ACTUELLE
Mollasse de la Suisse
Oexinoex !
Salamandres
Grenouilles et Crapauds ....
l Sauriens
1 Crocodiles
Serpents
Tortues
«les pétrifications les plus remarquables de nos contrées. — Elle a été découverte pour la première fois il y a 138 ans à Oeningen et prise par J. -J. Scheuchzer pour < le squelette d'un homme noyé par le. déluge, » erreur que peut excuser en quelque manière le mauvais état de conservation du sujet et les notions imparfaites qu’on avait alors sur la structure anatomique de l’homme et des animaux. — On en a depuis lors retrouvé des exemplaires nombreux et fort bien conservés. La PI. IX, fig. 1 * en reproduit un très-complet ; il a le quart de la
(îessner avait déjà reconnu que cette pétrification n'était pas celle d'un homme, mais il la considérait comme celle d'un Poisson (Silure). En 1700, P. Camper lui assigna sa vraie place parmi les Reptiles; mais Cuvier le premier prouva scientifiquement sa proche parenté avec la Salamandre et la désigna sous le nom de Salamandre géante. Le Dr J. Tschudi la considéra comme un genre spécial (Andrias) qu’adopta Hermann de Meyer dans son remarquable ouvrage sur les Vertébrés d’Oeningen ; il donna à l’espèce le nom d'Andi ias Scheuchzeri. Van den Hœven a cependant démontré qu’on devait réunir cette espèce à un genre japonais. On peut également à peine la séparer des espèces américaines qu’Ilarlan avait déjà réunies sous le nom générique de Menopoma (Cryptobrnnchus Leok.). Elles ne diffèrent de l'espèce japonaise que par l’ouverture branchiale occipitale qui, chez elles, reste ouverte, tandis que chez celle-ci elle disparaît. Leurs squelettes ne présentent pas de différence.
* Cet exemplaire est un des ornements de la collection du Polytechnicum de Zurich.
LA FAUNE MOLLASSIQUE. •
grandeur naturelle. C’est un des plas jeunes sujets retrouvés à Oeningen, mais peu d’os manquent au squelette. Sa longueur totale est de 0",63 (c’est-à-dire plus de 2 pieds suisses) ; la tête a 0",077 de long sur CP,086 de large; la colonne vertébrale a 0“, 310 de long et la queue 0“,241. Cet animal avait donc une tête courte, large, très-obtuse antérieurement, avec des mâchoires garnies d’une rangée de petites dents. Les orbites sont grands et se prolongent en avant. — La colonne vertébrale est formée de vertèbres biconcaves munies chacune d’une apophyse latérale; les côtes qui en sont séparées sont courtes et amincies vers le bout. A la cinquième vertèbre commencent les membres antérieurs; l’omoplate est en forme de hache, le fémur, assez fort, a O", 32 de long, le tibia et le péroné sont parallèles et de longueur un peu inégale ; le pied est étendu, il se compose de 4 doigts qui sont un peu plus longs que le tibia, déduction faite des os du métatarse ; trois des doigts ont 2 phalanges, un seul en a 3, mais elles ne sont pas bien conservées aux deux pieds. — Les membres postérieurs étaient probablement reliés à la 21"' vertèbre, mais on ne peut le déterminer avec certitude, car les os du bassin sont en grande partie détruits ; ces membres paraissent avoir la même structure anatomique que les antérieurs, mais ils ont été dérangés. Nous savons par d’autres exemplaires que les pieds postérieurs avaient 5 doigts dont trois à 2 phalanges et deux à 3. La queue était longue et très-forte, on y compte 19 vertèbres auxquelles il faut en ajouter une qui touchait le bassin et qui est en partie détruite, et quelques autres du bout de la queue qui étaient rudimentaires. Le nombre total de ces vertèbres semble avoir été de 22, ce qui rapprocherait cette Salamandre de l’espèce vivante qui en possède 24. Les premières vertèbres de lajqueue sont remarquablement fortes et sont toutes pourvues d’apophyses. — Un second exemplaire fort beau, qui est dans notre collection (à Zurich), a une taille double de celle du précédent dans toutes ses proportions. — La base de la tête a O", 175 de large, la première vertèbre, 0",18de long, la 4m” jusqu’à la 6"', 0",22; la 7"' jusqu’à la 12"' 0",27 ; elles sont amincies vers le milieu et ont une arrête médiane assez accentuée. Ce Reptile pouvait
KEITILES.
