillets de mica argenté. Ces grès sont trèsépais par places, mais ne renferment aucune pétrification. Depuis Engi jusqu’à l’extrémité du Semfthal, le sol de la vallée est composé de ce grès et de roches schistées de couleur foncée. On peut voir la même formation jusqu’à une hauteur considérable dans les montagnes qui dominent la vallée. Sur certains points, ce grès se transforme en une masse vert foncé avec des taches rondes vert clair ou gris- verdâtre entremêlées de points blancs de craie provenant de feldspath et de laumonite. On a donné à ces grès verts semés de points blancs, le nom de grès de Tavigliana *, parce qu’ils présentent un grand développement sur l’alpe Tavigliana aux Diablerets (Taveillannaz). Dans le canton de Claris, au Fuhrbaehtobel, ils ont environ 500 pieds d’épaisseur et alternent en bancs réguliers avec des schistes d’un noir brillant. On les rencontre également au fond de la sauvage vallée de Durnach et au Hausstoek. Ces roches ont une grande ressemblance avec le trapp de Viccnce, et, comme celui-ci, doivent probablement leur origine à des éruptions volcaniques sous-marines. Nous avons vu qu’un continent séparait notre mer de celle de la Haute-Italie ; ces dépôts n’ont par conséquent pu venir de cette localité, mais ils durent sortir du sein de la terre. Les matières dont ils sont composés ont pu se répandre dans plusieurs directions, et il est facile de comprendre qu’elles alternent par places avec les dépôts marins ou se mêlent même avec eux.
Les calcaires qui çà et là se trouvent mêlés aux ardoises et au grès, sont d’un grand intérêt. Ils ont une conleur gris foncé et sont disposés en minces feuillets dont la surface prend une couleur gris clair sous l’influence de l’air. Ils renferment par places de grandes quantités de plantes marines (Fucoïdes), et ont reçu de là le nom de schistes à Fu-
* On a découvert récemment dans le grès de Tavigliana, à la Dallenfluh, près de Sigriswyl, quelques restes de plantes, mais ils sont trop mal conservés pour qu'il soit possible de les déterminer exactement. Ce sont des débris de plantes terrestres parmi lesquelles on distingue une Equisetum et des rameaux de Conifères qui semblent avoir appartenu au Séquoia Sternbergi.
FORMATION KOCKNE EN SUISSE
coïdes. On les rencontre dans le Semfthal, au col de Panix près de Seeli, sur Palpe Rainin à l’est d'Elm, sur la Tschingelalp (dans les parois) et au nord de Martinsloch. Toutefois dans les environs immédiats des ardoisières de Matt et même dans les carrières, on n’a cependant trouvé jusqu’ici aucune plante marine, de sorte qu’on ne peut encore fixer les rapports qui existent entre la faune de Matt et cette flore marine. ,
Si nous cherchons à nous représenter l’aspect de notre pays à cette époque reculée, nous devons en premier lieu étudier soit la distribution des schistes à Fucoïdes , soit l'ensemble des roches dont nous avons parlé dans ce chapitre.
La collection des roches que l’on a réunies sous le nom de flyseh * se rencontre, en y pénétrant quelquefois fort avant, sur toute la lisière nord de nos Alpes, depuis la Savoie jusqu’au Vorarlberg et dans les Alpes bavaroises. Partout le flyseh a le caractère que nous lui avons reconnu dans le Semfthal ; partout les montagnes ont des formes plus douces que celles du calcaire ; leurs crêtes et leurs sommets ne sont ni si aigus ni si anguleux ; leurs pentes et leurs terrasses sont recouvertes d’un riche tapis de fleurs, mais sont exposées aux incursions dévastatrices des torrents. Ces localités possèdent donc un sol fertile, mais sont soumises à tous les accidents des régions montagneuses. Le flyseh forme un étroit ruban qui suit partout la zone crétacée, ainsi qu’on peut le voir sur la carte géologique. Ce ruban entoure la chaîne calcaire du Moléson, et occupe une large bande depuis les Ormonts jusqu’au lac de Tlioune, où il acquiert sa plus grande épaisseur et son plus grand développement. Depuis le Sépev jusqu’à Mühlenen, sur la Kander, la
* Dans le Simmenthal, on nomme Flyseh ou Flys (dérivant de lliesscn, flinsen, couler) des schistes marneux areuacés qui se délitent facilement, et qui renferment des Fucoïdes (Choudrites intricatus). Studer a employé ce mot pour désigner toutes les roches de même nature appartenant û diverses formations, tandis qu’Escher de la Linth l’a appliqué seulement aux couches qui recouvrent immédiatement la formation nummuli tique.