‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 109 sur 244 · LE FLY8CH KT SON AREA · texte numérisé non relu

LE FLY8CH KT SON AREA

même formation, longue de 11 lieues suisses et large de B, sc rencontre avec une épaisseur çà et là de 5000 pieds. La chaîne du N'iesen en est entièrement composée. Depuis le lac de Thoune au Ilalligstock au-dessus de Merligen, jusqu’à Sarnen, dans le canton d’Unterwald, on peut voir une bande de cette roche qui a sa plus grande largeur dans l’Obwald. Elle disparaît au lac des Quatre-Cantons, mais reparaît dans le canton de Schwytz et continue à travers le Sihlthal et le Waggithal vers les frontières nord du canton de (ilaris et le lac de Wallenstadt. Là elle se divise eu deux bras qui entourent la chaîne du Sentis; le bras nord est très-étroit et forme la limite entre le calcaire et la mollasse ; mais le bras sud part des environs du Leistkamm et va jusqu’au Vorarlberg en passant par St-Johann , Wildhaus et le Rheinthal inférieur. Ainsi (pie la formation crétacée, le flysch entre profondément dans les Alpes sur le territoire du Rhin supérieur; presque tout le Prattigau en est rempli, et les fertiles campagnes, riches en fruits et en vin, qui se voient de Mayenfeld à Coire, reposent sur le flysch. La profonde coupure qui conduit de Ragatz à Pfâfers laisse voir la couleur foncée de cette roche, ses parois à pic déchirées et rongées par les eaux, qui l’ont minée en plusieurs endroits. Le flysch a le même caractère dans le Weisstannenthal ; on peut le suivre de là jusqu’au Sernfthal d’où nous sommes partis. Par le Freibcrg il va à la Linththal, et par le Klausen dans le Schàchenthal pour continuer jusqu'à Altdorf dans le canton d’Uri. Il forme aussi, au sud des montagnes calcaires et de sernifit, une bande qui tantôt s’élargit et tantôt se rétrécit.

Le flysch joue donc en Suisse un rôle important dans la formation de nos montagnes, à laquelle il a pris une grande part. Il occupe une place considérable dans le pays alpin et dans plusieurs vallées ; il s’élève jusqu’aux Sommets inaccessibles et atteint souvent une épaisseur de plusieurs milliers de mètres. Partout où il sc rencontre il est composé des mêmes espèces de roches : schistes gris-noir se délitant facilement, grès de couleur foncée à grain fin parsemé de petits feuillets micacés ; çà et là des grès analogues à ceux de Tavigliaua, tuffeux et vert clair,

FORMATION ÉOCÈNE EN SUISSE

et sur quelques points, des schistes à Fucoïdes. Tandis que les grès de Tavigliana sont probablement de formation volcanique, les sclüstes, les grès et les calcaires doivent sans aucun doute leur origine à l’eau. Les grès à grain fin sont quelquefois remplacés par un conglomérat dans lequel on rencontre des cailloux roulés dont la grosseur varie de la noix au poing (ainsi à Saane près Moulins) et qui souvent renferment des pétrifications de formation plus ancienne (par exemple : à la Dent du Midi, à la Molire et aux Voirons) *. Il est probable que les localités dans lesquelles le grès a cette apparence, représentent l’emplacement où des rivières et des ruisseaux se jetaient dans la mer en y amenant des cailloux roulés ; mais ce qui reste encore inexpliqué, c’est la présence dans le flyscli suisse d’énormes blocs de granit ; on peut en voir de semblables dans les grès de Sépey (canton de Vaud), à l’Habkerenthal dans l’Oberlaml bernois et dans le fond du Sihlthal. A Sépey, les blocs se composent de gneiss, de protogine, de talc, et alternent par bancs énormes avec le flvsch; dans l’Habkerenthal, les blocs de granit ont plusieurs toises de diamètre, et M. le professeur Studer estime que l’un d’eux peut avoir 500 pieds cubes. Leurs angles sont arrondis, et plusieurs même sont presque sphériques. Au Traubach et au Lambachgrabeu sur le versant nord du Bohleck, ils sont engagés dans le fiysch ; mais au fond et sur les flancs de l’Habkerenthal, ils sont libres et peuvent par conséquent être facilement pris pour des blocs erratiques, n’était qu’ils sont roulés et formés d’un granit étranger à nos Alpes. A Yberg, dans le Sihlthal, à côté des blocs de granit, on en rencontre aussi du lias et du jura brun, qui sont si grauds et si bien réunis ensemble par un ciment de flyscli qu’on pourrait croire qu’ils font partie de la montagne même, si la différence de la roche et l'abondance des pétrifications qu’ils renferment ne démontraient le contraire. La même formation se voit aussi

