FAUNE. FLORE
donc répandues sur une grande partie du continent d’alors, et donnent à la faune de cette époque un cachet particulier. Il est intéressant d’observer.que les fossiles d’Egerkingen, par exemple les Lophiodon, sont semblables à ceux du calcaire grossier de Paris, tandis que les mêmes animaux du Mauremont et de Grossgosgen ressemblent à ceux du gypse parisien. Comme ce dernier appartient à l’étage supérieur de la formation éocène, et que le calcaire grossier au contraire fait partie d’un des étages inférieurs, il est très-probable que les fossiles d’Egerkingen appartiennent à une époque plus ancienne que ceux des autres localités; de même, les animaux marins de la formation] nummulitique de nos Alpes reproduisent les faunes de plusieurs subdivisions de l’époque éocène.
Une faune aussi variée, et presque toute composée d’Herbivores, dénote une riche végétation. Dans notre pays, celle-ci n’a laissé à peu près aucun vestige, ou du moins elle se dérobe encore à nos recherches. Les houilles seules de la formation nummulitique dont nous avons parlé plus haut nous fournissent quelques observations pour ce qui concerne le territoire de nos Alpes actuelles ; le docteur Grepin a de plus découvert dans le bohnerz de Delsberg quelques graines de Cliara qui accusent la présence de la végétation dans le Jura. Ces Cliara appartiennent à 3 espèces. L’une, le Ch. helicteres Br. a des fruits courts ovales et relativement gros; une seconde, Ch. Grepini Hr., fig. 150, p. 313, se fait remarquer par les petites vernies délicates dont ses fruits sont couverts. Les mêmes formes se retrouvent dans l’éocène de l’ile de Wight. Ces graines nous disent que le fond des eaux douces du Jura éocène était tapissé du vert gazon des Characées tel que nous le voyons encore de nos jours ; notre flore ne possède néanmoins aucune espèce à fruits verruqueux.
Toutefois ces plantes ne nous fournissent aucune donnée sur la flore terrestre de cette époque ; c’est seulement dans quelques localités étrangères à notre Suisse que les traces de cette flore nous ont été conservées. On en trouve par exemple au Monte Bolca, en Provence, dans les anciens lignites de la Saxe et dans l’Ue de Wight.
FORMATION ÉOCÈNE EN SUISSE
Le Monte lîolca faisant partie du même massif que nos Alpes, nous sommes autorisés à croire que pendant l’éjioquc de notre mer nummulitique ces localités possédaient la même flore qui est exhumée maintenant des roches calcaires du même Monte Bolea. Elle a plusieurs points communs avec celle de la craie supérieure, mais elle a un autre cachet. Les Fougères, qui étaient encore très-abondantes dans la craie, sont devenues rares, et les Cycadées ont complètement disparu ainsi que la plupart des Gymnospermes qui, bien qu’abondantes encore, ne jouent plus le rôle prépondérant. Le caractère général est. encore indo-australien ; cependant les types de la Nouvelle-Hollande sont moins dominants et s’accusent par des Myrtes et des Sandals plutôt que par des I’roteacées. — La faune des Poissons qui hantaient ces côtes possède, ainsi que la flore terrestre, des types tropicaux. Les rivages de la mer étaient couverts d'arbres feuillus et de buissons toujours verts. Les Figuiers à feuilles épaisses, semblables à celles du Figuier à caoutchouc des Indes (Ficus elastica), les Eucalyptus à longues feuilles, les Myrtes à feuilles coriaces et les Sandals se mêlaient aux Gaïacs et aux Savonniers à feuillage penné, aux Drepanocarpus et aux Pterocarpus, dont les feuilles pennées nous sont parvenues ainsi que leurs gousses tordues en spirales. Les Cæsalpinia épineux qui étalaient leurs feuilles délicates et bipennées devaient faire un contraste frappant avec la Grevillea, les Hakea, les Dryamlra à feuillage raide et les Leptomeria presque dépourvus de feuilles.
Ces derniers genres formaient probablement avec le Zizyphus antiquus Hr. et l’Aralia primigenia le sous-bois des forêts, tandis que les Porana, Bignonia et Jacaranda, ces belles plantes grimpantes, enguirlandaient sans doute les arbres et les buissons, semblables en cela à leurs congénères actuels des tropiques. Les Palmiers ne manquaient pas non plus; mais on n'a trouvé que les feuilles d’un petit Palmier éventail, quelques spathes et des fruits semblables à ceux du Cocotier. Le Monte Bolca était habité par un Serpent géant de la même dimension que celui de notre Jura éocène.
