‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 17 sur 244 · FLORE HOUILLÈRE. — SIGILLAIRES · texte numérisé non relu

FLORE HOUILLÈRE. — SIGILLAIRES

arbres pan’enus à leur plein développement). On trouve quelquefois des gisements entiers de houille de Stigmaires sans un seul tronc de Sigillaire, ce qui permet de croire que, dans certaines circonstances, ces végétaux ont vécu ainsi pendant une longue période, comme cela arrive à plusieurs Cryptogames et Palmiers de nos jours. On peut admettre que, tant que les Sigillaires furent environnées d’eau, leur tronc présenta cette forme stigmarienne, mais que plus tard, quand les Stigmaires purent prendre pied, grâce à un dépôt de limon, ces végétaux poussèrent de hautes tiges. Les fruits des Sigillaires, formés d’une petite capsule, se trouvent à la base élargie des bractées (fig. 1 d, section d’un de ces fruits avec les graines). Plusieurs de ces capsules réunies autour d’un axe commun forment -un cône (fig. le). Les petites graines ont été quelquefois conservées et se trouvent en quantité considérable dans ces capsules (fig. 1 c fortement grossie).

Deux espèces seulement de Sigillaires ont été observées dans nos contrées. L’une (Sigillaria Doumaisii Dr. fig. 1) a été découverte dans un bloc erratique au-dessus de Valorcine. Les cicatrices disposées en lignes sont tellement rapprochées les unes des autres qu’elles se touchent, et que les feuilles durent former au sommet du tronc des touffes trèsfournies; quant à l’autre espèce, on n’en a trouvé jusqu’ici que les racines, appelées auparavant Stigmaria ficoïdes. Cette dernière, une des plus répandues en Europe et en Amérique, a beaucoup contribué sous sa forme stigmarienne à la production des houillères. Dans notre pays ces végétaux sont rares; on en rencontre seulement du côté de Taninge; cette rareté expliquerait peut-être l’exiguïté de nos gisements d’anthracite.

Les Lepidodendron (fig. 2) sont aussi étrangers que les Sigillaires à la flore actuelle; comme chez celles-ci l’écorce a une apparence élégante; on dirait qu’ils ont été recouverts d’écailles régulières, serrées, de forme rhomboïdale, elliptique ou hexagonale.

Il faut considérer ces écailles comme les coussinets des feuilles, et la verrue rhomboïdale qui se trouve tantôt au milieu, tantôt à la partie supérieure, comme le point d’attache.

8 LK TERRAIN CARBONIFÈRE EN SUISSE

Fig. J.

Lepidodendron Veltheimianum s i . ■ 1 1 1 1 1 . a i. " .K- tr.iuc d’t 'mre-ISiurc, *-< rci- sur In ] ai lie rnu. li.- ; b. rameau j.’tiup ; r nm r m (.tus ftpé . il. rêne. e. 'leur ia]..ulrs fnigi iVres placiiesi l'aisselle .les l.rnet.-es fcussunn.-es et à l.ase élarr'ie, gi-omic- , f. s;, un, fortement grossi.

Ile ces cicatrices partaient tics feuilles longues, raides, droites et rangées en faisceaux sur les rameaux. A l'extrémité du rameau se trouve un épi formé par de nombreuses bractées écussonnées qui étaient placées horizontalement (fig. 2 c) par rapport à l’axe, et portaient à leur base des fruits renfermant de nombreux petits spores (fi g. 2f). Le tronc des Lepidodendron était bifurqué, et atteignait une grosseur et une hauteur considérables; on conualt des troncs qui ont I J pieds de circonférence et plus de 100 de hauteur.

Ces arbres ont vécu dans notre lie pendant l'époque qui nous occupe, ainsi que le prouvent quelques morceaux de troncs et de branches trouvés à Üutre-Rhône (tig. 2 a) et au Col de Balaie. Ils appartiennent au Lepidodendron Veltheimianum Stb., qui était très-répandu dans les terrains carbonifères inférieurs dont il constitue un des principaux éléments. Cet arbre avait un tronc élevé, fortement ramifié, dont les branches grêles et longues (fig. 2 b) portaient de courtes feuilles serrées les unes contre les aut res. L'écorce était couverte de cicatrices allongées et elliptiques (fig. 2 a) ; au-dessous de ces cicatrices, le tronc était recou-

LEl'IDUDEKDKON. — CALAMITES.

vert de nombreuses verrues allongées; c’est pourquoi les morceaux de troncs dépouillés de leur écorce avaient une tout autre apparence. Les fruits se trouvent renfermés dans un cône petit et ovale (tig. 2 d d’après Geinitz).