• Il faut probablement appliquer la même origine aux lieleinnites que Ton a trouvées dans le flvsch de Sépey et du Gurnigel. Les ttclcinnites, étant dures et se détachant facilement de la pierre, ont pu être entrainées dans des formations plus récentes. *

AGE DC FLYSCH.

dans la commune de Grabs ; là des granits étrangers aux Alpes et du gabro, sont mêlés à des roches basiques, oolithiques et oxfordiennes. La présence dans le flysch de ces blocs qui lui sont étrangers est d’autant plus remarquable qu’on l’observe aussi dans d’autres pays ; on en a signalé à Bolgen en Bavière et à la base nord des Apennins dans l’Italie septentrionale. Ces granits ont une analogie minéralogique complète avec ceux qu’on a trouvés dans la vallée d’Habkeren. Dans toutes ces localités, les blocs de granit ne proviennent pas des montagnes voisines, et leur origine est encore inconnue.

Nous verrons plus loin qu’à une certaine époque, notre pays a été parsemé de roches alpines dont le transport eut lieu par les glaciers qui alors couvraient une partie de la Suisse ; les glaciers fourniraient ainsi une explication satisfaisante ; mais nous n’osons pas appliquer à ces roches ce moyen de transport.

Il est vraiment remarquable de voir qu’à l’exception des schistes ardoisés et de ceux à Fucoïdes, les pétrifications manquent dans tous les dépôts du flysch, ce qui nous donne à penser qu’alors toute vie organique avait disparu de ces localités. Cependant, s’il en avait été réellement ainsi, et que cette pénurie eût été l'effet d’un envahissement du pays par les glaciers, ce phénomène se serait produit aussi ailleurs, ce dont nous n’avons aucun indice certain. Toujours est-il que la pauvreté ou plutôt le manque absolu de tout reste organique dans le flysch (si nous en exceptons les schistes ardoisés et à Fucoïdes) est un des faits les plus étonnants et les plus inexplicables dans l’histoire du développement de notre pays. — Cette absence de pétrifications est la cause de la difficulté que l’on éprouve à préciser l’époque pendant laquelle le flysch s’est formé. La faune ichthyologique de Matt a donc une grande importance géologique; c’est pourquoi nous l’avons consultée dès l’abord. Elle nous révèle que les schistes qui la renferment sont plus jeunes que le jura et la craie; mais elle ne nous permet pas de déterminer exactement l’étage tertiaire auquel il faut les attribuer. Malheureusement les plantes marines des schistes calcaires (à Fucoïdes) ne nous en disent

FORMATION ÉOCKNE EN SUISSE

pas plus que les Poissons, ainsi qu'un examen plus approfondi nous le démontrera.

Les gisements de plantes marines sont répandus dans presque tout le flysch de la Suisse* et des pays environnants; ils sont généralement trcs-considérables, et il n’est pas rare de les voir remplir des blocs entiers. Ils se composent exclusivement de plantes délicates qui, par analogie avec leurs proches parentes du monde actuel, devaient être ornées de couleurs rouges, mais qui maintenant ne laissent voir sur la roche qu’une trace noire; elles présentent un entrecroisement compliqué de lignes et de rubans ; souvent aussi l’empreinte ressemble à du gazon ou à des arbrisseaux. C’est un sujet d’étonnement pour nous que la rencontre au sommet des Alpes, à des hauteurs de 7<*X) à 8000 pieds, de pierres sur lesquelles se dessinent des végétaux dont les congénères actuels ne vivent qu’au bord de la mer.

On trouvera quelques-unes des formes les plus importantes en examinant la PI. X. Jusqu’à présent on a décrit 30 espèces se rattachant à P genres. Nous avons déjà appris à connaître (p. 71, 85, 175,) celui qui joue le rôle principal : le genre Chondrites qui domine non-seulement par le grand nombre d’espèces, mais aussi par sa prodigieuse multiplication. Les plus communs sont les Chondrites intricatus Br. sp. et Ch. Targionii Br. sp. qui revêtent une foule de formes **.

