ORDRES
Faune suisse actuelle *
Total
des espèces de la mollasse.
Mollasse d’eau douce inférieure.
Mollasse
marine.
Mollasse d'eau douce supérieure.
Marsupiaux ....
Chéiroptères. . . .
Insectivores ....
Carnassiers ....
Rongeurs
Pachydermes. . . .
Ruminants
Quadrumanes . . .
détruites par l’homme. Les os qu’on retrouve dans les habitations lacustres nous prouvent que dans ces époques reculées nos forêts étaient habitées par deux grandes espèces de Bœuf, Bos primigenius et Bison europæus, par des Aurochs et le Bison, et qu’outre le Cerf, on y rencontrait encore le grand Élan et le Daim. Dans des temps moins éloignés, on parle de Chevaux sauvages, de Bouquetins et de Castors qui ont disparu de notre faune depuis un siècle seulement. — En faisant entrer dans nos calculs ces animaux chassés par l’homme, nous n’aurons même alors que huit espèces de Ruminants et deux de Pachydermes ; il est donc hors de doute que pendant l’époque mollassique notre pays possédait une beaucoup plus grande richesse de ces genres d’animaux. Il faut leur adjoindre les Marsupiaux et les Quadrumanes (les Singes) qui nous manquent complètement aujourd’hui.
* Les chiffres mentionnés ici, ainsi qu'à la p. 493, sont tirés d’un catalogue dressé par M. Victor Fatio, de Genève, et qu’il m’a obligeamment communiqué. Il est beaucoup plus complet que celui que Schinz a publié précédemment.
MAMMIFÈRES
Des 38 genres de Mammifères dont se composait notre faune miocène, 29 sont éteints ; et des 9 qui subsistent, 3 seulement vivent encore dans notre pays : Cervus, Sus et Sciurus; sur les 6 autres, les Lagomys habitent les zones tempérées de l’Asie et du nord de l’Amérique, et les 5 derniers se rencontrent sous les zones chaudes ou torrides ; le Singe Gibbon dans l’Inde, les Didelphys dans l’Amérique du Sud, les Rhinocéros et les Cerfs musqués dans l'Inde et en Afrique, et les Tapirs dans l’Inde et dans l’Amérique du Sud.
Notre faune de Mammifères miocènes a plus d’analogie avec la faune éocène qu’avec celle de nos jours. Si nous la comparons avec la faune éocène du Jura, nous n’y trouverons, il est vrai, aucune espèce parfaitement pareille, mais six genres communs.
Les Palæotherium, sorte de Tapirs, si communs à l’époque éocène, sont encore représentés dans le miocène par une espèce ; il en était de même pour l’Anchiterium, sorte de Cheval, pour l’Amphicyon, parent du Chien, et pour l’IIyopotamus ; l'Écureuil traverse l’époque miocène et se retrouve dans notre faune. Les Didelphys ont été rencontrés aussi ailleurs dans les gisements éocènes. D’autres genres éocènes se rattachent de fort près à des genres miocènes, ainsi les Hyracotherium (éocènes) correspondent aux Anthracotherium (miocènes). La proi>ortion des familles est la même. Les Pachydermes éocènes et miocènes donnent également à peu près la moitié des Mammifères; dans l’éocène, les Ruminants '/,, dans le miocène entre */» et '/»• — Les animaux herbivores constituent donc la majeure partie de la faune ; les Carnassiers sont beaucoup plus rares que de nos jours. Ils entrent dans notre faune miocène seulement pour ’/» à ’/ioi et dans la faune actuelle pour */, environ.
On divise les Mammifères en deux grandes sous-classes : les Didelphes, qui abritent leurs petits à un degré de développement très-imparfait dans une poche abdominale et les portent ainsi avec eux, et les Monodelphes, à qui cet organe manque. Les premiers se distinguent surtout par des détails anatomiques qui leur assignent parmi les Mammifères le dernier rang au point de vue du développement. Aujourd’hui, il n’y en a
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
que peu d’espèces, restreintes à l’hémisphère sud : les Kangourous et les Didelphys donnent à cette faune un cachet spécial.
Dans notre mollasse de V'ermes, dans la vallée de Delsberg, on a découvert un Marsupiaux, le Didelphys Blainvillei Gerv. C’est un petit Mammifère qui a l’apparence du Rat ; il a une longue queue squameuse, prenante et terminée en pointe; la tête pointue en avant est fendue par une large bouche. Cette classe se nourrit d’insectes, d’Oiseaux et de Reptiles. — Les jeunes de plusieurs espèces, lorsqu’ils ont quitté la poche, se tiennent sur le dos de la mère et enroulent leurs queues autour de la queue maternelle. Ce genre, très-riche en espèces, se rencontre au Pérou, au Brésil et quelques espèces dans le sud des Etats-Unis.
Tous les autres Mammifères de notre mollasse appartiennent aux Monodelphes, dont la famille miocène la plus importante est celle des Pachydermes; elle renferme non-seulement le plus grand nombre d’espèces, mais aussi les espèces les plus grandes ; on peut les comparer pour la taille aux Mammifères terrestres les plus remarquables de notre époque.
Notre faune miocène comprenait 15 genres de cet ordre et une richesse de formes si grande qu’elle ne se rencontre maintenant nulle part en un espace aussi restreint. Le groupe des Tapirs fournit les genres : Palæotherium et Tapiras. On a trouvé dans les grès de Bolligen une belle mâchoire inférieure, munie de ses dents, du Pakcotherium Sehinzii Myr. Une espèce de Tapiras, T. helveticus Myr. habitait à Hohe-Rhonen. Cet animal a été recueilli aussi à Aarwangen et à Kapfnach ; il était donc répandu dans tous les étages de notre mollasse. — Il faut ajouter encore le genre Listriodon, L. splendens Myr. découvert à la Chaux-de-Fonds ; il se rapproche beaucoup des Tapirs. Sa tête n’était probablement pas munie d’une trompe.
