I. LES MQLLUSQUES
Les Univalves qui ont vécu dans nos forêts primitives, ainsi que les Bivalves qui peuplaient les ruisseaux et les lacs appartiennent tous à des genres vivants. — Les espèces sont presque toutes éteintes et leurs proches parents habitent exclusivement des pays étrangers. Les Hélix forment comme maintenant le genre le plus riche, mais aucune espèce n’atteint la grosseur de notre IléUx des vignes (Hélix pomatia L.). Une des espèces les plus communes de notre mollasse inférieure est l’Helix Ramondi Br. (fig. 201); elle est très-voisine de l’H. Bowdichiana Fer., dont les coquilles se trouvent par millions dans les sables de Caniçal, à Madère et à Porto-Santo. — Sur la langue de terre de Caniçal j’ai vu une certaine étendue de pays complètement couverte de ces coquilles (avec beaucoup d’autres espèces), si bien qu’à chaque pas on en écrase un grand nombre; par places elles sont couvertes de sable. Évidem-
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ment elles se sont accumulées pendant une longue période dans une baie lacustre; puis elles ont été recouvertes de sable et de boue; mais elles ont conservé leur forme, n’étant soumises à aucune pression. C’est de la même manière que se sont conservés les amas de coquillages qu’il n’est pas rare de rencontrer dans notre marne miocène de la Paudèze, de Delsberg, Schwamendingen, Frauenfeld, etc.; cependant ceux-ci ont été écrasés sous la pression exercée par les masses de pierres qui les recouvrent, en sorte qu’on peut rarement les déterminer.
Kit’. 197 Fig. 198. Fig. 21». Fig. 203. Fig. 201.
Fig. 199. Fig. 201. Fig. 202.
Fig. 197. Melania Escheri Brongn. ; a. de Micbelsberg près d'ülm ; b. des marnes carbonifères de Kapfnaeh. — Fig. 198. Limneus pachygaster Ph. de Veltheim. — Fig. 199. Cyclas Escheri K. Mar. de la Schrotebnrg. — Fig. 200. Pupa Buchwalderi Grep. gros*. 3 fois, de Delsberg. — Fig. 201. Hélix Ramondi Br. — Fig. 202. Çelix sylvestrina Zicfc. Delsberg. — Fig. 203. Planorbis solidus Th. — Fig. 204. Glausilia maxima Giat. entre Ferrach et Küti.
L’Helix Ramondi, ainsi que l’H. indexa Mart. qui se rencontre à Delsberg, est proche parente d’une espèce des lies atlantiques; tandis que l’II. sylvestrina Ziet. (fig. 202), l’espèce la plus commune de notre mollasse, ainsi qu’une espèce voisine également très-commune, l’H. moguntina Desh., rappellent les formes européennes de l’H. sylvatica et splendida Drap. La première est si bien conservée à Vermes (dans le Delsberg) qu’on peut reconnaître encore les 3 ou 5 lignes foncées qui se dessinent sur la coquille. On distingue également sur l’H. rugulosa Mart.. si commune dans la vallée de Delsberg, les 4 bandes
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
colorées de la coquille. — Cette espèce a de proches parents dans l’Inde occidentale et dans le nord de l’Amérique: ce sont l’H. elevata Say et H. pensylvanica Green. De même l’H. ehingensis Kl. (de Delsberg) et l’H. osculum Th. se rapprochent de l’H. Berlanderiana Mor., espèce du Texas ; la grande II. insignis Schübl. , commune dans la vallée de Delsberg, peut être comparée à une forme de l’Afrique occidentale parente de TH. rosacea Midi. Les Hélix sont abondantes dans notre mollasse et apparaissent partout où se trouvent des plantes. Nous en trouvons même 1 1 espèces dans la mollasse marine où elles ont été amenées par les ruisseaux, et où elles sont mêlées à des animaux marins.
Les espèces du genre Dolium et les Clausilies étaient beaucoup plus rares, tandis que ces dernières avec leur charmantes petites coquilles se voient en grand nombre aujourd’hui broutant les mousses qui couvrent les arbres et les rochers, et recherchant les endroits secs et exposés au soleil.
Cependant, on trouve à Vermes et à Tramelan deux espèces de Pupa : P. accuminata Kl., et P. Buchwalderi Grep. (fig. 200) et une très-grosse Clausilie, Cl. maxiraa Grat. (fig. 204) qui a été recueillie dans plusieurs localités de notre pays : dans la marne de Barctschweil entre Ferrach et Rüti, et à Unterdevelier, où se rencontre une seconde grande espèce, la Clausilia antiqua Schübl.; la première rappelle une espèce chinoise, la Cl. schanginensis Pfr., et la seconde une espèce javanaise.
