POISSONS
mais dont la majeure partie habite aussi la zone chaude et la torride, viennent s’en ajouter d'autres qui appartiennent exclusivement à cette dernière. Nous rencontrons donc ici encore le même ordre de faits dont nous avons observe tant d’exemples soit chez les Insectes, soit chez les plantes. D’autre part, Oeningen est privé de plusieurs des formes de Poissons les plus communes dans nos contrées. Quoique depuis une centaine d’années on ait recueilli avec un soin particulier les Poissons de ce gisement ; on n’a rencontré aucune espèce proche parente de nos Salmo : S. fario, trutta, Salar, de nos Murènes, Lotes, Carpes *, Barbillons, Thvmallus, Abramis. Quelques-unes de ces formes manquent souvent dans les pays méridionaux, car elles préfèrent l’eau claire et fraîche, comme les Truites, les Thvmallus et les Lotes. L'eau du lac d’Oeningen était probablement trouble et le fond en était vaseux ; la présence des Cobitis, des Tanches, de quelques espèces de Pœcilia et de Lcbias dont les parents actuels aiment les fonds bourbeux, en est une preuve. — Le Cobitis cephalotes Ag. ressemble beaucoup au C. fossilis L., qui s’enterre souvent très-profondément dans la vase. — Les Tinea (Tanches) dont on connaît 3 espèces à Oeningen, font de même. — Les Lebias vivent par bancs dans les eaux marécageuses qui conviennent aussi aux Pœcilia. On raconte que si la nourriture vient à manquer à ces derniers, ils sortent rapidement de l’eau et traversent l’herbe et les buissons pour gagner d’autres places marécageuses. — Tous les échantillons de Pœcilia (Pœcilia œningensis Wklr.) laissent voir une tête fortement renversée en arrière, comme on peut l’observer chez les Poissons qui cherchent à faire un saut; le Dr Winkler croit que tel était le cas pour ceux d’Oeningen.
* Dans les anciennes collections il n'est pas rare de trouver, il est vrai, des Poissons d’Oeningen inscrits sous le nom de Carpe ou de Truite, mais ce sont tous des animaux artificiels auxquels on a donné la forme de ces Poissons. Les moines de l’ancien couvent d’Oeningen étaient, parait-il, fort habiles à fabriquer de semblables fossiles et ont trouvé depuis lors des imitateurs. Les anciennes collections renferment souvent des plantes et des Insectes imités de la sorte et qui sont sans valeur ; généralement ils ont une couleur brune qui leur a été donnée avec du brou de noix.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
Ils auraient été surpris par la mort pendant leurs derniers efforts pour s’élancer hors du limon qui se desséchait; et qui les a ensevelis.
Les grandes Grenouilles, les Salamandres, les nombreux Insectes aquatiques et les Potamogeton sont autant de preuves de la nature limoneuse du lac d’Oeningen; cependant la présence des Gobio et des Rhodeus qui aiment les eaux courantes et claires indiquent que le lac était alimenté par des eaux vives. Ces animaux déposaient sans doute leur frai dans les affluents du lac ou dans les eaux devenues claires qui en sortaient.
Deux espèces d’ Anguille nous prouvent que le lac d’Oeningen était en communication avec la mer. Les Anguilles et les Saumons ne sont pas rares chez nous, mais ils manquent dans le lac de Constance, car partant de la mer ils remontent dans l’intérieur des terres et ne peuvent pas franchir la chute du Rhin. Cet obstacle n’existait donc pas à l’époque œningienne.
Les Poissons d’Oeningen se divisent en six familles. — La plus riche en espèces est celle des Cyprinoides qui à elle seule renferme 21 espèces. Cinq de ces dernières appartiennent au genre Leuciscus; elles ont une taille moyenne ; leur corps en forme de fuseau est recouvert de grosses écailles et leur nageoire caudale est bifide. Trois de ces espèces : Leuciscus (eningensis Ag., L. helveticus Wklr. et L. latiusculus Ag., sont les Poissons les plus communs d’Oeningen, mais ils sont restreints à la carrière supérieure. Ce genre était déjà très-répandu pendant l'époque miocène, et il se rencontre actuellement dans les eaux de toutes les parties du monde.
Les Cobitis sont de petits Poissons cylindriques dont Oeningen possède quatre espèces. — Les Acanthopsis (A. angustus Ag.) leur ressemblent beaucoup, mais ceux-là sont remarquablement longs et minces avec de petites nageoires.
Les Cyprins (Carpes) ne possèdent qu’une espèce dans le centre de l’Europe : le Rhodeus amarus, tandis qu’Oeningen en fournit quatre : ce sont de petits Poissons à tête grosse et large et à courtes nageoires.