Les Mastodontes et les Dinothérium sont les plus gros animaux de notre mollasse. — Dans d’autres pays, on a retiré de la terre des squelettes entiers de Mastodontes, en sorte que l’on connaît parfaitement la structure ostéologique de ces gigantesques animaux. Ce sont les avantcoureurs des Éléphants, auxquels ils ressemblent beaucoup ; ils avaient
MAMMIFÈRES
la même taille, la même forme de crâne et les mêmes prodigieuses défenses; mais ils s’en écartent par la forme des dents, car les Mastodontes avaient aussi la mâchoire inférieure pourvue d’incisives en forme de défenses, et leurs dents portaient à la face supérieure des mamelons coniques bien prononcés et rangés en lignes (de là leur nom de dents mamelonnées). Us étaient donc forts broyeurs et pouvaient s’attaquer à des végétaux durs et ligneux. Notre pays possédait deux espèces de ce genre éteint : Mastodon tapiroides Cuv. et M. turicensis Schinz., chez ce dernier les mamelons des molaires étaient disposés en lignes transversales régulières formant ainsi des sillons transversaux très-profonds. L’autre était le M. angustidens Cuv. Falc. ; les mamelons de ses dents étaient coniques et plus étroits, et les sillons transversaux portaient des verrues. Cette espèce était la plus commune; elle apparaît déjà au troisième étage de la mollasse, et, d’après J. Schill, elle a été trouvée dans le calcaire grossier de Lindenbuhl au Itanden. Elle a été observée en plusieurs lieux dans la mollasse de l’helvétien (à Buchberg et à la Tour de la Molière); mais elle est encore plus commune dans les gisements miocènes supérieurs de notre pays. Les plus beaux exemplaires ont été recueillis dans les lignites de Kiipfnach et dans les grès de Veltheim. Notre Musée possède, outre de belles molaires, des défenses qui ont jusqu’à 1 Vio pied de long et qui ne sont que peu recourbées à l’extrémité; elles proviennent de Kiipfnach. — On a recueilli à Veltheim deux beaux crânes qui sont un véritable ornement pour le musée de Winterthour. — L’un d’eux provient d’un jeune mâle et a fourni des renseignements importants sur la chute des premières dents chez les Mastodontes. — Elgg est le gisement le plus riche en restes du Mastodon tapiroides Cuv. On en trouve également à Kiipfnach et à Oeningen *.
* Un dessin communiqué à Kaup l'avait conduit à attribuer au M. angustidens les molaires trouvées à Oeningen. (Voy. Seine Beitrâge zur Kentniss der unveltlichen Sàugethiere, III, p. 11.) Mais le professeur Sues, qui les a étudiées dernièrement à Harlem, où elles sont conservées, les a reconnues pour appartenir au M. tapiroides Cu . (Turicensis Schinz.)
LA FAUNE MOLLA88IQÜE.
Les Dinothérium étaient encore plus grands que les Mastodontes; leurs dents molaires (broveuses) avaient la même forme que celles de ces derniers, mais leur mâchoire inférieure était pourvue de deux fortes défenses dirigées en bas, et qui durent donner à cet animal un cachet tout particulier. L’os nasal très-prononcé semble annoncer que le Dinothérium possédait une longue trompe sans laquelle il serait difficile de comprendre qu’il pût saisir sa nourriture, gêné qu’il était par les défenses de sa mâchoire inférieure. La partie supérieure du crâne avait fait supposer autrefois que ces bêtes énormes devaient appartenir à la famille des Vaches marines et qu’elles vivaient dans l’eau. — Un squelette trouvé il y a une quinzaine d’années, à Abtsdorf en Bohême, a prouvé qu’il fallait classer le Dinothérium parmi les Pachydermes et qu’il avait beaucoup d’analogie avec le Mastodonte, ainsi que Cuvier et Owen l’avaient pensé.
Le D. giganteum Kaup était la plus grande espèce du genre ; il se trouvait répandu sur toute l’Europe pendant l’époque miocène supérieure ; on a recueilli à Delsberg et à la Chaux-de-Fonds de belles dents de cet animal ; il habitait donc autrefois notre pays.
Le genre Rhinocéros est le plus riche de Tordre de nos Pachydermes tertiaires; il compte 5 espèces dont les plus communes sont le Rhinocéros incisivus et le Rh. minutus Cuv. ; dans plusieurs localités, elles se rencontrent depuis les lignites inférieurs (Hohe-Rhonen et Rufi) jusqu’à la mollasse supérieure d’eau douce (Elgg et la Chaux-de-Fonds).
La première avait la grosseur des Rhinocéros indiens ; mais elle s’en distingue par de grandes incisives, par son nez petit, étroit et sans corne et par ses orbites de faible dimension. Le Rh. minutus n’avait probablement pas de corne non plus, mais il était beaucoup plus petit; en revanche, le Rh. Goldfussi, qui fait aussi partie des Rh. sans corne, dépasse en grandeur le Rhinocéros des Indes. — On a découvert des dents de cette espèce dans les lignites de Hohe-Rhonen et une belle mâchoire inférieure dans le sentier qui mène de Rothel à Weid (près de Wipkin-
gen). — On a recueilli dans les grès d’Engehalde, près de Berne, les
MAMMIFERES.
crânes (actuellement dans le Musée de Berne) de deux autres espèces d’assez grande taille : le Rh. gannatensis Duv., et Rh. sansaniensis Lart., qui gisaient, chose curieuse, l’un à côté de l’autre dans le même bloc.