* M. Esclier de la Linth en a recueilli ut» grand nombre de toutes les partit»» de nos Alpes, que j ai étudiées avec soin Elles proviennent de Leysin, au-dessus <f Aigle, des Rouvines et du Sépey, dans le canton de Yatid: de Miihlenen au Niesen, de l'IIubkerenthul, du Bohk-ck et de Weissonburg, dans 1c* canton de Reine, de Waggitiial, d'Hukenpuss, des environs d'Einsiedelu et dYborg ; de Teufenbacbtobel, au-dessus de Gorsau, de Simitobel, près de Wildhaus, des YY&nden prés d’Elm, du Col prés de Martinsloch, de Panixerposs, prés de Seeli, de Palpe de Walenbiitz et de Foo, de Trmserfurkeli, entre Ringelkopf et Sardonen, de Laaseralp aux «* grauen Bornera, » de Itlii* tikon et de CoUters, dans le Prâttigau, de Peist et Fandey, dans le Schallick, de Blanken au-dessus de liai /ers. du Luxicnsteig et de Falknis, du Fæhnem dans le canton d Appeti/.ell. J eu ai trouvé en grande quantité dans le voisinage deSeewis, à Ganey et sur le Yelan. Les espèces conservées au musée de Reine ont été étudiées par M. F. de Fischer-Ooster ; vov. « Feber die fossilen Fucoïden der Schweizer-Alpen, » Renie, 1858.

** Le Chondrites intricatus Br* (PI. X, fig. 1, de Gersau: fig. 2, de Martinsloch)

FLORK MARIN K I)U FLYSCII. 301

Les branches, toutes de même grosseur, sont insérées à angle aigu, et disposées çà et là en tourtes ; elles varient pour la longueur et sont ramifiées à plusieurs degrés. Chez le Cliondrites patulus F.-O. au contraire, les branches sont moins ramifiées et sont placées presque à angle droit; c’est ce qu'on peut voir PI. X, fig. 5, d’après un échantillon provenant du col de Panix. Les Cliondrites inclinatus Stbg. (PI. X, fig. 7, morceau de feuille provenant de Trinserfurkeli) et Ch. affinis Stbg. sp. sont beaucoup plus grands, et occupent parfois des feuillets de roche entiers. Le genre Munsteria comprend de remarquables plantes marines qui se distinguent par leurs nombreuses stries, quelquefois obliques mais plus souvent presque annulaires, entre lesquelles on distingue nombre de points. La PI. X, fig. 8, reproduit le M. annulata Schf. du Fahnern. Ces Algues avaient sans doute l’apparence de tuyaux annelés et cylindriques d’une structure solide et coriace. Chez les Halymenites le feuillage est aussi parsemé de nombreux points qui sans doute étaient de petits amas de spores; mais ici les stries manquent. Ce sont pour la plupart de grandes plantes ; les unes sont très-ramifiées (telle que l’H. Hexuosus F.- 0.); les autres sont simplement cylindriques (H. lumbricoides Tir. du Fahnern, PI. X, fig 11); il en est aussi dont la tige est enroulée eu forme de massue. Ces derniers rapi>ellent moins les Halymenia que le genre vivant Eneœlium chez lequel le feuillage est utriculaire et parsemé de

forme des gazons qui s'étalent dans toutes les directions, puisque le feuillage se ramifie depuis la base. Les rameaux ont une largeur «le */4 à >/a millimétré. Le Choinlrites intricatus Fisclieri llr. (Ch. u’qunlis Fïsch., non lirongn. FM. X, lig. i, provenant de Blanken, au-dessus de Balzers) est un peu plus grand, et a des rameaux un peu plus longs, plus largos et plus écartés. Chez le Ch. Targionii Br., le mode de ramification est le même, mais les rameaux sont sensiblement plus larges et plus longs (*/* à 1 */» millimètre), la plante en général est plus forte et plus grande ; cependant le vrai Targionii Brongn. (avec des branche» de I à ! Va millimètre) est rare chez nous; une plus petite espèce, dont les branches n'ont que xj.l à 1 millimètre de large et que Fischer-Ooster a distinguée sous le nom «le Ch. arbuscuia, est au contraire très-abondante (voy. TM. X, fig, fi, du Fæhnem). Cette dernière est l'Algue la plus commune de notre flysch. On a désigné sous le nom de Ch. Targionii expansus la forme à branches étalées (voy. PI. X, fig. 3, «les parois de la Tschingolalp).

FORMATION' ÉOCÈNK EN SUSSE

spores. Le genre Caulerpites (C. filiformis Stbg. PI. X, fig. 9) comprend de petites plantes délicates à feuilles écailleuses et serrées; il n’est pas rare au Fiihnem. Deux espèces de Zoophycos (Z. brianteus Vill. sp. et Z. flabelliformis F.-O.) du Gurnigel ont une taille considérable et sont très-semblables à celles du jura brun (vov. p. 174); leurs feuilles sont grandes et disposées soit en verticilles soit en spirales étroitement enroulées. Le l’alæodictyon (P. singulare Hr. PI. X, fig. 10, de Falknis) * diffère beaucoup de tous les précédents ; il a un feuillage réticulé qui rappelle les Halodictyon (il. caneellatum liory sp.) des zones chaudes chez lesquels cependant les champs se rejoignent complètement et sont beaucoup plus irréguliers.