Dans les ruisseaux et les lacs de notre pays mollassique il y avait des Unio et des Anodontes, des Cvclas, des Planorbes, des Limnées, des Paludines et des Néritines dans la même proportion qu’aujourd’hui en Suisse. Quelques espèces par exemple : le Neritina fluviatilis L. et Paludina tentaculata L. vivent encore dans nos eaux, tandis que les autres espèces sont éteintes. Parmi les Bivalves la plus grande en même temps que la plus commune est PUnio undatus Humb. Elle commence à l’aquitanien, continue jusqu’à l'œningien et ressemble beaucoup à PUnio rugosus Lea, d’Amérique. Nous la rencontrons dans de nombreuses localités, entre autres: Brullée au-dessus de Lutry, Itüdholz près de Soleure,
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Küttigen près d’Aarau, Dettinghofen près d’Eglisau, Sitterwald dans le canton de St-Gall, Stein, Berlingen, Steckbornet Wangcn près d’Oeningen ; en effet elle appartient à plusieurs des étages mollassiques ; mais les Anodontes n’ont été rencontrés jusqu’ici que dans l’étage supérieur de la mollasse. Une espèce, l’Anodonta Lavateri Münst. sp., se trouve en si grande quantité dans une couche d'Oeningen, que cette couche a reçu le nom de Krotoischüssdsch icld (couche à Bufonites). J’ai recueilli cette espèce aussi dans les marnes de la Schrotzburg, où il s’en trouve une autre plus petite, plus large et plus arrondie aux extrémités, l’Anod. Heerii May. ; elle a été également observée près de Spreitenbach. Dans la même localité de la Schrotzburg, j’ai trouvé une jolie Cyclas nouvelle : C. Escheri May. (fig. 199), qui se rapproche de l’espèce vivante: C. lacustris.
Parmi les Escargots d’eau douce, les Limnées étaient les plus communes ; par places, elles gisent en quantités innombrables, mais sont fréquemment très-aplaties par la pression. La plus commune des espèces turriculées est le Limnæus pachygaster Thom. (fig. 198) qui se rencontre dans la mollasse inférieure, à Rufi et dansl'helvétien et l’œningien, près de Zurich, Veltheim, Steckboru et Oeningen. Elle ressemble beaucoup à une espèce du Gange, le L. amygdalum Trosch.
Les Planorbes sont représentées par une demi-douzaine d’espèces parmi lesquelles le grand Planorbis solidus Thom. (fig. 203) est le plus répandu ; nous le rencontrons dans les environs de Zurich (près de Schwamendingen, au Faletschen, dans le Stockentobel), à Kapfnach, dans le Turbenthal, près de Steckbom, etc.; il a comme proche parent une espèce vivant dans les Indes occidentales et au Mexique, le PI. tumidus L. Le PI. declivis A. B. de Delsberg et du Locle ressemble au PI. kermatoides Orb. du sud de l’Amérique.
Parmi les petites Néritines, outre la Neritina fluviatilis, quatre espèces éteintes vivaient dans nos eaux; ce sont: les N. picta Fer., N. Grateloupana Fer., N. Linthæ May. et N. Heerii May. — Dans le troisième étage, une petite espèce de Valvata, la V. multiformis, et dans le qua-
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trième et le cinquième, une Paludine, la P. acuta Drap, se trouvaient dans notre pays, la dernière par milliers. Notre collection possède 3 espèces de Melanopsis parmi lesquelles la M. Kleinii Kurr. (fort abondante) est très-voisine de la M. prærosa L. de la zone méditerranéenne.
A ces genres appartenant à notre faune européenne il faut ajouter le beau genre Melania, qui est exotique. Le M. Escheri Br. (fig. 197) a été trouvé, il y a bien des années déjà, par M. C. Escher de la Linth à Kâpfnach, et depuis il a été recueilli dans presque toutes les formations miocènes d’Europe. 11 commence déjà avec l’éocène supérieur (dans le bartonien de Iialligstocke) et on peut le suivre jusque dans l’œningien. Il semble originaire de notre pays, d’où il s’est probablement répandu dans l’est de l’Europe pendant la mollasse supérieure. Mais ces congénères, les M. varicosa Trosch. et M. pulchra Busch. habitent les fleuves de l’Asie tropicale.