avoir une longueur de lm,260 (plus de 4 pieds suisses). — Le Musée de NVinterthour en a reçu un exemplaire encore plus grand. — Le Cabinet d’histoire naturelle de Carlsruhe en possède un échantillon qui a 4 pieds de long. Ce sont les plus grandes espèces de Salamandres qui aient habité notre globe. Les espèces vivantes les plus analogues se trouvent au Japon et dans le nord de l’Amérique. — L’espèce japonaise (Andrias japonicus Tem. sp. PL XI, tig. 2) a un squelette à peu près identique à celui d’Oeningen, et peut par conséquent être considéré comme son homologue. La tête proportionellement un peu plus courte et un peu plus large (chez l’espèce vivante elle est un peu plus longue que large) et les doigts un peu plus allongés sont les seuls caractères qui permettent de distinguer l’espèce fossile de la japonaise. — L’espèce américaine a une forme de tête plus large et plus ramassée qui aurait plus de rapi>orts encore avec celle de l’espèce fossile ; mais en revanche la grandeur, et quelques parties du crâne, d’après M. Meyer, la rapprochent de l’espèce japonaise. — Elle atteint une longueur de 3 pieds, et vit dans les ruisseaux et dans les lacs du Japon méridional (entre les 34" et 36" lat. nord) à une hauteur de 4000 à 5000 pieds au-dessus de la mer. C’est un animal fort laid, avec de petits yeux et une peau d’un brun noirâtre plissée et verruqueuse. Dans les jardins zoologiques de Londres et d’Amsterdam où je l’ai vue, elle se tient immobile pendant la journée; c'est pendant la nuit qu’elle quitte l'eau et cherche sa nourriture qui consiste en petits Poissons, en Grenouilles et en Vers. — L’Amérique en possède deux espèces: l’une, le Menopoma giganteum Bart. sp., qui atteint une longueur de deux pieds, habite plutôt dans les Etats du Nord; l’autxe, M. fuscum, Holb. sp., le sud de la Caroline.
Ce type d’animal manque complètement en Europe, tandis que pendant l’époque miocène on y rencontrait deux espèces, celle dont nous venons de parler et une autre plus petite (Andrias Tschudii Myr.) découverte dans les charbons de Bonn. Cette dernière, par sa tête un peu plus allongée et plus étroite, par ses pieds plus courts, ressemble à l’espèce japonaise plus qu’à celle d’Oeningen, et la ditférence ostéologique
est à i>eine perceptible*. Ces animaux ont plus d’analogie avec les Protées qu’avec nos Salamandres actuelles. Ceci est également vrai de deux Reptiles sans pieds d’Oeningen que M. de Meyer a décrits sous le nom d’Orthophyia. Ce sont peut-être des têtards d’Andrias auxquels probablement les pieds manquaient encore.
Une Grenouille gigantesque, le Latonia Seyfriedii Myr., fait un digne pendant à la Salamandre que nous venons de décrire. Elle ressemble de si près au Ceratophrys comuta qu’on a peut-être eu tort d’en faire un genre à part. — Elle se distingue cependant de celle-ci par une tête plus petite, par son bassin plus allongé et plus étroit, par ses membres antérieurs plus petits et par les postérieurs plus longs ; pour la grosseur elle est identique à l’espèce brésilienne, qui est une des merveilles du peuple batracien actuel. Cette Grenouille des temps primitifs, comme ses congénères actuelles, passait probablement la journée dans l’eau bourbeuse; puis, le soir venu et pendant la nuit, parcourait le pays à la recherche de sa nourriture.
Des trois espèces de Crapauds que possède Oeningen, une, le Bufo Gessneri Tsch. sp. ressemble d’une manière surprenante au Bufo viridis Düm. ; il a la même taille ; les pieds de derrière sont cependant un peu plus longs. Une seconde espèce, le Bombinator œningensis Ag. est à beaucoup d’égards semblable au Bombinator igneus Merr. ; il a cependant les membres plus courts et plus larges.
Les trois espèces de Serpents d’Oeningen ont peu de caractères spéciaux et semblent se rapprocher de nos Couleuvres. — L’une d’elles, le Coluber Oweni Myr., atteignait une longueur de 3 pieds; une autre, le C. Kargii Myr. avait un peu plus d’un pied. Notre Musée en possède un bel exemplaire avec la gueule ouverte.
* D’après H. de Meyer (Palæontographica, VII. p. 53», les jambes postérieures sont articulées à la 22e vertèbre, tandis que chez l’espèce japonaise elles le sont à la 21' ; mais le fait n’a pas beaucoup d’importance. D’après les exemplaires étudiés par le Dr Schmidt, Goddart et J. van der Hœven, les os du bassin sont réunis à droite à la 21®, et à gauche à la 22'. (Vqy. Natuurkundige Verhandelingen. Harlem, 1802, p. 59.»