Le genre Anchiterium, dont nous avons signalé les formes chevalines dans la faune éocène (page 321), sert de transition aux types précédents. Dans l’étage supérieur de la mollasse (Elgg et Vernies), on a rencontré l’A. aurelianense Cuv. sp. Avec lui se trouve le genre Ilipparion, assez semblable à notre Cheval, mais plus svelte et plus gracieux ; il se distingue de lui par l’émail des dents à plis plus finement ondulés et par deux doigts latéraux rudimentaires. Le doigt du milieu formait le sabot et les deux autres ne touchaient pas à terre.
Notre espèce, Iüpparion gracile Ivaup, sp. tient pour la taille le milieu entre le Cheval et l’Ane ; il a été trouvé dans la mollasse marine de la Tour de la Molière, de Schnottwyl (canton de Soleure), des environs de Sainte- Croix et à la Chaux-de-Fonds. Pendant l’époque miocène supérieure, il était répandu dans l’Europe moyenne, et vivait probablement en troupes, car dans plusieurs endroits on rencontre des gisements considérables d’os de cet animal.
Nous avons vu que les analogues de nos Tapirs, de nos Éléphants, de nos Rhinocéros et de nos Chevaux étaient fort nombreux ; le groupe des Porcs renfermait un nombre d’espèces plus considérable encore ; on en compte 11 indigènes appartenant à G genres. Cette richesse nous dit assez que les forêts et les marais fournissaient une abondante nourriture, ce qui permit à la faune de prendre le grand développement que nous constatons. Deux espèces peuvent être réunies au genre Sus vivant actuellement. On a recueilli dans les lignites de Niedcrutzwcil dans le Toggenburg un bel appareil masticateur du Sus wylensis Myr. ; une seconde espèce, Sus abnonnis Kaup, a été signalée dans les lignites d’Elgg.
Les autres espèces appartiennent à des genres éteints, mais qui cependant se rapprochent en partie des genres vivants, ainsi, l’Hyopotamus
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
dont une espèce, l’H. borbonicus Gerv., a été découverte dans les grès d’Aarwangen; elle est fort semblable à notre Cochon. La tête est terminée par un groin long et mince, et la mâchoire inférieure a une longue barre. On peut comparer le Pakeochœrus typus Pom. d’Aarwangen avec le Pécari d’Amérique (Dicotvlus) et l’Hyotherium avec le Babyrussa des Indes, qui se fait remarquer par ses canines fort longues et recourbées en arrière. L’Hyotherium Sommeringi Myr. qui avait la grosseur de notre Sanglier, a été trouvé dans la mollasse supérieure d’Elgg et de la Chaux-de-Fonds ; il est moins abondant cependant que l’H. Meissneri Myr. qui apparaît déjà dans la mollasse d’eau douce inférieure d'Aarwangen et d’Aarberg ; mais il vivait encore dans notre pays pendant l’époque de la mollasse supérieure (Kapfnach). C’est seulement dans cet étage qu’on a trouvé (Kapfnach et Xiederutzwyl) l’H. medium Myr. — Le genre le plus important de ce groupe est l’Anthracotherium, appelé ainsi parce qu’autrefois ses restes n’avaient été recueillis que dans les lignites ; il renferme les plus grands animaux du groupe. — L’A. magnum Cuv. avait la grosseur d’un Bœuf et le port d’un Cochon, une tête longue, étroite à la partie antérieure et un groin allongé avec de grandes incisives projetées en avant, comme chez notre Porc; il possédait de fortes défenses à racines profondes, recourbées, et qui ressemblaient au boutoir de notre Sanglier. Sept molaires tuberculeuses sur chaque côté de la mâchoire, séparées des canines par une courte barre. — Les restes de cet animal remarquable ont été recueillis dans les localités suisses suivantes : les lignites de Rochette, de la Conversion au-dessus de la Paudèze où MM. les D" Pli. De la Harpe et Ch. Gaudin ont retrouvé les restes d’une dizaine d’individus. — On y a trouvé un squelette presque complet. Cet animal a dû être commun dans les marais de la Paudèze. Cependant il n’est pas restreint à cet étage mollassique, car on a découvert aussi ses dents dans la mollasse de Schangnau (canton de Berne), qui appartient à notre troisième étage.
Le professeur Morlot a recueilli dans les grès d’Aarwangen une seconde espèce, l’A. hippoideum Rütim., qui est un peu plus petite que la
MAMMIFERES.
précédente, et se distingue par ses molaires à tubercules plus pointus et à plis plus tranchants, ainsi que par ses incisives qui se rapprochent de celles du Cheval. — Une troisième espèce, beaucoup plus petite encore, PA. minimum Cuv., n’a été rencontrée jusqu’ici que dans les lignites de Rochette et de la Paudèze.
Ces Anthracotherium se rapprochent des Carnassiers par la forme de leurs premières molaires, car elles sont effilées comme chez ces derniers, tandis que la conformation Aes molaires postérieures indique un Herbivore. — Il est probable que leur nourriture était moitié animale et moitié végétale et qu’ils étaient Omnivores comme nos Porcs. •
L'ordre des Ruminants ne nous avait été annoncé pendant l’époque éocène que par quelques espèces; l’époque miocène en revanche nous en fournit un fort contingent. Le groupe des Anoplotherium, qui forme la transition aux Pachydermes, existe encore, mais sous d’autres genres. L’ Anoplotherium est remplacé par le grand Chalicotherium (Ch. antiquum Kaup); c’est un animal qui a la même conformation dentaire, mais qui ne possède que 6 molaires à chaque mâchoire. Il avait la grandeur du Rhinocéros indien, et vivait dans les marais de la mollasse inférieure. Les lignites de Hohe-Rhoncn nous ont conservé ses restes.
lies gracieux Dichobune de l’époque éocène (p. 323) ont disparu pour faire place aux Microtherium. — Ce sont de petites bêtes, plus petites que les Lapins, avec une tête ronde par derrière et allongée en avant par un museau à courte pointe ; la conformation de leurs dents ressemble beaucoup à celle des Moschus ; mais ils rappellent beaucoup les Pachydermes par le nombre des dents et les os des pieds. On en connaît chez nous deux espèces : le M. Renggeri Myr. d’Aarau, et le M. Cartieri Myr. d’Aarwangen.
