‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 120 sur 244 · MEUS ET CONTINENTS · texte numérisé non relu

MEUS ET CONTINENTS

se développèrent ; plusieurs d’entre eux furent recouverts de limon et de sable, et les végétaux se transformèrent en lignites. Des pluies torrentielles dont l’écoulement n’était pas réglé inondèrent le pays et entassèrent dans l’est de la Suisse les masses énormes de sable et de gravier dont nous avons parlé plus haut. Toutefois, dans cette partie de notre Suisse, les eaux douces envahirent les golfes précédemment occupés par l’eau salée, principalement dans le haut Toggenburg et dans les cantons ' de Zurich et de Thurgovie ; mais ces réservoirs étant peu profonds, l’eau dans la plupart fut promptement remplacée par la tourbe ; c’est ce que prouvent les lignites de la mollasse d’eau douce supérieure. Nous en rencontrons près de Kâpfnach, dans les environs de Wetzikon, au Bachtel, dans la vallée supérieure de la Tiiss, près d’Elgg et d’Herdcren, ainsi que près de Wyl et de Niederutzwyl. Ces lignites sont recouverts de bancs de sable et de marne qui atteignent à l’Albis une épaisseur d’environ 1000 pieds; ces dépôts se formèrent dans l’eau, ainsi que l’attestent les graines de Chara et les Mollusques aquatiques recueillis à Falletschen et à Schwamendingen. Il a donc fallu, pour opérer de tels engravements, que le niveau des lacs s’élevât beaucoup; on peut attribuer ces crues lentes mais considérables à l’encombrement des embouchures.

Pendant la formation de, la mollasse subalpine, la mer était en communication, par la Bavière et la France immergées, avec la mer orientale et la Méditerranée ; le manque absolu de mollasses marines de l’helvétien dans les environs de Bâle et en Alsace montre que la mer n’allait pas jusque dans ces contrées, et qu’aucun cours d’eau ne s’y rendait. Il est donc fort probable que, pendant le miocène supérieur, le bassin suisse fut mis en communication directe avec celui de Bavière et lui envoya ses eaux. Plus tard, soit que les issues par lesquelles s’écoulaient nos eaux suisses eussent subi un soulèvement, soit que le lit des courants eût été barré, le niveau de ces eaux s’éleva beaucoup et cela durant un temps considérable ; c’est ainsi qu’on peut expliquer comment les couches de lignite de notre mollasse supérieure furent ensevelies par des masses de sable, et que par places, bien au-dessus de ces lignites, le sol

LA MOLI.AS8E UE LA SUISSE

devenant marécageux conserva dans la marne et le grès une si grande quantité de débris végétaux.

Lorsque la plus grande partie de cette mollasse se fut déposée, il survint à Ocningen une éruption volcanique, qui eut pour résultat la formation d’un bassin lacustre; on peut observer les traces d'un phénomène semblable dans la chaîne du Jura près du Locle. Le calcaire blanc amené par Jes rivières et qui se déposa dans le fond du lac couvre maintenant la vallée. Les Vosges virent jaillir un fleuve dont il est facile de suivre le cours par Belfort, Porrentruy, Delsberg, jusque dans le cantou de Soleure. Ce courant donna par places une certaine polissure aux roches jurassiennes, et entraîna avec lui une grande quantité de débris. Dans les environs de Delsberg, et spécialement dans le Bois de Itaubc, le sol est recouvert de cailloux roulés, parmi lesquels on peut reconnaître 23 espèces de roches vosgiennes. Une dent de Dinothérium, que renfermait ce dépôt, fixe son origine au cinquième étage delà mollasse. Dans le Sundgau et jusque dans les environs de Bâle, on trouve des gisements semblables qui proviennent fort probablement des Vosges, et nous révèlent qu'autrefois dans cette localité les eaux coulaient du nord au sud, et que notre bassin tertiaire avait un écoulement dont la direction est toute différente de celle qu’il a aujourd'hui.

Les dépôts de roches et de sable du pays mollassique nous révèlent donc en partie les dispositions et la constitution du sol à cette époque reculée ; mais ils ne jettent aucun jour sur l’aspect que devaient avoir nos Alpes actuelles. Nous pouvons dire seulement qu’elles dominaient le pays mollassique, car nulle part la mer de cette époque n'y pénétra.

Les premières périodes géologiques que nous avons étudiées nous ont fait connaître la présence d’un continent situé dans la direction des Alpes centrales. Pendant les soulèvements qui survinrent plus tard, ce noyau cristallin s'accrut au nord et au sud par l’adjonction des dépôts jurassiques d’abord, ensuite de ceux du crétacé et de l’éocène. Dès lors, ce continent fut non-seulement agrandi comme périmètre, mais il atteignit une hauteur considérable. Nous verrons plus tard que cette partie de notre

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