NOMBRE DES ESPÈCES
La Suisse possède actuellement à peu près 2100 plantes phanérogames. Sur ce nombre, V, sont herbacées, et •/, seulement ligneuses. En réunissant même les flores de Suisse et d’Allemagne, on n’obtient pas plus de 3G0 espèces ligneuses, c’est-à-dire 11 % de la flore entière. Nous connaissons en revanche 533 espèces de végétaux ligneux de la flore mollassique suisse (291 arbres et 242 arbrisseaux) et seulement 164 espèces herbacées phanérogames. En y ajoutant les Cryptogames, on arrive à un total de 214 espèces herbacées. — Les végétaux ligneux forment donc 76 % <1° cette flore; ils se répartissent entre 64 familles. Nous voyons par là qu’autrefois notre pays était très-riche en essences forestières, ce qui se comprend par le fait que partout où les végétaux rencontrent des conditions favorables et où la nature est laissée à elle-même, la végétation ligneuse prend le pas sur la végétation herbacée. Je cite seulement, comme exemple, les contrées boisées de l'Amérique, telles que les bassins de l’Orénoque et de l’Amazone, où l’on voit une région boisée douze fois plus grande que l’Allemagne. Notre pays même durant les temps historiques était en grande partie couvert par les forêts qui disparurent petit à petit devant l’agriculture.
La faune entomologique mollassique se compose en grande partie d’insectes lignivores qui confirment ainsi cette prédominance de la végétation forestière.
Il ne faut cependant pas conclure de ce qui précède que les plantes herbacées qui forment nos pâturages fleuris n’existaient pas. On les retrouve aussi dans les forêts de l’Amérique, mais l’obscurité des bols les porte à s’élever au-dessus des arbres ; elles s’y trouvaient déjà sans doute il y a mille ans représentées par toutes les espèces sauvages que nous voyons chez nous, mais le nombre des individus était plus restreint. Plus il y eut de défrichements, plus la végétation herbacée s’étendit et prit possession du sol, non par l’apparition de nouvelles espèces, mais probablement par l’augmentation du nombre des individus. Les tribus herbacées se font remarquer maintenant par l’abondance des individus, tandis qu’autrefois c’était par la variété des espèces.
LA FLORE DE LA MOLLASSE
Cela rend assez vraisemblable l’idée que pendant l’époque tertiaire les plantes herbacées étaient fort bien représentées et possédaient plus d’espèces que les végétaux ligneux. Cependant, nous ne pouvons appuyer cette hypothèse de preuves irrécusables. Le peu de consistance des plantes herbacées et surtout la manière dont elles perdent leurs feuilles ont dû mettre obstacle «à leur conservation comme fossiles.
La plupart des herbes qui nous sont parvenues appartiennent aux végétaux qui habitent les eaux et les marécages; ce sont des Cypéracées, des Potamogéton, des Typhacées, des Nymphæaeécs et des Hvdrocharidées, dont les feuilles pouvaient plus facilement se déposer dans la vase que celles des plantes terrestres. D’autres sont arrivées jusqu’à nous parce que le vent entraînait leurs semences dans l’eau ; ce fut le cas de nombreuses Composées, Medicago et Poranées.
La faune entomologique nous révèle indirectement l’existence de nombreuses espèces herbacées, car la vie de beaucoup d’insectes est liée à des plantes déterminées. Quoique les espèces d’insectes de l’âge mollassique soient différentes de celles de nos jours, elles sont cependant fréquemment si voisines de ces dernières qu’elles autorisent de semblables déductions. Ainsi une Galeruca d’Oeningen (G. liuclii Hr.) implique la présence des Potamogéton ; une élégante petite Monanthia (M. Wollastoni Hr.) nous parle de Myosotis; une Syromastes (S. coloratus Hr.) nous dit qu’il y avait des Rubus ; l’Heterogaster tristis Hr. constate l’existence d’Orties ; le Pachymerus oblongus Hr. vivait probablement sur les Vipérines (Ecliium), la Clythra Pandora Hr. sur un Trèfle, le Cassida Hermionc Hr. et un Glaphyrus sur les Chardons, un Cionus sur les Scrophularia. D’autres Insectes accusent des prairies émaillées de fleurs ; les Syrphes, les Authomyes, les Malachius brillaient sans doute au soleil, tandis que les Bourdons et les Abeilles d’Oeningen, ainsi que leurs congénères actuels, butinaient le suc des fleurs. Les Coprophages nous annoncent de riches pâturages. En visitant vers la fin du jour les pâturages fréquentés parle bétail, on voit les airs foisonner d’insectes qui ont passé la journée sur les engrais dont ils tirent leur subsistance ;