Vient ensuite la famille des Cervina, dont 10 espèces demeuraient dans notre pays. — Nous y voyons le Moschus aurelianensis Lart. trouvé à la Chaux-de-Fonds, et qui a beaucoup d’analogie avec le M. aquaticus Ow., espèce africaine; il se rapproche du genre Dorcatherium par ses canines longues et proéminentes ; mais il a 7 molaires à la raâ-
LA FAUNE MOLLÀSSIQUE.
choire inférieure (comme à la mâchoire supérieure), tandis que le Moschus n'en a que 6. — Le Dorcatlierium Naui avait la grandeur du Chevreuil, mais il était plus élancé et avait le port du Cerf musqué. Ses dents ont été recueillies au Bucheggberg et à Elgg. — Le genre principal est formé par les Cerfs. On rencontre déjà le Cervus médius Myr. sp. dans les lignites inférieurs (Hohe-Rhonen) ; cependant ce genre ne reçoit son plein développement que dans la mollasse supérieure où nous rencontrons sept espèces ; la plus commune est le Cervus Scheuchzeri Myr. sp. *, qui apparaît fréquemment dans les trois étages supérieurs de notre mollasse ; il vivait dans toute l’Europe à l’époque miocène. — On l’a trouvé également en Allemagne, en France et en Espagne. — Il occupait donc la même place alors que le Cerf commun dans notre faune actuelle, mais il était plus petit et atteignait à peine la taille du Chevreuil.
Le C. eminens Myr. sp. a été découvert dans la cartière inférieure
d’Oeningen; il avait la grosseur du Cerf commun, si l’on peut en juger
par les molaires seules qui ont été retrouvées. Une troisième espèce, le
C. Nicoleti Myr. sp., observé à la Chaux-de-Fonds, était encore plus grand. — Les autres espèces, C. médius Myr. sp., C. minor Myr. sp. et C. lunatus Myr. n’ont pu être déterminées que par quelques dents qui ne permettent pas de les comparer aux Cerfs vivants **. Kiipfnach a fourni également quelques dents fort semblables à celles des Cerfs, mais d’une conformation plus délicate; elles ont donné lieu à la création d’un genre spécial (Orygotherium Escheri Myr.).
La famille des Ruminants à cornes creuses, à laquelle appartiennent
* II a été tout dernièrement décrit et figuré avec soin par M. le Prof. Dr O. F nias. Voy. die Fauna von Steinheim, p. 34. Ce savant a démontré que ce Cerf portait des bois courts et ramifiés, d’où le nom de Cervus furcatus.
*• H. de Meyer a séparé toutes les espèces ci-dessus (à l’exception du C lunatus) du genre Cervus et les a réunies au genre Palæoraeryx, parce que les molaires postérieures sont munies d’un rebord spécial qui manque aux Cervus ; on ne peut dire encore avec certitude s’il était ou non pourvu de bois, ses rapports avec les genres Cervus et Moschus étant encore incertains.
MAMMIFÈRES
les Gazelles, les Antilopes, les Chèvres, les Bœufs et les Moutons, n’a pas été jusqu’ici rencontrée dans notfre mollasse; dans le reste de l’Europe les Antilopes seuls apparaissent sur la scène tertiaire. Cependant le grand nombre des Coléoptères coprophages dont nous avons parlé (page 445) porterait à croire que cette classe de Mammifères a habité notre pays.
Les Rongeurs qui se nourrissent principalement de produits végétaux étaient petits pour la plupart, avec des incisives sans racines, pas de canines et peu de molaires, séparées des dents antérieures par une forte barre. Les espèces de nos régions tertiaires ne se font remarquer ni par leur grosseur ni surtout par des formes étrangères aux types actuels. On n’a pas encore rencontré chez nous des espèces rappelant nos Souris et nos Itats, et la famille spéciale des Murides répandue actuellement sur la surface entière du globe manque complètement à notre faune miocène; en revanche, on trouve des représentants des familles d’ Écureuils, de Lièvres, de Lagostomi et de Castors ; un Écureuil, le Sciurus Bredai Myr., a été conservé à Oeningen; il parait être assez semblable à l’espèce qui vit actuellement dans nos forêts. On a trouvé à Vermes le Brachymys omatus Myr., qui appartiendrait à la famille des Sciurina.
Les Leporina sont représentés par le genre Lagomvs qui diffère des Lièvres proprement dits (genre Lepus) en ce qu-’il manque de queue et que ses oreilles sont courtes. Les animaux de ce genre vivent actuellement dans le sud de la Sibérie, dans la Mongolie et dans le nord de l’Amérique; ils s’y creusent des terriers comme les Lapins et y accumulent de grandes quantités de plantes sèches. Les espèces miocènes different en plusieurs points des espèces vivantes, et forment le groupe particulier des Myolagus Hens. qui se rapprochent des Lièvres proprement dits. — La mollasse supérieure en renferme deux espèces qui ne sont pas rares : le Lagomys oeningensis Myr., un peu plus petit que le Lapin, se rencontre aussi à Elgg ; c’était le Mammifère le plus commun de cette localité; la seconde espèce L. Meyeri Tsch., qui se trouve à Oeningen et
à Venues, était plus petite que le Lapin de la moitié environ ; ses pieds étaient déliés et les dernières phalanges des doigts étaient plus minces ; les autres caractères étaient ceux du précédent.