De même que les Lycopodiacées, qui rampent dans nos bois, ne sont que des descendants nains des Lepidodendron de l'époque houillère, de même les Équisétacées d’aujourd'hui ne sont que des neveux rabougris des anciens Calamites, arbres d’une hauteur considérable. Ils avaient, comme nos Prêles, des troncs articulés et des branches verticillées, mais au lieu des gaines qui entourent nos l’réles, ces Calamites possédaient des verticilles de feuilles étroites, qui se retrouvent en grand nombre au milieu de leurs rameaux minces et longs. Les fruits ne sont pas placés à l’extrémité du tronc, mais fixés sur les rameaux en épis longs et souvent minces (fig. 5 b). Les troncs articulés et striés longitudinalement, la disposition des branches, et la forme verticillée des rameaux et des feuilles de ces arbres devaient présenter un aspect tout particulier.

Fig. 1 a. Calamites Cistii Br. d'Krbignon, */t gr. n&t. ; b. quelques côtes, gr. nat. ; c. morceau de rameau avec ses feuilles (Asterophvllites equisetiformis olitn). — Fig. 5 a. Cala* mites Suckowii Br. Base do tronc (d’apr. Brongniart); b. épi frugifôre.

LE TERRAIN CARBONIFÈRE EX SUISSE

J’ai reçu jusqu’à présent deux espèces de Calamites provenant d’Erbignon, d'Étahlon, du Col de Baline, de Servoz et de Taninge: le Calamites Suckowii (fig. 5) et le C. Cistii Br. (fig. 4). Ce morceau de tronc, provenant d’Erbignon, nous montre fort bien le caractère de cette dernière espèce chez laquelle les côtes du tronc sont plus étroites, et parcourues par une ligne saillante. La cicatrice de l’articulation indique la place où se trouvait une branche. C’était sur cette branche seulement que prenaient naissance les rameaux minces et garais de feuilles verticillées (fig. 4 c); j’ai reçu de Mont-du-Fer des rameaux semblables d’une longueur considérable. Pendant l’époque houillère, les Calamites de l’une et de l’autre espèce étaient répandus sur toute la surface de l'Europe et de l’Amérique, et se retrouvent en masses compactes. Ils occupaient probablement les bas-fonds marécageux. A côté de ces deux espèces fort connues, on rencontre encore à Taninge le Calamites Saussurii Hr. qui se distingue par ses petits faisceaux de feuilles et ses épis longs et minces (PI. I, fig. 9*).

Les Calamites sont de grandes Prèles arborescentes ; mais ce type de plantes était aussi représenté à l'époque carlwnitèrc par des formes herbacées, qui se séparent complètement des formes actuelles, et sont connues sous les noms d’Annulaires et de Sphénophylles. Elles ont aussi des tiges articulées, mais minces et herbacées, des feuilles verticillées qui, chez les Sphénophylles (fig. 8), sont cunéiformes, et le plus souvent dentées sur leur bord extérieur; par contre, elles ne sont jamais dentées chez les Annulaires, et se soudent à la base en forme d'anneau (fig. 7 b).

Les fruits sont placés dans de longs épis à l’aisselle des feuilles, et se composent de petites capsules rondes ; comme les rameaux sont disposés par paires, et que les feuilles se trouvent dans le même plan, il est probable que ces végétaux ont vécu dans l’eau, ce qui leur a donné cette disposition étalée ; du reste, leur tige longue et mince n’aurait pu s’élever perpendiculairement.

* Il faut probablement y rapporter l'Asterophylhtes delieatulus Sternb. sp.

CALAMITES. — ANKULAIKES.

Fig. 8.

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Fig. 8.

Fig. 7 b.

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