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Après les Brochets, les Tanches sont les plus gros Poissons d’Oeningen ; elles se reconnaissent à la forme ramassée de leur corps, à la petitesse de leurs écailles et à leurs nageoires courtes et larges. On n’en connaît qu’une espèce vivante appartenant exclusivement à l’Europe; Oeningen en a trois dont une, la Tinea magna Wklr., a plus d’un pied de long.
La famille des Cyprinodontes n’existe nulle part de ce côté-ci des Alpes ; ce sont de petits Poissons habitant la zone chaude et la torride et dont cinq espèces ont vécu à Oeningen.
Le genre Lebias est le plus important de la famille; Oeningen en possède quatre espèces qui, après les Leuciscus, sont les plus communes de la localité. Elles ne se rencontrent que dans la couche à Insectes de la carrière inférieure où il n’est pas rare de trouver plusieurs exemplaires les uns à côté des autres, ce qui prouve que ces Poissons, ainsi que leurs congénères actuels, vivaient par bancs.
Les petits Pœcilia sont beaucoup plus rares ; ils se reconnaissent à la nageoire ventrale et à la dorsale qui sont fortement dirigées en arrière, et à leur queue arrondie.
Les deux espèces de Brochet d’Oeningen sont fort pareilles au Brochet ordinaire, si abondamment répandu en Europe, en Asie et dans le nord de l’Amérique; leurs écailles cependant étaient beaucoup plus grosses. L’espèce la plus commune est l’Esox lepidotus Ag., qui a surtout le corps un peu plus large et la tête plus allongée que le nôtre, mais qui atteignait la même taille. On en a trouvé des échantillons de toutes les dimensions, depuis 6 pouces jusqu’à 3 pieds. La seconde espèce, E. robustus Wklr., est plus courte, plus grosse et a de plus petites nageoires, ce qui devait lui donner des allures embarrassées. Ces Brochets étaient rapaces comme le nôtre, car on rencontre quelquefois des exemplaires qui ont dans la région de l’estomac le squelette de petits Poissons qu’ils avaient avalés. Le fait s’observe aussi chez une Anguille (Anguilla elegans Wklr.) qui avait avalé un Leuciscus œningensis. Les têtes de ces Poissons mangés sont toujours dirigées vers la queue de celui qui les a
avalés ; ils ont donc été croqués par devant. Les Anguilles étaient communes à l’époque tertiaire; on en connaît six espèces du Monte Bolca, une d’Aix et deux d’Oeningen qui s'écartent beaucoup de la seule espèce européenne.
Le Cottus brevis Ag., seule espèce de ce genre à Oeningen, avait l’abdomen plus petit et plus mince encore que l’espèce de nos ruisseaux et de nos lacs.
La Perche d’Oeningen, Perça lepidota Ag., diffère de notre Perche; celle-ci a 12 à 15 rayons, tandis que la première n’a que 9 rayons trèsfins à la nageoire dorsale; on a également découvert cette espèce dans la mollasse du Gurnigel, et c’est le seul exemple d’une espèce de Poisson d’Oeningen trouvée dans une autre localité de la Suisse.
b. Beatles*.
La faune mollassique des Reptiles s’écarte encore plus que celle des Poissons de la faune actuelle. Elle était beaucoup plus riche en espèces, qui se répartissaient d’une manière spéciale dans les différentes familles. Le tableau ci-après en donne la distribution :
Les formes rappelant nos petites Salamandres et nos Grenouilles manquent; en revanche nous trouvons des Crapauds qu’il est difficile de distinguer de nos Bombinatores, et des Couleuvres proches parentes des nôtres. Nous rencontrons de plus une Salamandre géante, une énorme Grenouille, plusieurs Crocodiles et une prodigieuse abondance de Tortues, qui donnent à cette faune un caractère tout à fait étranger.
Cette Salamandre géante, l’Andrias Scheuchzcri, Holl. sp.**, est une
* Les espèces d’Oeningen ont été étudiées par H. de Meyer dans son ouvrage : « Mammifères, Oiseaux et Reptiles fossiles d'Oeningen. Francfort, 1845» ; et par Winkler, « Tortues fossiles. Harlem, 1869.» Les Tortues de la Suisse ont été décrites par Pictet et Humbert dans leur « Monographie des Chéloniens de la mollasse suisse. Genève, 1858. » Les Tortues de Winterthour par le Dr Biedermann dans ses « Pétrifications des environs de Winterthour, lw partie, Tortues. Winterthour, 1862. »
•• Scheuchzer a décrit cette espèce sous le nom de Homo diluvii testis. Cependant
REPTILES
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