La famille des Lagostomi est restreinte actuellement à l’Amérique du Sud ; ce sont des animaux assez hauts de taille avec de grandes oreilles et de petits pieds antérieurs ; mais les postérieurs sont forts et la queue est garnie de longs poils; lenr fourrure est très-douce et soyeuse. Notre pays possédait environ quatre espèces de ces Lagostomi. L’Archæomys chinchilloides Gerv. et l’A. Laurillardi Gerv. d’Aarwangen ressemblent tellement au Chinchilla du Pérou dont la fourrure est recherchée, que c’est presque à tort qu'on en a fait un genre spécial. Le genre Issiodoromys, avec une espèce, le I. pseudomema Croiz. d’Aarwangen, et le genre Theridomys, avec une espèce, le Th. Blainvillei Gerv. de la même localité, et une autre encore provenant de Itochette, complètent la liste des animaux appartenant à cette famille. — Les incisives des Theridomys sont lisses, et les molaires de la mâchoire inférieure ont de chaque côté un repli qui les divise en deux lobes.
Les Castors nous fournissent deux espèces de Chalicomys; ce genre se distingue des Castors ordinaires par la forme des racines dentaires et par le plissement de l’émail. — Le Ch. Jægeri Kaup, la plus grande de ces espèces, doit avoir beaucoup ressemblé au Castor actuel ; mais il était un peu plus petit (environ de Ve à 7,^ et avait des molaires plus étroites. — C’est le Mammifère le plus commun de Kiipfnach près d’Horgen; il devait y en avoir de nombreuses tribus dans les marais tourbeux de cette localité. La seconde espèce, le Ch. minutus Myr., de moitié plus petit que notre Castor, peut à peine se distinguer du Ch. Eseri Myr. Il est beaucoup plus rare que le Ch. Jægeri, mais n’est pas restreint à la mollasse supérieure; on le rencontre déjà dans les lignites de Hohe-Rhonen et de Rochette.— On le trouve aussi dans ceux d'Elgg; il a habité notre pays pendant toute l’époque mollassique.
Nous ne connaissons que six espèces de Carnassiers à opposer à cette quantité d’IIerbivores. — Notre mollasse n’a pas encore présenté d’ani-
maux qu’on puisse comparer à l’Ours et au Loup ; mais il en est plusieurs qui rappellent les Hyènes, les Loutres et les Civettes.
L’animal le plus grand et le plus remarquable de cet ordre qui ait habité notre pays est l’Hyænælurus SuLzeri Bied., qui a été découvert par le Dr Biedertnann dans la mollasse de Veltheim. — A en juger par la grandeur de la mâchoire et des dents, il devait être beaucoup plus grand que le Tigre du Bengale; il se distinguait principalement par la barre très-prononcée qui sépare ses puissantes canines des premières molaires. — Par la conformation de la mâchoire inférieure, il a de l’analogie avec le Tigre, tandis que sa mâchoire supérieure le rapproche des Hyènes*.
Le genre Hvænodon possède aussi des caractères communs aux Hyènes et aux Félins, tout en ayant quelques traits de ressemblance avec les Marsupiaux. Les grès d’Aanvangen renferment les restes d’une espèce de ce genre. Un animal parent du Chien, l’Amphicyon intermedius Myr., a été trouvé dans les lignites de Ilohe-Rhonen ; un autre est assez semblable à la Loutre pour la taille et le port, c’est le Potamotherium Valetoni Gcoflï. d’Elgg qui était aquatique et un peu plus élancé. — Le Trochictis carbonaria Myr. de Kiipfnach et d’Elgg rappelle notre Belette, quoiqu’à beaucoup d’égards il tienne du Blaireau.
Le genre Galecynus forme également un trait d'union entre deux genres vivants, le Chien et la Civette. — On a découvert à Oeningch un squelette presque complet du G. palustris Myr. sp. Cet animal avait la taille du Renard ; il se rapprochait du Chien pour la forme des dents et avait, outre une grosse queue, les pieds, les doigts et les molaires tuberculeuses de la Civette.
L’ordre des Quadrumanes que nous avons déjà rencontré dans la for-
* Chez les Carnassiers, une des molaires est pourvue d’une arête tranchante ; cette molaire est beaucoup plus grosse que les autres; on la nomme carnassière ou dominante. Les molaires antérieures se nomment fausses-molaires ou prémolaires et les postérieures arrières-molaires ou tuberculeuses. Les Hyænælurus ont comme les Hyènes 5 molaires à la mâchoire supérieure, et seulement 3 à l'inférieure, comme le Tigre (tandis que la Hyène en a 4).
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
mat ion éocène (bohncrz) ne manque pas non plus dans la mollasse. Le musée de Winterthour possède une belle mâchoire de Singe munie de ses dents; elle a été trouvée dans les lignites d’Elgg. La PI. XI, fig. 4, reproduit cette mâchoire d'après le professeur Riitimeyer qui m’en a obligeamment communiqué le dessin; on y reconnaît 4 incisives (a); les deux antérieures (ai) sont un peu plus grandes que les deux latérales (a:). Les canines (b) ne dépassent que peu les autres dents ; leur forme générale est conique ; elles sont légèrement conniventes vers la pointe ; leur face extérieure est arrondie, mais les deux faces latérales sont cependant aplaties, faiblement concaves, et forment une arrête longitudinale vers l’intérieur de la bouche; quant aux 5 molaires à trois racines que possédait probablement cet animal, il ne nous en est parvenu que trois d’un côté (c) et trois et demie de l’autre; les deux premières (nommées fausses molaires) sont munies sur leur bord relevé de deux tubercules et la troisième de quatre, tandis que le centre est déprimé. Ces caractères de dentition indiquent à n’en pas douter un Singe de la famille des Catharrhiniens. D’après les récentes recherches de M. le professeur Rütimeyer, cette mâchoire a une analogie complète avec la mâchoire inférieure que M. Lartet a découverte à Sansan, près d’Auch (département du Gers), et doit se rapporter à la même espèce*. M. Gervais en a fait un genre spécial éteint, le Pliopithecus; tandis que M. Riitimeyer, qui dès l’abord était de l’opinion de M. Lartet, estime qu’il ne doit pas être séparé du Gibbon indien (Hvlobates) ; en tous cas, ces Singes saus queue et à bras longs sont les animaux vivants avec lesquels il a le plus d’analogie.| Les Gibbon représentent avec l’Orang-Outang, le Chimpanzé et le Gorille, les Quadrumanes les plus développés; on en connaît une
* Le Dr Biedermann l’a séparé (sous le nom de Pliopithecus plntyodon) de l’espèce française, parce que les molaires sont un peu plus larges, mais l’échantillon découvert par Lartet appartient à une mâchoire inférieure et celui d’Elgg à une supérieure. Chez les Gibbons vivants, les molaires de la mâchoire supérieure sont aussi plus larges que celles de l’inférieure, en sorte que cette différence de largeur ne peut servir de base à une distinction.
