‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 121 sur 244 · FORMATION OU NAGELFLUH BIGARRÉ · texte numérisé non relu

FORMATION OU NAGELFLUH BIGARRÉ

Suisse subit des modifications si importantes qu’il est fort difficile de se faire une idée exacte de la forme qu’elle avait alors. Il en est de même de la chaîne du Jura; elle devait certainement exister pendant le miocène, car les dépôts marins de cette époque ne se voient qu’à sa base; mais puisque la mer ne pénétra que dans quelques fiords comme ceux de Delsberg et de la Chaux-de-Fonds, et que pendant les derniers temps mollassiques les eaux venant des Vosges par I’orrentruy et Delsberg arrivaient jusque dans notre baie alpine, le Jura devait avoir une tout autre configuration que de nos jours.

L’énorme production de nagelfluh et l’introduction dans ce poudingue de roches étrangères aux localités voisines sont des circonstances trèsremarquables, qui ont beaucoup occupé les savants en donnant lieu aux hypothèses les plus diverses *. MM. Studer et Escher supposent que le long de la lisière nord des Alpes il y avait une série de collines se composant .de granit bigarré, de porphyre, de serpentine et de schistes métamorphiques; on en voit de telles dans le pays montagneux qui court le long du versant sud des Alpes entre Lugano et Ivrée. Lors de l’exhaussement des Alpes, ces collines se seraient effondrées ; leurs roches brisées et dispersées par la violence du ressac auraient fourni les cailloux roulés dont est composé le nagelfluh bigarré.

Studer pense que le gros gravier fut rejeté par les vagues le long des côtes où se forma le nagelfluh, taudis que la vase et le sable plus fin donnèrent la mollasse et la marne. L’existence de langues de terre, d’iles et de torrents alpins peut expliquer l’importance qu’a prise le nagelfluh dans l'Emmenthal et le Toggenburg.

Les contre-forts granitiques que nous venons de supposer peuvent s’ être fendus par une déchirure qui se serait produite parallèlement au bord des Alpes, ce qui aurait augmenté la profondeur de la mer; les roches purent dès lors s’accumuler sur une grande épaisseur. Plus tard,

• Voyez Studer, «Monographie der Mollasse, * p. 159, et « Ucologie der Schweiz, » 11, p. 387. Léopold de lluch pensait que les cailloux roulés du nagellluli étaient sortis du sein de la terre.

LA MOLLASSE DE LA SUISSE

par une pression venue de l’intérieur des Alpes, les roches calcaires auraient été poussées latéralement, et auraient glissé sur les terrains des côtes. Les bancs de nagelfluh, brisés par cette pression, s’affaissèrent et les derniers restes des contre-forts granitiques tombèrent au fond des eaux et furent recouverts par une niasse calcaire.

11 est difficile de supposer que les roches étrangères du nagelfluh proviennent de la Forêt-Noire, car dans ce cas le nagelfluh jurassique devrait en renfermer une proportion plus grande que le nagelfluh du voisinage des Alpes, et c’est le contraire qui a eu lieu. Nous devons donc admettre que ces roches proviennent de hauteurs et de chaînes de collines qui sont détruites maintenant. Il me semble cependant que ce fait se rattache à d’autres phénomènes auxquels j’ai fait allusion plus d’une fois, et qui nous fourniraient, du moins en partie, la solution de la question.

Nous avons vu que les faunes de la mer jurassique et de la crétacée (p. 201 et 220) avaient un caractère un peu différent dans l’est que dans l’ouest de la Suisse, et que la propriété même des roches du jura blanc (p. 194) et des montagnes nummulitiques (p. 309) se modifiait à partir de la ligne que nous avons tirée de Bille au Saint-Gothard. Nous avons cherché à expliquer ce fait par le détroit qui a dû exister entre les promontoires de la Forêt-Noire et l’ile alpine (du Wetterhorn à la lteuss). Si nous supposons maintenant que la chaîne de la Forêt-Noire se soit avancée jusque dans les environs de Napf, nous comprendrons très-facilement, me semble-t-il, les faits précédents pour ce qui concerne la Suisse moyenne.

Pendant l’époque jurassique et la crétacée, cette partie de notre pays avait été recouverte par la mer ; mais à la suite du soulèvement général de la contrée, la mer aquitanienne s’en retira. C’était alors un pays montueux dont les sommets étaient recouverts de grès et de roches jurassiques.

Si nous admettons maintenant que la destruction et la dispersion de ces collines furent l’ouvrage des eaux du 3“° et du 4“' étage, et qu’elles

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