La PI. X, fig. 1, représente une touffe de gazon du Chondrites iutricatus qui s’était établi sur l’Halymenites minor; cet échantillon, provenant de Gersau, nous montre qu’à cette époque de petites Algues s’établissaient sur de plus grandes ; on observe encore fréquemment aujourd'hui le même fait parmi les plantes marines. Mais il est étonnant que l’on ne rencontre sur les plantes sus-mentionnées ni Coraliinées ni Escharées, ni d’autres végétaux qui y soient joints, car de nos jours on les trouve souvent associés; jusqu’ici du moins je n’ai pas vu trace de cette association dans les espèces fossiles.

Si la détermination est difficile pour les Palæodictyon, elle l’est bien , plus encore pour un fossile que nous pouvons appeler < pierre vcnniculéc > (Wurmstein, Helminthoïdes). La PI. X, fig. 12, en donne un fragment. Une ligne saillante entoure d’abord un espace ovale, puis se jette par une courbure douce du côté extérieur et prend une direction parallèle au spire précédent, mais dans un sens opposé pour se replier de nouveau de la même maniéré. Ou peut voir ainsi un grand nombre de

• Nous avons reçu cette espèce de Weissenburg et de Ghelindjik, en Crimée ; une seconde beaucoup plus petite (P. textum Hr. du Falknis; ; une troisième (P. scriptum Hr.), où des lignes espacées et enroulées forment des champs irréguliers, provient de Walenbütz, des Ormonts et de Grüudel, dans le haut Sihlthal. Une quatrième trèsgrande de Walenbützalp.

FUUiK MA IM N K DU l'I-YSCll.

lignes parallèles séparées par des sillons ; dans les échantillons complets, cette ligne est continue depuis son origine jusqu’à son extrémité. Ordir nairement les lacets vont s'agrandissant; d’autres fois il n’y en a que quelques-uns qui soient plus longs, mais alors ils sont plus brusquement recourbés. Fréquemment deux ou plusieurs systèmes de lacets se voient l'un à côté de l’autre sans que leurs lignes se touchent ou empiètent l’une sur l’autre. Ou peut en distinguer deux espèces dont la plus petite est la plus commune chez nous (Helminthoida lahyrinthica Hr. PI. X, fig. 12) ; la plus grande (11. crassa Schafth.) a des lacets 3 ou 4 fois plus larges.

Ces traces ont été probablement laissées par des vers marins *. Elles rappellent les sillons vermiformes des Bostrychus et les galeries rapprochées et parallèles sur un long parcours de plusieurs Tinea. Une masse plus riche en calcaire et plus dure aura rempli les galeries, et forme actuellement dans la plaque des lignes saillantes, et des sillons dans la contre-plaque. Ces empreintes vermiformes sont répandues dans tout le flysch, aussi bien dans celui de la Haute-Italie et de la Ligurie, que dans le nôtre.

Quelque énigmatique que soit leur nature, leur importance est cependant incontestable, car elles sont spéciales au flysch et beaucoup plus faciles à distinguer que les Algues de cette formation. Ces dernières ne se font remarquer ni par leur diversité ni par des formes spéciales ; ce sont des plantes dont les analogues vivent actuellement dans plusieurs zones marines, et qui existaient déjà à des époques géologiques plus

* On est surpris de rencontrer déjà dans les roches de transition (cambrien) ces mêmes empreintes si dignes d'attention. Murchison lésa figurées sous les noms de Mv riant tes et de Nemertites (The Silarian System, II, p.27); il les considère comme des vers marins; cependant ce sont beaucoup plus des sillons de vers marins que les animaux euxmèrnes, car on ne reconnaît rien de l'animal, et les spires sont trop régulières pour qu'on puisse admettre qu'elles aient été formées uniquement par la bête repliée sur elle~méme. La grande analogie qui existe entre les Myrianitçs, les Nemertites et les Helminthoïdes porte à croire qu’ils proviennent d'animaux semblables, et autorise à penser que ces derniers n’ont pas fait défaut pendant les formations intermédiaires, ce qui leur ferait perdre une grande partie de leur valeur géologique.

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