MAMMIFÈRES
demi-douzaine d’espèces qui habitent les lies de la Sonde, Siam et l’Indostan; elles acquièrent une taille de 1 à 3 '/a pieds. D’après M. Riitimeyer, notre Gibbon primitif (Hylobates antiquus Lart. sp.) serait un proche parent du Siamang (Hvlob. syndactvlus Rofl. sp.) de Sumatra*. Ce dernier, disent MM. Lartet et Vrolik, est un Singe qui par les caractères ostéologiques se rapprocherait plus de l’homme que le Chimpanzé et l’Orang ; il n’est donc pas sans intérêt d’étudier de près son mode de vivre et ses particularités; en effet, son congénère primitif, qui était, autant que nous pouvons le savoir, l’être le plus relevé de cette antique époque, devait probablement avoir les mêmes mœurs que lui.
La fig. 324 représente le Siamang ; couvert de poils noirs il atteint une taille de 3 ‘/j pieds, c’est-à-dire '/, de plus que l’espèce primitive. — Des voyageurs dignes de foi ont donné sur cet animal d’intéressants détails. Duvaucel ** raconte < qu’il est très-commun dans les forêts
< de Sumatra. On trouve ordinairement, dit-il, les Siamangs rassem-
< blés en troupes nombreuses, conduites, dit-on, par un chef que les
< Malais croient invulnérable, sans doute parce qu’il est plus fort, plus
< agile et plus difficile à atteindre que les autres. Ainsi réunis, ils
< saluent le.soleil à son lever et à son coucher par des cris épouvantables
< qu’on entend à plusieurs milles et qui de près étourdissent lorsqu’ils ne
< causent pas l’effroi. C’est le réveil-matin des Malais montagnards, et
< pour les citadins qui vont à la campagne c’est une des plus insupporta-
< blés contrariétés. ,
< Par compensation, ils gardent un profond silence pendant la journée,
< à moins qu’on n’interrompe leur repos ou leur sommeil. Ces animaux
< sont lents et pesants; ils manquent d’assurance quand ils grimpent et
< d’adresse quand ils sautent, de sorte qu’on les atteint toujours quand on
• D'après Rùtimeyer, il s’ on distingue par ses dents quadrangul&ires plus massives et plus serrées, par les incisives moyennes de la mâchoire supérieure relativement plus grandes, et conséquemment, par les incisives latérales de la mâchoire inférieure relativement plus grandes, enfin par une taille générale plus exiguë.
*• D’après F. Cuvier, Hist. nat. des Mammifères par Geoffroy et F. Cuvier.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
Fig. 324.
Fig. 221. Le Siamang Hvlobates sjtidaciylus Rail, sp.) dessiné au '/» >1® 1“ gr. "at- d’après nn exemplaire provenant de Sumatra, appartenant an musée de Zurjch.
< peut les surprendre. Mais la nature, en les privant des moyens de se
< soustraire promptement aux dangers, leur a donné une vigilance qu’on
< met rarement en défaut, et s’ils entendent à un mille de distance un
< bruit qui leur soit inconnu, l’effroi les saisit et aussitôt ils fuient . Lors-
< qu’on les surprend à terre, on les saisit sans résistance, soit que la
< crainte les étourdisse, soit qu’ils sentent leur faiblesse et l’impossibilité d’échapper. Cependant, ils cherchent d’abord à fuir, et c’est alors qu'on
< reconnaît toute leur imperfection pour cet exercice. Leur corps, trop « haut et trop pesant pour leurs cuisses courtes et grêles, s’incline en
avant, et leurs bras faisant l’office d’échasses, ils avancent par saccades « et ressemblent ainsi à un vieillard boiteux à qui la peur ferait faire un
< grand effort.
MAMMIFÈRES
< Quelque nombreuse que soit la troupe, celui qu’on blesse est aban-
< donné par les autres, à moins que ce ne soit un jeune individu. Sa mère
< alors qui le porte ou le suit de près, s’arrête, tombe avec lui et pousse
< des cris affreux en se précipitant sur l’ennemi la gueule ouverte et les
< bras étendus. Mais on voit bien que. ces animaux ne sont pas faits pour
< combattre, car alors même ils ne savent éviter aucun coup et n’en peu-
< vent porter un seul. Au reste, cet amour maternel ne se montre pas seu-
< lement dans le danger, et les soins que les femelles prennent de leurs
< petits sont si tendres, si recherchés qu’on serait tenté de les attribuer
< à un sentiment raisonné. C’est un spectacle curieux, dont à force de pré-
< cautions j’ai pu jouir quelquefois que de voir les femelles porter leurs
< jeunes enfants à la rivière, les débarbouiller malgré leurs plaintes, les
< essuyer, les sécher et donner à leur propreté un temps et des soins que
< dans bien des cas nos propres enfants pourraient envier.
< La servitude, quelle que soit sa durée, ne parait modifier en rien les dé-
< fauts caractéristiques de ce Singe, sa stupidité, sa lenteur, sa maladresse.