REPTILES
Les Lézards ne sont jusqu’ici représentés que par un petit animal découvert pour la première fois dans les lignites de Rochette. M. le Dr Ph. De la Harpe en possède un de cette localité, qui a 0m,005 de longueur ; sa mâchoire est armée de 24 dents.
Pendant la fonnation de nos mollasses d’eau douce, les Crocodiles vivaient dans nos fleuves et dans nos lacs; M. Ruepp, pharmacien, a découvert au Lindenberg près Butikon (canton d’Argovie) un crâne qu’il a envoyé à notre Musée. — Il est allongé et se termine par un museau assez étroit et arrondi à sa part ie antérieure ; les mâchoires sont armées de fortes dents. La longueur totale de l’animal devait être de 3 pieds, si du moins chez lui les proportions entre la tête et le corps étaient les mêmes que celles que nous observons chez les Crocodiles du Nil. — Il était donc beaucoup plus petit que ces derniers et rappellerait plutôt les Alligators d’Amérique. — Chez ces derniers la large mâchoire supérieure dépasse la mâchoire inférieure, et les canines inférieures pénètrent dans une cavité de la mâchoire supérieure ; tandis que chez les Crocodiles les canines inférieures glissent sur le côté extérieur de la mâchoire supérieure ; la même disposition se remarque dans l’espèce de Butikon <Crocodilus Buticonensis Myr.,» qui par conséquent se rapproche davantage des Crocodiles.
Une dent de Crocodile sept fois plus grande que celle du précédent a été découverte dans la mollasse de Stein près du Rhin; elle a appartenu à un animal qui devait avoir la grandeur du Crocodile du Nil. Cette même taille était atteinte par un Crocodile dont on a trouvé les restes dans les lignites de la Paudèze (à Rochette). M. le D' Ph. De la Harpe a recueilli une mâchoire inférieure longue de 0",40 (environ 1 pied 3 */3 pouces suisses) et des os parmi lesquels un fémur de O”, 16 de long. — On a trouvé dans cette même localité d’autres petites espèces ; mais jusqu’ici elles n’ont pas été déterminées, non plus qu’un Crocodile découvert tout récemment dans les lignites de Kapfnaeh.
La famille des Reptiles la plus riche en espèces est celle des Tortues, qui contribuèrent certainement beaucoup à l’animation des fleuves et des
lacs pendant l’époque miocène. — Onze espèces ont été recueillies dans la mollasse inférieure et six dans la supérieure (eau douce) ; il faut leur adjoindre une douzaine d'espèces qu’on n’a pas encore déterminées faute de caractères précis.
Ces espèces se répartissent entre 6 genres: Testudo, Ernys, Chelydra, Cistudo, Trachyaspis et Trionyx.
Dans ce nombre le genre Chelydra est aujourd’hui exclusivement américain, tandis que les autres vivent dans l’ancien et le nouveau monde ; mais ils ne se rencontrent dans ce dernier que sous la zone chaude et la zone torride. Le genre Cistudo seul fournit une petite espèce, la C. europæa L., qui pénètre de ce côté-ci des Alpes ; la mollasse de Lausanne en renferme deux espèces : C. Uazoumowskyi Pict. et C. Morloti Pict. qui lui sont parentes, mais dont les formes analogues se rencontrent aussi dans la Caroline et le Tennessee.
L’espèce de Tortue la plus commune dans notre mollasse est la Testudo Escheri Pict., qui était répandue sur tout notre pays pendant la formation de la mollasse d'eau douce supérieure. On l’a recueillie au Locle, à Veltheim, à Elgg et au Steinerberg. Elle ressemble beaucoup à la Tortue grecque (Testudo græca L.), qui est commune dans les pays méditerranéens, et qui est fréquemment exhibée par les petits Savoyards ambulants. Elle en diffère par la forme et la grosseur des os du plastron ; sa longueur est de 0"‘,22 et sa largeur de 0“,1C. — A côté d’elle on rencontre à Veltheim près de Winterthour deux autres espèces qui atteignent une taille beaucoup plus considérable; chez l’une d’elles, la T. Yitodurana Biederm., la carapace a presque un mètre de long sur 0",7ü de large; l’autre, T. Picteti Biederm., a une longueur de 0",78 sur une largeur de 0",52. Ces espèces avaient donc beaucoup d'analogie pour la taille avec les belles Tortues de l’Inde.
