‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 124 sur 244 · NOMBRE DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

NOMBRE DES ESPÈCES

La Suisser comme nous l’avons vu, n’a conservé que peu de plantes éocènes ; il faut donc pour connaître cette flore nous adresser soit à l’Italie, soit à l’Angleterre. Il en est tout autrement pour la flore miocène. Pendant cette époque, il a été enfoui une telle quantité de plantes, et par places elles sont si bien conservées qu’elles permettent une étude approfondie du monde végétal de cet âge reculé. Il n’y a pas sur le globe de pays exploré par la science qui soit plus riche en espèces miocènes que notre petite Suisse ; sa flore nous révèle ce que devait être le splendide tapis de fleurs qui ornait autrefois l’Europe centrale. Nous verrons, en étudiant les végétaux tertiaires, qu’ils avaient une grande analogie avec la flore actuelle.

Nous connaissons jusqu’à présent 80 localités différentes où l’on a recueilli des plantes de la mollasse ; dans plusieurs, il est vrai, on ne

LA FLORE DE LA MOLLASSE

rencontre que quelques espèces, mais dans d’autres elles sont fort nombreuses. Les plus importantes sont : Monod, avec 193 espèces ; la Paudèze, 49; les environs de Lausanne, 96; Delsberg, 32; Locle, 140; Ralligen, 34; Eriz, 68; Aarwangen, 28; le Hohe-Rhonen, 142; l’Albis et l’irchel, 60; le Ruppen,24; laSchrotzburg,78, et Oeningen avec 465. — En tout, je connais 920 espèces recueillies en Suisse *. Il faut rappeler que ces plantes se trouvent dans le terrain mollassique, qui occupe environ V, de la superficie de notre pays.

Les régions occupées maintenant par nos Alpes étaient alors couvertes sans aucun doute de végétation, mais il ne nous en est rien parvenu. Il y eut probablement aussi dans ces parages des lacs d’eau douce qui reçurent des débris organiques; mais jusqu’ici on n’en a retrouvé aucune trace. Dans le Jura cependant, près du Locle, il y avait pendant l’époque œningienne un lac dont la vase calcaire nous a transmis une riche flore.

Les localités que nous venons de mentionner, célèbres pour leurs gisements de végétaux miocènes, seront pouf ainsi dire autant de sentiers qui nous conduiront dans les marais et les forêts vierges de ces temps reculés et nous révéleront leurs trésors. Ne perdons pas de vue cependant que, pour le moment, nous ne pouvons embrasser dans nos recherches qu’un espace fort restreint; nous ne rencontrerons que quelques points où la lumière se soit faite, car la majeure partie est recouverte d’une couche de grès qui jette un voile épais sur le monde organique de cette époque, et ce n’est que petit à petit qu’il nous sera donné de le déchirer. Nous devrons tenir compte de la petitesse de notre champ d’observation lorsque nous comparerons, pour le nombre des espèces, la flore miocène avec la flore actuelle dont toutes les richesses nous sont connues. Cette comparaison nous révélera qu’alors la flore de notre pays était beaucoup plus riche que de nos jours.

* Je les ai décrites et figurées dans ma Flore tertiaire de la Suisse. 3 vol. in-fol. Winterthur, chez Wurster et C% 1855-1859.

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