< A la vérité, il devient en peu de jours aussi doux qu’il était sauvage ;
< aussi privé qu’il était farouche ; mais toujours timide, on ne lui voit ja-
< mais la familiarité qu’acquièrent bientôt les autres espèces du même
< genre, et sa soumission parait tenir plutôt à son extrême apathie qu’à
< un degré quelconque do confiance ou d’affection. Il est à peu près égale- « ment insensible aux bons et aux mauvais traitements ; la reconnaissance,
< la haine, paraissent être des sentiments étrangers à ces machines ani-
< mées. Tous leurs sens sont grossiers; s’ils fixent un objet, on voit que
< c’est sans intention ; s’ils y touchent, c’est sans le vouloir. Le Siamang
< en un mot est l’absence de toute faculté, et si l’on classe les animaux
< d’après leur intelligence, celui-là occupera sûrement une des dernières
< places. Le plus souvent accroupi, enveloppé de ses longs bras, et la tête
< cachée entre ses jambes, position qu’il a aussi en dormant , le Siamang
< ne fait cesser son immobilité et ne rompt le silence qu’en poussant par
< intervalles un cri désagréable, assez approchant de celui du Dindon, mais
< qui ne parait motivé par aucun sentiment, par aucun besoin et qui en
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
< effet n’exprime rien ; la faim elle-même ne peut le tirer de sa léthargie
< naturelle; en esclavage, il prend les aliments avec indifférence, les porte
< à sa bouche sans avidité et se les voit enlever sans étonnement. Sa ma-
< nière de boire est en harmonie avec ses autres habitudes ; elle consiste
< à plonger ses doigts dans l’eau et à les sucer ensuite. >
Les voyageurs modernes sont parfaitement d’accord avec Duvaucel sur tous les traits de ce portrait, et c’est ainsi que G. Bonnet nous le représente. L’Ungko (Hylobates agilis), parent du précédent, est au contraire beaucoup plus vif ; il monte sur les arbres avec une agilité remarquable, mais sur le sol plat il a une démarche chancelante et incertaine, quoiqu’il sache se diriger en droite ligne. D’après le Dr Muller, les Gibbon habitent les montagnes, mais dépassent rarement la limite des Figuiers. Pendant le jour ils se tiennent sur la cime des arbres élevés; le soir venu, ils descendent par troupes vers le pays ouvert, mais dès qu’ils aperçoivent des hommes ils s’élancent vers les pentes rocheuses et se cachent dans l’ombre des vallées. Leur nourriture consiste en produits végétaux, surtout en fruits ; ils mangent cependant aussi des Insectes et des Lézards.
Outre le Gibbon primitif, l’Europe miocène nous offre encore deux Singes, le Dryopithecus Fontani Lart., et le Semnopithecus pentelicus Wagn. sp. Le premier a été trouvé d’abord à Sansan, puis dans l’Alpe souabe ; il n’est donc pas impossible qu’on le rencontre un jour aussi dans notre pays. Le second a été découvert à Pikermi dans l’Attique où on a recueilli une grande quantité de débris qui lui appartiennent et un squelette complet. Il fait partie de la catégorie des Singes indiens à longue queue (Chats de mer) et ressemble tout à fait à l’Hullmann (Scnmopithecus Entellus).
Le Dryopithecus, qui atteint la grandeur de l’Oranget du Chimpanzé, a été classé par M. Lartet dans un genre spécial ; mais il parait qu’il est proche parent du Gibbon, autant du moins qu’on peut en juger par les débris très-incomplets qui nous sont parvenus.
Une faune aussi riche que celle que nous venons de passer en revue de-
vait nécessairement être accompagnée d’une abondante végétation ; nous en avons fait mention plus haut. On peut se demander cependant si entre ces animaux supérieurs et le monde végétal il existait les mêmes relations qu’entre celui-ci et la faune entomologique? La réponse est difficile, car la plupart des Mammifères ne vivent pas exclusivement de telle ou telle plante, et si dans les pâturages ils font un certain choix et préfèrent telles ou telles herbes ou tels ou tels arbres, ils ne s’en nourrissent cependant pas exclusivement. Dans le cas qui nous occupe, les nombreux Cerfs et les Chevaux de notre pays mollassique rencontraient une nourriture abondante dans les prairies des vallées et dans les taillis. Nous en tirerons seulement cette conclusion à laquelle nous sommes déjà arrivés, que le sol était couvert d’herbes et de Graminées ; mais nous ne pouvons recueillir aucun document certain sur le genre de ces plantes. Nous avons vu à propos des Porcs que ces inductions étaient plus faciles à tirer, car ces animaux apparurent en grand nombre et avaient une taille considérable. Ils recherchaient sans doute les forêts de Chênes si abondantes en espèces dans notre pays mollassique, car ces arbres avaient pour la plupart un feuillage toujours vert et produisaient des fruits pendant une bonne partie de l’année; mais il y avait d’autres arbres tels que les Figuiers, les Myrtes, les Jujubiers, les Cratogus, les Noyers et plusieurs Légumineuses que nous avons déjà mentionnées et dont les fruits ont assurément aussi servi à leur nourriture. — Les nombreuses larves d’insectes qui demeuraient dans les terrains marécageux des forêts, les Nymphes de beaucoup de Mouches et de lîibion (page 485), qui formaient la plus grande partie des Mouches miocènes, leur fournirent aussi des proies abondantes.
Le sol des forêts qui, d’après la végétation, était humide et marécageux, devait être favorable aux Tapirs et aux Rhinocéros, car nous savons que leurs représentants actuels recherchent volontiers ce genre de localités. — Ainsi, les Sangliers aiment les forêts d’arbres feuillus, humides et bourbeuses ; les Tapirs recherchent le bord des fleuves et des lacs et se plongent volontiers dans l’eau; quant aux Rhinocéros, ils ha-
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
bitent de préférence les bas-fonds marécageux. Les racines charnues des genres Nymphæa et Nelumbium, des Iris et des Cypéracées à racines tuberculeuses (Cyperus Iiraunii Hr.) ont sûrement fourni aux Tapirs de cette époque reculée la même nourriture qu’y trouvent nos Tapirs.