RKCAPITULATION.
Les argiles blanches d’Alumbay dans l’tle de Wight renferment une flore analogue à celle du calcaire de Monte Iiolca, et je me souviendrai toujours avec joie du jour (1er octobre 1861) où j’eus le privilège de retirer de leur tombeau de pierre les témoins de ces âges primitifs. En voyant étalées devant moi les grandes feuilles de Figuiers et de Lauriers, le feuillage déchiqueté des Aralia (A. primigenia), les feuilles dentées des Chênes verts et des Dryandres, les fins rameaux de l’arbre du Mammouth et les pinnes délicates des Cassia et des Cœsalpinia, je me reportais involontairement à ces temps reculés où ces arbres et ces buissons couvraient en abondance les rivages de la mer. Le bruit imposant de la mer lançant ses vagues immenses dans la baie solitaire entourée de hautes falaises complétait l’illusion ; il me semblait que j’assistais à une scène de l’époque éocène. Les mêmes scènes se produisaient aussi chez nous dans ces temps reculés.; et pendant que je contemplais ainsi l’immense étendue de l'Océan, il me semblait que j’étais au bord de la mer qui autrefois baignait notre Suisse, et que j’étais entouré de ces forêts merveilleuses dont l’eau transparente reproduisait l’image.
HÉCAPITU1.ATION.
Nous avons examiné en premier lieu les ardoisières de Glaris, parce qu’elles sont, dans notre pays, la formation la plus connue de l’époque éocène ; nous nous sommes efforcés ensuite de déterminer leur place géologique et d’étudier toutes les autres formations qui se sont déposées pendant cette époque. Nous avons vu que cette période est liée à la craie et qu’elle a reçu le nom de période éocène ou tertiaire inférieur, car partout où ses couches sont restées dans leur position naturelle, les dépôts marins y reposent immédiatement sur la craie supérieure , et les animaux qu’elles renferment offrent la plus grande ressemblance avec ceux qui appartiennent à l’éocène d’autres pays. Les gisements les plus riches de cette époque se voient dans les environs de Paris, de Londres et dans l’ile de Wight, et là, comme on pouvait s’y attendre, ils ont été étudiés avec le plus grand soin. C’est à eux que nous devons les renseignements
FORMATION KOCÈNE EN SUISSE
les plus précis sur la succession exacte des couches et de leurs débris organiques. On a classé ces nombreuses couches en trois groupes désignés sous les noms de : Êocène inférieur, moyen et sttpérieur. Au premier appartiennent les couches argileuses qui forment le sous-sol de Londres (Londonthon) ; à l’éocène moyen on rapporte les dépôts de sable et d’argile très-étendus dans le sud-est de l’Angleterre et surtout dans nie de Wight ; ils sont connus dans la localité sous les noms de : Bagshotsand et Brackleshatnbcd ; le calcaire grossier de Paris qui a fourni la plupart des matériaux de construction de cette ville fait aussi partie de cet étage. L’éocène supérieur comprend les argiles et les sables de Barton et de l’île de Wight, qui sont si riches en pétrifications, et les dépôts de Bembridge qui en forment la couche supérieure. C’est à cet étage que se rapportent les gypses de Montmartre du bassin de Paris, tandis que les sables de Beauchamp correspondent aux couches de Barton.
Si nous comparons maintenant nos dépôts éocènes avec les formations françaises et anglaises de la même époque, nous en tirerons les conclusions suivantes :
1° La faune nummulitique des cantons d’Unterwald, Schwvtz (Yberg, etc.), Saint-Gall, Appeneell et les Mammifères d’Egerkingen sont de la même époque que le calcaire grossier de Paris, et appartiennent, par conséquent, à l’éocène moyen ;
2° La faune nummulitique de Kalligstocke représente le sous-étage inférieur (le bartonien) de l’éocène supérieur;
3" La faune des Mammifères du Mauremont et d’Obergosgen concorde avec celle des gypses de Paris, et appartient à l’éocène supérieur.
D’après le professeur Eseher de la Linth, les schistes à Fucoïdes d’Yberg, reposant sur les gisements à Nummulites, doivent être plus jeunes que ces derniers; de plus, ils ont dû être déposés pendant l’éocène. supérieur et sont contemporains soit du bartonien, soit du gypse de Paris. D’après ce qui précède, nous pouvons dresser le tableau suivant qui résume la période éocène :
RÉCAPITULATION