La Tortue Alligator (Chelydra Murchisoni Bell.), d’Oeningen, était d’une grandeur remarquable; on en a trouvé plusieurs beaux échantillons. La longueur de la partie dorsale de la carapace est de 0",43 et la largeur O”, 38; la longueur totale de l'animal depuis le bout du museau
REPTILES
jusqu’à l’extrémité de la queue est d’un mètre environ. La carapace est d’un ovale parfait, obtus aux extrémités; le plastron est petit et a la forme d’une croix ; les pattes antérieures sont armées de cinq griffes; la queue, qui est longue, caractérise l’espèce américaine. — L’ancien continent ne possède aucune forme analogue; c’est un des remarquables types américains de notre pays miocène ; il avait sans doute dans le monde primitif le même genre de vie que de nos jours.
L’espèce vivante est rapace et carnassière ; elle se nourrit de Poissons, d’Amphibies et de jeunes Oiseaux ; elle s’élance avec son long cou tendu sur sa proie qu’elle saisit avec ses puissantes mâchoires et ses grandes griffes. Elle habite les cours d’eau et les lacs des Etats-Unis depuis New-York jusqu’en Floride; mais elle est plus abondante dans les endroits méridionaux plus chauds.
Les Emys de notre mollasse sont plus petites ; elles ont un plastron large et fixe, et leur carapace est assez fortement cintrée. — Actuellement, elles vivent dans l’Amérique du Nord et dans l’Inde ; aucune espèce n’est européenne, au lieu que nos fleuves et nos lacs durant l’époque miocène en possédaient 8 espèces. Deux de forte taille, l’Emys Laharpii Pict. et E. Charpentieri Pict., ont fourni de nombreux morceaux de carapace dans les lignites de la I’audèze. Une troisième espèce:
E. Gaudini Pict. se reconnaît aux plaques étroites et à bords parallèles de la carapace ; elle a été trouvée dans les grès de < Solitude, > près Lausanne; une quatrième, E. Nicoleti Pict., dans les calcaires d’eau douce de la Chaux-de-Fonds, et une cinquième, E. Wyttenbachi Bouid., dans > ces mêmes calcaires à Rappenfluh, près d’Aarberg. Ajoutons encore deux espèces découvertes dans le canton d’Argovie, trois à Rochette et une autre petite, E. scutella Myr. à Oeningen. Aucune de ces Emys n’a été recueillie en assez bon état pour permettre de désigner ses analogues dans la faune actuelle.
Chez tous les genres dont nous venons de parler, la carapace solide et dure a des plaques étroitement serrées les unes contre les autres, tandis que chez les Trionyx le corps est recouvert d’une peau coriace et lisse;
LA FAUXE MOLLASSIQVE.
la tête, portée sur un long cou, se termine par un bec, la queue est très-courte et les pieds n’ont que trois doigts. — Leur apparence diffère complètement de celle des autres Tortues; elles habitent le Nil, les fleuves de la Mésopotamie* et de l’Inde: enfin le sud des Etats-Unis en possède aussi une espèce. Autrefois trois espèces vivaient dans nos environs: l'une (Tryonyx Teyleri Winkler) a été découverte à Oeningen, la seconde à Yverdon et la troisième, grande et mesurant de O”, 30 à 0",35 de diamètre, à la I’audèze, mais en mauvais état ; on peut, il est vrai, reconnaître le genre auquel celle-ci appartient, mais les débris ne sont pas assez complets pour qu’on puisse déterminer son analogue dans la faune actuelle. Les Trachyaspis forment un genre spécial et éteint. — La Tr. Lardyi Myr. a été recueillie dans la mollasse de la Tour de la Molière, mais les restes en sont si incomplets qu’il est impossible de la rattacher à une espèce vivante. — Elle rappelle par les dessins des plaques du plastron les Trionyx, mais elle était couverte d’écailles.
c. Oiseaux.
De même que les Papillons sont les Insectes les plus rares de la faune entomologique fossile, de même aussi les Oiseaux parmi les Vertébrés. Cette classe d’animaux a cependant vécu dans nos forêts à l’époque miocène, ainsi que le prouvent plusieurs débris irrécusables découverts à Oeningen. D’après IL de Meyer, ils appartiennent à G espèces, mais ceux d’une seule sont assez bien conservés pour qu’on puisse déterminer le genre. On a recueilli de cette dernière espèce un bréchet, une omoplate et des os des ailes. Us annoncent un Oiseau aquatique du groupe des Canards, un peu plus petit que l’Oie sauvage (Anas segetum); de Meyer l’a nommé Oie d’Oeningcn. — Nous possédons une belle plumg provenant d’Oeningen dont la largeur devait être d’un pouce environ (PI. XI, fig. 3), et d’autres de quelques lignes seulement de large.
* Nous on avons reçu du DrScli)âlli quelques beaux échantillons provenant de l'Euphrate.