La flore de notre pays inollassique a fourni aussi d’abondantes provisions aux Rongeurs. Les Écureuils trouvaient une riche récolte de cônes de Pin et de Sapin, de noix et de noisettes; les Lagomys et les Chinchilla cherchaient leur nourriture dans les bois, tandis que les Castors établissaient sans doute leurs colonies sur les bords des lacs où croissaient les Saules, les Rouleaux, les Aunes et les Peupliers ; l’écorce de ces arbres les nourrissait, tandis que le bois leur servait de matériaux de construction pour leurs digues et leurs maisons.
Quant aux Singes, ils cueillaient les noix, les amandes, les jujubes, les figues et les fruits des Caroubiers (Ceratonia) et des Palmiers. A cette époque, le Riz et les Panicées croissaient également et fournissaient aux animaux un aliment riche en farine.
La table des Insectivores, ainsi que nous l’avons vu, était largement pourvue d’insectes; les Potamotherium trouvaient dans les fleurs et dans les lacs des proies abondantes ; quant aux Hyènes, aux Civettes, aux Tigres, la forêt leur fournissait copieusement de quoi satisfaire leurs appétits carnassiers.
Nous avons remarqué (p. 3G5) que pendant l’époque miocène, des modifications assez importantes avaient dû sans aucun doute se produire dans la flore de notre pays ; il serait intéressant de savoir si ces modifications se sont étendues en quelque mesure aussi à la faune. D en fut ainsi, selon toute apparence, mais les matériaux nous manquent malheureusement pour en obtenir des preuves certaines. Nous ne connaissons de la faune entomologique à peu près que ce que nous en a conservé la mollasse supérieure ; il en est de même pour les Poissons et les Reptiles ; quant aux Mollusques, ils ne nous offrent encore que peu de points de repère assurés. Les Mammifères cependant seraient plus affirmatifs. Nous ne connaissons, il est vrai, du premier étage du tongrieu suisse qu’une
espèce de Sirène ou Manatus ; mais cet étage, en d’autres pays, est occupé aussi par les Anthracotherium qui chez nous sont caractéristiques de l’aquitanien ; ils se rencontrent toutefois jusqu’au troisième étage. Les animaux suivants appartiennent exclusivement à notre second étage : Palæotherium Schinzii, Anthracotherium minimum, Chalicotherium antiquum et Amphicyon intermedius. Ceux du troisième sont : les Rhinocéros gannatensis et sansaniensis, Ilyopotainus borbonicus, Anthracotherium hippoideum, des espèces de Microtherium et d’Archœomys, Theridomys Blainvillei et Issiodoromys pscudonœma; l’étage œningien possède exclusivement le Dinothérium giganteum, Listriodon splendens, Anchiterium aurelianense, Sus wylensis, S. abnormis, Hyotherium Sommeringii, Cervus lunatus, eminens, Bojani, Nicoleti, Moschus aurelianensis, les Lagomys, Brachymvs ornatus, Sciurus Bredai, Didelphys Blainvillei, Hyænœlurus Sulzeri, Galecynus] palustris, Potamotherium Valetoni, Trochictis carbonaria et Hylobates antiquus. On n’a donc trouvé jusqu’ici que quatre espèces spéciales au second étage, vingt au troisième et vingt-deux au cinquième. — Six espèces occupent tous les étages depuis l’aquitanien jusqu’à l’œningien, ce sont: Rhinocéros incisivus, Goldfussii, minutus, Tapiras helveticus, Chalicomys minutus et Cervus médius. — En général la distribution des espèces dans les différents étages présente un mélange très-varié, surtout lorsqu’on tient compte de leur apparition dans d’autres contrées de l’Europe. Il ne faut du reste pas oublier que plusieurs espèces ne nous sont connues que par un individu ou même une fraction d'individu et qu’elles ne peuvent être par conséquent d’un grand poids dans nos conclusions.
Les animaux dont l’area était très-étendue ont une bien plus grande importance ; nous voyons par eux que dans les premiers temps de la formation mollassique de grands Anthracotherium, des Rhinocéros, des Tapirs, des Cerfs habitaient notre pays ; les Anthracotherium disparurent avec la mollasse inférieure d’eau douce, au lieu que les autres se maintinrent pendant que le pays était submergé par la mer, et réapparurent durant la mollasse d’eau douce supérieure. Les Mastodontes se voient
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
pour la première fois dans le troisième étage, comme le prouvent les restes entraînés dans la mer depuis le Lindenbühl; mais ce n’est que dans le cinquième étage qu’ils prennent leur entier développement. Dans ce même étage nous rencontrons pour la première fois les Dinothérium et les Lagomys *.
Il”' PARTIE. FAUNE MARINE.
Quoique la mer pendant l’époque mollassique n’ait pas joué un rôle aussi important pour l’histoire géologique de notre pays que pendant les époques précédentes, elle a cependant envahi à plusieurs reprises les plaines suisses et y a laissé de nombreuses traces de son passage.
A trois reprises différentes, elle recouvrit quelques portions de notre pays et forma les dépôts dont nous avons parlé, p. 342; ainsi, nous rencontrons un premier gisement de mollasse marine, le tongrien, restreint au canton de Bâle et au Jura bernois, puis un second le long des frontières nord du canton de Bâle jusqu’au Randen, dessinant ainsi une étroite bande de terrain ; puis une troisième comprenant la mollasse marine dite helvétien. Les faunes de ces divers gisements, ayant plusieurs particularités, nous devons nous y arrêter quelque temps.