MAMMIFÈRES É0CÈNE
étaient disposées sur une ligne continue ; le corps bien proportionné était porté par des jambes hautes et minces dont les pieds avaient deux doigts. La queue était courte et fonuée de petites vertèbres (fig. 153). Cet ani-
Fig. 153. Xiphodon gracile (restauré).
mal avait la grandeur du Chamois, mais il était très-voisin du Cerf musqué pour le port et pour la forme des os et des dents. C’est aussi le cas pour l’Amphitragulus communis Aym. d’Egerkingen, dont les molaires sont presque complètement semblables à celles du Cerf musqué qui habite l’Asie centrale et les lies du Sud.
Les Dichobune étaient beaucoup plus petits, mais ils avaient le même aspect ; c’étaient de gracieux animaux de la grosseur d’un Lièvre ou d’un petit Chien. On eu a découvert 4 espèces à Egerkingcn et 4 espèces dans le canton de Yaud.
On n’a retrouvé que des restes fort incomplets des Rongeurs ; mais ces débris nous montrent qu’à cette époque déjà de petits Ecureuils (Sciurus et Spermopliilus) vivaient dans les forêts, ainsi que la Souris (Theridomys siderolithica Pict.), fort petit animal qui se rapproche du groupe américain des Psammoryctins.
FORMATION ÉOCÈNE EN SUISSE
Nous avons, par la présence des Carnassiers, la preuve que les Herbivores. tranquilles hôtes des forêts éocènes, avaient aussi leurs ennemis, car on en a trouvé dans les mêmes localités. Ce sont, il est vrai, de petites espèces, car les Carnassiers de grande taille ne sont apparus que plus tard/ Ce sont de petites Civettes (Viverra et Proviverra Rütim.), un Renard (Cynodon helveticus Rütim.) et quelques espèces d'Amphycion. Ces derniers avaient le crâne du Chien, mais une taille plus forte et une queue plus longue.
Nous rencontrons aussi une Chauve-souris (Vespertilio Morloti Pict.) de la grosseur et de la forme de notre espèce commune (V. murinus). Ainsi que ses congénères actuels, elle faisait sans doute la chasse aux Insectes, et prouve leur existence.
L’animal le plus remarquable d'Egerkingen est sans contredit une espèce de Singe (Cænopithecus lemuroidcs Rütim.) dont on doit la découverte aux infatigables recherches de M. le pasteur Cartier. Il est vrai qu’on n’a trouvé qu’un morceau de la mâchoire supérieure avec 3 molaires, mais la perspicacité de Rütimeyer lui a permis non-seulement de déterminer l’ordre auquel appartient cet animal, mais de lui assigner avec une grande probabilité sa véritable place dans le système. Ce Singe suisse ressemble beaucoup par les dents au Maki africain (Lemur) et au Singe à lunettes (Mycetes de l’Amérique): mais comme le caractère des os maxillaires l’éloigne du premier, et le rapproche du dernier, nous pouvons en conclure qu’il était proche parent des deux. D’après les dents, il devait avoir la même taille que le Guariba ou que le Hurleur rouge (Mycetes seniculus); cependant il forme un genre à part (Cænopithecus Rütim.) qui, d’après Rütimeyer, réunirait quelques-unes des particularités des Makis, des Ouistitis et des Hurleurs du Nouveau Monde.
Si nous comparons maintenant la faune des Mammifères de notre Jura avec celle, du bassin de Paris devenue célèbre par les immortels travaux de Cuvier, nous leur trouverons une très-grande analogie. Ce sont en grande partie les mêmes espèces, dont plusieurs se rencontrent aussi dans l’éocène d’Angleterre (lie de Wight) et d’Allemagne. Elles étaient